‹ Les moralistes latinsChapitre 178 sur 253 · PATRIOTISME · texte numérisé non relu

PATRIOTISME

Enyo (1) doutait encore des résultats de la guerre civile, et le hasard pouvait donner la victoire au faible Othon. Mais, condamnant une guerre qui faisait verser des flots de sang, il enfonça d'une main ferme le glaive dans sa poitrine. Certes, pendant sa vie, Caton fut plus grand que César même ; mais, en mourant, fut-il plus grand qu'Othon? (Martial, Épigrammes, vi, 32)

Émilius Paulus, cette illustre image du plus heureux comme du plus malheureux des pères, avait quatre fils qui joignaient aux avantages extérieurs les plus belles qualités de l'àme. Deux passèrent, par droit d'adoption, dans les familles Cornélienne et Fabienne; il en fit donc volontairement le sacrifice. La fortune lui enleva les deux autres ; les funérailles du premier précédèrent de quatre jours son triomphe; le second, que l'on avait vu à ses côtés sur le char triomphal, expira trois jours après. Ainsi ce père, qui avait eu assez d'enfants pour en donner à d'autres familles, se trouva tout à coup sans postérité. Qu'il ait supporté son malheur avec une

(1) La déesse des combats.

grande force de caractère, c'est ce qu'on ne saurait mettre en doute, après le discours qu'il prononça devant le peuple pour lui rendre compte de ses exploits, et qu'il termina par ces mots : « Au milieu d'une telle prospérité (1), j'ai craint, Eomains, que la fortune ne vous réservât quelque catastrophe, et j'ai demandé au très-bon et grand Jupiter, à Junon, la reine des dieux, à Minerve enfin, que, si Eome était menacée de quelque malheur, ils le fissent tomber tout entier sur ma famille. Je rends grâce à leur bonté, puisque, en exauçant mes vœux, ils vous font plaindre mon sort sans que j'aie à gémir sur le vôtre. » (Valère Maxime)

Page 1