BUVEURS
Alors les }Teux avides marchandent la matrone,
que ses regards langoureux trahissent devant son mari; alors les secrètes pensées se révèlent : ceux-ci dévoilent leur testament, ceux-là tiennent des discours dangereux et prononcent des paroles qui leur couperont la gorge. Combien sont morts de cette façon ! Un proverbe a attribué la vérité au vin. Echappât-il à ces dangers, le buveur ne voit pas le soleil se lever, et vit moins longtemps. De là cette pâleur, ces paupières pendantes, ces yeux éraillés, ces mains tremblantes qui laissent échapper les vases pleins, ce sommeil troublé par les furies, qui est la punition immédiate, cette agitation nocturne, et, récompense suprême de l'ivrognerie, les débauches monstrueuses et le goût des horreurs. Le lendemain, L'haleine a l'odeur d'un tonneau ; presque tout est oublié, et la mémoire est morte. C*est ce qu'ils appellent enlever la vie ; et, tandis que chacun ne perd que le jour qui s'est écoulé, eux perdent aussi celui qui va venir. (Pline l'ancien, Histoire naturelle, xvi, 28)