PIBRAC
à se renfermer dans un art, si Ton veut y exceller, à mesurer sa volonté sur son pouvoir, son pouvoir sur le droit et la justice^
C'est la justice que nous devons avant tout à autrui, et que nous ne pouvons violer sans manquer à nous-mêmes. Maudit celui qui fraude le mercenaire*! Il n'importe que nous n'ayons pas de témoins'.
Pibrac nous prêche la justice avec délicatesse, avec émotion même*. Il va jusqu'à la confondre avec la charité. Il ne suffit pas de ne causer aucun tort aux autres, si on ne leur vient en aide.
Il iaut de plus s'opposer à reffort
Du malheureux qui pourchasse la mort
De son prochain, et qui lui fait dommage.
Il faut secourir l'indigent, ne fût-ce que pour attirer sur sa propre maison la bénédiction de Dieu*^, remettre dans la route le voyageur égaré, relever celui qui est tombé ; il faut prendre en bonne part ce que Ton entend dire, supporter et cacher les imperfections de son prochain :
Prompt à louer et tardif à reprendre *.
' Fais poids égal et loyale mesure,
Quand tu devrois de nul n'être aperçu (41).
* Ne mets ton pied au traTers de la voie Du pauTre aTeugle, et d'un piquant propos De l'homme mort ne trouble le repos.
Et du malheur d'autrui ne fais ta joie (56).
On trouve son profit dans la charité :
Je t'apprendrai, si tu veux, en peu d'heures Le beau secret du breuvage amoureux ; Aime les tiens, tu seras aimé d'eux; Il n'y a point de recettes meilleures *.
Les vertus que Pibrac regarde comme les plus importantes sont la reconnaissance, la franchise qui se garde même de l'exagération, la loyauté qui permet de réfléchir longtemps avant de promettre, mais qui veut qu'on tienne sa promesse, même à un ennemi*. A la différence de Montaigne, il considère la chasteté comme étant d'un grand prix et recommande de ne pas livrer à l'abandon
Ses yeux, ses mains, son oreille et sa bouche ^.
Il insiste particulièrement sur les dangers auxquels nous expose l'oreille.
Il y a des degrés dans nos devoirs ; nous en avons envers tous les hommes. Pibrac s'inspire de Socrate, comme Montaigne ; l'univers lui parait une grande cité dont le Scythe et le Maure sont membres comme « le Grégeois, » le petit comme le grand*. Mais nous devons plus à ceux qui nous touchent de plus près. Il est nécessaire d'être humain pour Tétranger :
Mais lui donner les biens de sa maison C'est faire aux siens et honte et injustice ^.
Les devoirs varient et se multiplient suivant la
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position de chacun et ses relations avec ses semblables. Ainsi le jeune homme doit toujours céder la place au vieillard % le père dresse son fils au devoir, surtout par l'exemple, et le fils est vertueux pour égaler son père ou pour effacer sa honte, selon que celui-ci a été bon ou méchant. Malheur à celui qui ne se souvient de ses amis qu'en leur présence, ou qui, offensé par eux, se fâche au lieu de leur « faire sa plainte » et de a recevoir leur défense •! »
Magistrat, Pibrac connaît le côté faible des magistrats qu^il a vus à l'œuvre, les menace de la colère divine, s'ils jugent par intérêt, par faveur, par corruption ou au gré des courtisans'.
Dans son court ouvrage, il aborde la morale publique. 11 n'aime pas la cour, où régnent la corruption et la perfidie. Au roi il conseille de ne pas gouverner par la cruauté, de ne pas modifier les lois, malgré Texemple de Lycurgue *.
Il se déclare contre le pouvoir absolu*. Mais c'est rintérét des a saints décrets, » c'est-à-dire celui de TËglise gallicane qui inspire cette vive antipathie pour Tabsolu pouvoir à l'ancien ambassadeur de Charles IX près le concile de Trente. On ne voit pas trop comment il entend limiter Tau-
* 118. — « 47. — ' a, 83 et 84.
* Changer à coup de loi et d'ordonnance En fait d'État est un coup dangereux (72).
^ Je hais ces mots de puissance absolue. De plein pouToir, de propre mouvement; Aux saints décrets ils ont premièrement Puis à nos lois la puissance follue (73).
toritë ro^alc'.îF^e borne à ildnner lés moyens d'en bien^\isèr':^resp€cter4és'^lbîs aniicjutés,' éffîter les pi^owfpiWs dévolutions etUès flatteurs/
. Jeune oenséil, et, nouveaui serviteurs s
éif&ài' donner • beàucàiip , mais suivant les mérîf es- de cHàcnh et sans fouler la province*. . "' -Quâhl 'aux siijéts, la constitution de TÉfat et le priYioé sont 'également sacrés pour eux.* lie bonheur d'un pays peut sortir des moins bonnes lois '. E^t^n' soùâiis à un tyran, il. vaut mieux le supporter que dé troubler l2r paix du pays; et tout ce xj4ii cist. permis, c'est de sôùHaiter un bon prince*.
Voîlà bien la même indilTérènce que chez Montai-
gtlë, produisant, comme chez;' lui; une soumission qui'fifiit pa^ rëssenibler à dé la 'fidélité. On est las dës-trpublés civils ;- on ne ^eut quHin bien, la paix ; on lie nîarchandëra pas le pouvoir à celui de qui, on peut l'espérer.
Les<}tta(rai7^« de Pibrac nous donnent peut^fré une juste idée deia disposition où de^vait se trouver ce lUonde dé savants,' de magistrats, d'hommes d'État, dévoués au roi et au pays', inais avec prudence, plus ocidupés dé ihainteinir ou de rétablir la paix que de felre triompher des * principes religieux ou politiques,* parti sans for^e au début, qui compta dans
' Aime l'État, tel que tu:le TOis être; S*ll est rojalr aime la royauté ; S*il ne l'est pas, 'S'il est'comipuiiauté, Aime-le aussi, quand Dieu t'y a Ait naître (108).
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les guerres civiles des victimes plutôt que des héros, et qui finit par triompher avec Henri IV. Pibrac en fut le moraliste, comme l'Hospital le nfinistre et • de Thou Thislorien. Sa morale est mise en dehors des querelles religieuses; il n'est même pas nécessaire d'être chrétien pour Taccepter. Ses préceptes suHisent pour faire uq hooriètè .hiomme et un fidèle sujet. On n'y trouve pas ces libertés ou ces doutes de Montaigne, si contraires i aux mœurs graves de ceux dont nous parlons et à la ferme discipline de leurs esprits. La religion, qui ne Tinspire ps(s, peut du moins Tavouer; - » .