V. plus loin la note de la page
2. V. Œuvres de Vauvenargues, édition nouvelle, précédée de V éloge de Vauvenargues et accompagnée de notes et commentaires (Paris, 1857), p. 150.
est juste aussi d'y reconnaître, avec M. Villemain, quelque chose d'antique et d'inspiré par Fénelon, témoin ce passage :
a Aimable Hippolyte, aucun vice n'infectait encore ta jeunesse; tes années croissaient sans reproche, et l'aurore de ta vertu jetait un éclat ravissant» La candeur et la vérité . régnaient dans tes sages discours, avec l'enjouement et les grâces; la tristesse déconcertée s'enfuyait au son de ta voix; les désirs inquiets s'apaisaient; modéré jusque dans la guerre, ton esprit ne perdait jamais sa douceur et son agrément* »
De retour en France, Vauvenargues, qui avait alors vingt-sept ans, « ennuyé, comme il 1* écrit lui-même (Nancy, 8 août 1743), à son colonel, le duc de Biron, de servir sans espérance avec une santé très-faible, et porté par une secrète inclination à une vie plus occupée, » veut mettre à exécution le projet, déjà conçu avant la dernière campagne 1 , de quitter la carrière militaire pour en poursuivre une autre qui convienne mieux à son ambition. Une nouvelle campagne l'oblige à ajourner encore ce projet; mais, dès la fin de la même année, cette nouvelle campagne étant terminée, il revient à son dessein. Il écrit (décembre 4743) au roi et au ministre des affaires étrangères, Amelot,pour solliciter un emploi diplomatique dans les pays étrangers. Pauvre, obscur, sans appui, il n'obtient, naturellement, aucune réponse. Irrité de
1. Une dernière page des Conseils, que Vauvenargues ne publia point avec les autres, mais que son dernier éditeur a récemment extraite d'un manuscrit de l'auteur, montre, par une allusion évidente à sa personne, combien il était déjà dégoûté à cette époque de l'état militaire et qu'il songeait dès lors à le quitter, o Mon cher ami, y disait-il, il faut avoir les talents de son état, ou le quitter. Parce qu'on est gentilhomme, on fait la guerre, quoi qu'on n'ait ni santé, ni patience, ni activité, ni amour des détails, qualités essentielles €t indispensables dans un tel état. »
ce silence, il envoie sa démission à son colonel, et adresse au ministre une seconde lettre (14 janvier 1744), où éclate la fierté du gentilhomme.
« J'ai passé, Monseigneur, toute ma jeunesse loin des distractions du monde, pour tâcher de me rendre capable des emplois où j'ai cm que mon caractère m'appelait, et j'osais penser qu'une -volonté si laborieuse me mettrait du moins au niveau de ceux qui attendent toute leur fortune de leurs intrigues et de leurs plaisirs. Je suis pénétré, Monseigneur, qu'une confiance que j'avais principalement fondée sur l'amour de mon devoir se trouve entièrement déçue. »
Vauvenargues reçut cette fois une réponse, aimable, quoiqu'assez vague. Il est vrai que Voltaire était intervenu auprès du ministre et le lui avait recommandé en des termes qui n'avaient rien de banal. Il avait écrit à ce ministre, membre de l'Académie française (V. la lettre de Voltaire à Vauvenargues, du 11 février 17M) : « Vous savez votre Démosthènes par cœur ; il faut que vous sachiez votre Vauvenargues. »
Comment Voltaire connaissait-il déjà lui-même son Vauvenargues? C'est ce qu'il est curieux de rechercher. L'histoire des relations de ces deux hommes leur fait trop d'honneur à l'un et à l'autre pour que nous ne nous y arrêtions pas.
Sans songer le moins du monde à se faire homme de lettres, Vauvenargues occupait ses loisirs à méditer les grands écrivains du xvn e siècle, et, comme nous l'avons vu tout à l'heure, à composer lui-même quelques morceaux, afin de mieux démêler ainsi ses idées et d'en rendre l'expression plus parfaite, suivant une de ses propres maximes l ! Désireux d'entrer