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CONTRASTES DE FORTUNE

Une colline et de l'herbe, ô étranger, voilà ce qu'était, avant Enée le Phrygien, cet emplacement que tu embrasses de tes regards et où la plus grande des cités, Rome, est assise aujourd'hui. En ce lieu que domine le temple sacré d'Apollon, protecteur de nos flottes, tombèrent jadis de lassitude les troupeaux fugitifs d'Evandre. C'est à des dieux d'argile qu'ont succédé, de siècle en siècle, ces temples éblouissants d'or. Alors on ne rougissait pas de coucher sous un toit rustique ; alors le père des cieux, Jupiter Tarpéien, tonnait du haut de son roc nu et désert, et les rives du Tibre étaient comme étrangères à nos génisses.

A cet endroit qu'on appelle les Degrés, là où s'élève le palais de Rémus, un unique foyer était tout le vaste empire de deux frères. Dans cette salle majestueuse, resplendissante de la pourpre sénatoriale, s'assirent autrefois des hommes aux âmes rustiques, aux vêtements de peaux. Une trompe de bouvier convoquait ces premiers cito}"ens de Rome, et c'était souvent dans une prairie que s'assemblait le sénat, composé d'une centaine de pâtres.

Alors, des voiles suspendus n'ondoyaient pas audessus d'un théâtre, et, comme dans nos solennités, le safran, des bords de l'avant-scène, n'exhalait pas son parfum. Nous n'avions nul souci d'aller chercher des

divinités étrangères; le. peuple prosterné tremblait au pied des autels des dieux de la patrie. Chaque année, on célébrait, en mettant le feu à un tas de foin, la fête de Paies. La pauvre Vesta était alors toute joyeuse d être portée sur un àne couronné de fleurs ; quelques vaches maigres traînaient nos vases grossiers. Le sang de quelques porcs engraissés purifiait d'étroits carrefours, et le pâtre offrait aux dieux les entrailles d'une brebis, au son du chalumeau. Le laboureur, vêtu de peaux, faisait claquer son fouet de cuir. Alors, le soldat sans discipline n'éblouissait pas les yeux de l'éclat de ses armes ; il se jetait nu dans la mêlée, brandissant un bâton durci à la flamme. (Properce, Élégies, iv, 1)

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