CONVOITISE
Caton, celui qui fut consul et censeur, dit qu'au milieu de l'opulence de l'État et des particuliers, il était parvenu à l'âge de soixante et dix ans sans avoir fait crépir ses maisons de campagne, toujours restées simples et sans le moindre ornement. Il ajoute aussitôt après : « Je n'ai ni édifice, ni vases, ni vêtement d'un travail précieux ; ni esclave ni servante chèrement
achetés. Je me sers de ce que j'ai ; je rue passe de ce que je n'ai pas, et je laisse chacun user et jouir de ce qui lui appartient. Des personnes me reprochent, poursuit-il, de me passer de beaucoup de choses; je leur reproche de ne pouvoir se passer de rien. » Cette franchise avec laquelle le Tusculan avoue qu'il se passe de beaucoup de choses, en affirmant qu'il ne désire rien, est une plus éloquente exhortation à Téconomie, à la patience dans la pauvreté, que toute la phraséologie de ces Grecs, qui se disent philosophes, et dont les paroles ne sont que prestige et qu'ombre vaine. Ils disent qu'ils n'ont rien, ne manquent de rien, ne désirent rien, tandis que ce qu'ils ont, ce qui leur manque, ce qu'ils désirent,allume également leurs passions. (Aulu-Gelle, Nuits attiqv.es, xm, 23)
corps (le) et l'ame
Aristote dit avec raison que Thomme est soumis au supplice que la cruelle imagination des bandits étrusques infligeait jadis aux malheureux tombés entre leurs mains. On les liait vivants à des cadavres, face contre face. L'union de l'àme et du corps, c'est la vie et la mort qui s'embrassent. (Ctcéron, Fragment cité par saint Augustin)
J'en conviens, l'homme chérit naturellement son corps ; il en est le tuteur naturel : il doit le traiter avec
indulgence, il ne doit pas s'en faire l'esclave. On se crée bien des maîtres quand on s'asservit à son corps, quand on s'inquiète trop pour lui, quand on lui rapporte tout. Traitons-le, non comme si nous devions vivre pour lui, mais comme ne pouvant vivre sans lui. Trop d'attachement pour le corps est une cause perpétuelle de terreurs, d'inquiétudes, d'humiliations. Pour qui attache trop de prix au corps, l'honneur n'a plus de prix. (Sénèque, Lettres)
La difformité du corps n'enlaidit point une belle àme, mais la beauté de l'âme se réfléchit sur le corps. (Le même)
Rien n'affaiblit les forces physiques comme de s'écouter ; on commence par ne pas vouloir, on finit par ne pas pouvoir. (Le même)
Jadis on se bornait à nourrir le corps comme un serviteur; on le sert aujourd'hui comme un maitre. (Le
même)
Le corps est un vêtement où la nature a renfermé notre àme... Ce n'est pas le fourreau qui rend la trempe de l'épée mauvaise ou bonne. (Le même)
Si nous veillons avec soin, niais sans inquiétude, à la conservation de nos facultés physiques ; si nous les regardons comme des biens éphémères et passagers; si nous ne nous abaissons pas jusqu'à nous asservir à ce qui n'est pas nous ; si les avantages accidentels, agréables au corps, ne sont à nos yeux que comme les auxiliaires et les troupes légères dans une armée; en un mot, si notre corps obéit au lieu de commander, alors nous aurons trouvé le secret de le rendre utile à l'àme. (Sénèque, de la Vie heureuse)
Une belle figure est une recommandation muette.
(PUBLIUS SYRUS