‹ Les moralistes latinsChapitre 52 sur 253 · CORRIGER SES OUVRAGES (DIFFICULTÉ DE · texte numérisé non relu

CORRIGER SES OUVRAGES (DIFFICULTÉ DE

Je suis le premier à voir le côté faible de mes ouvrages, quoiqu'un poëte s'aveugle souvent sur le mérite de ses vers. Tout auteur s'admire dans son œuvre ; ainsi jadis Agrius trouvait peut-être que les traits de Thersite (1) n'étaient pas sans beauté. Pour moi, je n'ai point ce travers; je ne suis pas un père aveugle pour tous mes enfants. Pourquoi donc, me diras-tu, faire des fautes puisque aucune ne m'échappe, et

(1) Âçrius était le père de ce Thersite, le plus laid de tous les Grecs qui vinrent au siège de Troie.

pourquoi en souffrir dans mes écrits? Mais sentir sa maladie et la guérir sont deux choses bien différentes : chacun a le sentiment de la douleur ; l'art seul y remédie. Souvent je voudrais changer un mot, et pourtant je le laisse, la puissance d'exécution ne répondant pas à mon goût. Souvent (car pourquoi n'avouerais-je pas la vérité?) j'ai peine à corriger et à supporter le poids d'un long travail ; l'enthousiasme soutient, le poète qui écrit y prend goût, l'écrivain oublie la fatigue, et son cœur s'échauffe à mesure que son poëme grandit. Mais la difficulté de corriger est à l'invention ce qu'était l'esprit d'Aristarque au génie d'Homère. Parles soins pénibles qu'elle exige, la correction déprime les facultés de l'esprit. C'est comme le cavalier qui serre la bride à son ardent coursier. (Ovide, Politiques, m, 9)

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