ASSERVISSEMENT PUBLIC
Xous sommes comprimés de tous côtés. On n'en est plus à repousser la servitude ; ce qu'on redoute comme le plus grand des maux, c'est la mort et l'exil, qui sont comparativement si peu ! C'est à qui gémira sur la situation, et nul n'a mot à dire pour y remédier. Le but des meneurs, je crois, est qu'après eux il ne reste rien
à donner. Un seul homme garde le verbe haut et fait une opposition ouverte : c'est le jeune Curion. Pour lui, les applaudissements, les saluts d'honneur au forum, les sympathies de presque tous les gens de bien ; pour Fulius les clameurs, les huées, les sifflets. Vaine démonstration dont je n'espère rien, que je déplore au contraire, parce que je vois qu'on a la velléité d'être libre et qu'on n'a pas la force de s'affranchir. Ne me demandez pas de détails : qu'il vous suffise de savoir qu'il n'y a plus ici de liberté possible ni pour les particuliers ni pour les magistrats. Au milieu de l'oppression générale, on s'exprime toutefois avec un incroyable abandon dans les réunions domestiques et à table; mais c'est là seulement que le sentiment du mal est plus fort que la peur : le désespoir n'en est pas moins partout. La loi Campanienne contient une disposition qui astreint les candidats à jurer, dans l'assemblée du peuple, qu'ils ne proposeront jamais rien de contraire à la législation Julienne sur la propriété. Tous ont juré, excepté Laterensis, qui a mieux aimé se désister de la candidature au'tribunat que de prêter le serment, et on lui en sait un gré infini. Je m'arrête. « Je me suis à charge à moi-même, et ce n'est pas sans une profonde douleur que j'écris ces lignes ! » (Cicéron, Lettres, an de Rome 695. — Defresne et Savalettk)