CHAGRIN
C'est précisément quand on est heureux qu'il faut songer aux moyens de supporter le malheur, les périls, les privations, l'exil. Pour peu qu'on ait été absent de
chez soi, il faut, en rentrant au logis, se figurer son fils coupable, sa femme morte, sa fille malade ; se dire que ce sont là des accidents fort ordinaires, afin que rien de tout cela ne nous surprenne; et, si aucun de ces malheurs n'est arrivé, l'imputer à bonne fortune (1). (Térence, Phormion)
Le chagrin, par un décroissement insensible mais progressif, s'affaiblit en vieillissant, sans que la cause de ce chagrin ait disparu, ou puisse même parfois disparaître ; mais l'expérience nous enseigne ce qu'aurait dû nous apprendre la raison seule, c'est-à-dire que nos maux sont moins grands en réalité qu'ils ne nous avaient semblé d'abord. (Cicéron, Tusculanes)