‹ Les moralistes latinsChapitre 30 sur 253 · BONHEUR · texte numérisé non relu

BONHEUR

Quand une âme connaît et comprend les vertus; qu'elle a cessé d'être l'humble servante du corps; qu'elle a étouffé la volupié comme une difformité qui altère sa beauté, banni les craintes de la souffrance et de la mort ; qu'elle a formé avec tous les siens une société fondée sur l'amour, et qu'elle regarde comme siens tous les êtres que la nature a faits ses semblables; quand enfin elle aura embrassé une religion sainte, une religion pure, exercé les yeux de l'intelligence, non ceux du corps, à distinguer le bien du mal, n'est-ce pas là ce qu'on peut appeler le bonheur, et peut-on en imaginer un plus grand? (Cicéeon, des Lois)

On n'est jamais heureux quand on ne croit pas l'être.

(PUBLIUS SYRUS

La vraie joie est chose grave. (Sénèque, Lettres)

Les épis trop chargés brisent leur tige; la branche rompt sous le poids des fruits , une fécondité excessive les empêche de mûrir. Ainsi l'âme succombe sous l'excès du bonheur : elle en abuse contre les autres, elle en abuse surtout contre elle-même. (Le même)

C'est mal jouir des biens de ce monde que de borner ses jouissances aux biens actuels. L'avenir et le passé sont pour nous une double source de bonheur, l'un par l'expérience, l'autre par le souvenir. (Sénèque, Lettres)

Voici, cher Martialis, les éléments du bonheur : une fortune acquise sans peine et par héritage, une terre d'un bon rapport, un feu qui dure, jamais de procès, peu d'éclat, un esprit calme , une constitution vigou reuse , un corps sain , une franchise mêlée de réserve, des amis qui soient vos égaux, une conversation facile, une table sans apprêts, une nuit sans inquiétudes, un lit où le plaisir trouve sa place ainsi que la pudeur, un sommeil qui abrège les ténèbres ; se contenter d'être ce que l'on est, et rien de plus ; ne désirer ni ne craindre son dernier jour. (Martial, Épi grammes, x, 47)

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