‹ Les moralistes français du seizième siècleChapitre 23 sur 28 · XLIV · texte numérisé non relu

XLIV

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tcnce et faciliter la vertu en se réduisant à la solitude? La vie solitaire est recoromandée à ceux qui fuient la redoutable contagion de la presse, mais c'est une grande erreur que de la croire la plus difficile et la plus laborieuse de toutes. On n'y fait guère que l'apprentissage de la vertu. La vie civile avec femme et enfants est autrement pénible : « En Tabstinence, il n'y a qu'une chose; en la conduite et en l'usage de plusieurs choses diverses, il y a plusieurs considérations et divers devoirs. 11 est bien plus facile de se passer dés biens, honneurs, dignités et charges que s'y bien gouverner et s'en bien acquitter. » Il n'y a que le devoir de l'homme envers autrui qui le puisse empêcher de chercher la solitude ^

L'aisance est dans le monde le caractère de cette vertu modérée et flexible qui ne laisse pas apparaître ses efforts et n'en fait point au delà du nécessaire. Elle est a libre et franche, mâle et généreuse, riante et joyeuse'. » Pour interdire la tristesse qui flétrit l'ûme et endort les hommes, Charron s'autorise du témoignage des Stoïciens et pourrait invoquer celui de Montaigne'. Dans les actions communes de la vie, le sage observe les lois et les coutumes, Une se réserve que sa pensée*. Charron, comme Montaigne, se moque amèrement de la courtoisie, des visites et salutations, où se prodiguent tant de mensonges, qui ne trouvent et n'attendent même pas de créance, des incommodités qu'on s'im-

« Liv. I, ch. L, 1 et 2. — • Liv. H, ch. m, 4. — » Ut. I, cb. x\xiii, 1. — * Liv. n, ch. II, 1, et liv H, ch. viii, 7.

pose, sacrifiant au monde son aise, sa santé et sa vie*. Ainsi il tend à débarrasser le sage delà cérémonie, cette loi donnée par la vanité à la nonchalance, mais il ne veut pas qu'on la blesse lourdement; quand on s'en écarte, on doit faire comprendre que ce n*est pas par lâcheté ou délicatesse, ni par ignorance ou mégarde*.

Il n'est peut-être pas facile de manquer à une vertu si commode sur beaucoup de points. Une fois qu'on a failli, n'a-t-on aucun moyen d'y revenir? Charron, à la différence de Montaigne, fait un grand éloge du repentir ; mais, quand il en examine les conditions, il redevient presque aussi sévère que son maître. II ne l'admet pas pour les péchés d'habitude, mais seulement pour les péchés. d'occasion et de surprise; il n'y croit pas dans la vieillesse: il veut le voir naître, non par la faiblesse du corps, mais par la force de Tâme et de la raison. Pour être convaincu de la sincérité de celui qui se repent, il lui demande une complète et publique confession de ses fautes*.

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