‹ Les moralistes latinsChapitre 9 sur 253 · AMIS · texte numérisé non relu

AMIS

Entre amis, il y a certains dommages que chacun doit savoir souffrir avec patience. (Dionysius Cato)

amitié

Il me semble évident qu'en nous créant, la nature noi.'s a unis par des liens mutuels, et que ces nœuds sont plus étroits à mesure que nous sommes plus près les uns des autres. Aussi nos concitoyens passent avant les étrangers, notre famille avant celle d'autrui. . . Quant à l'amitié, on peut juger de la force de ce sentiment, puisque, destiné par la nature à s'étendre sur le genre humain, il ramène et concentre son énergie sur deux âmes qu'il unit, ou du moins sur un petit nombre. (Cicéron, de V Amitié)

Après la sagesse, l'amitié me semble le plus beau

présent que les dieux aient fait à l'homme... C'est une noble pensée que de placer dans la vertu le bien suprême; mais cette vertu même produit et contient l'amitié, et celle-ci ne peut exister sans la vertu. (Cicéron, de l'Amitié)

Est-ce vraiment vivre que de ne pouvoir reposer son âme dans l'affection d'un ami? Quelle douceur que de trouver un être avec qui l'on peut converser aussi librement qu'on se parlerait à soi - même ! Quel sera donc le fruit de la prospérité, si vous n'avez personne qui puisse s'en réjouir avec vous, autant que vous? Et comment supporter le malheur sans un ami qui s'en afflige plus que vous-même? (Le même)

Quand nous nous montrons bienfaisants et généreux, nous le sommes sans exiger du retour, car un bienfaiteur n'est pas un usurier ; nous ne faisons qu'obéir aux inspirations de la nature. Il en est de même de l'amitié; ce n'est point l'intérêt, c'est la douceur d'aimer qui la fait paraître désirable. (Le même)

Que la première loi de l'amitié soit de n'exiger de nos amis et de ne leur rendre jamais nous-mêmes d'autre service que ceux que l'honneur peut avouer. Mais, cette restriction établie, prévenons leurs demandes; toujours prêts à les servir, n'avons jamais d'hésitation.

Aimons à leur dire librement notre avis ; laissons à l'ami qui nous donne un bon conseil une grande influence sur nous-mêmes : laissons-le nous avertir avec franchise, avec sévérité même, s'il le faut, et rendonsnous à ses remontrances. (Ciceron, de l'Amitié)

Oter l'amitié de la vie, c'est supprimer le soleil au milieu du ciel. (Le même)

Il est faux qu'on doive avoir pour un ami les sentiments qu'on a pour soi-même. Que de choses nous faisons pour un ami que nous ne faisons jamais pour nous, comme de prier, de supplier un homme que nous n'estimons pas! ... Il est aussi honorable de le faire pour nos amis qu'il le serait peu de le faire pour nous-mêmes. (Le même)

L'amitié est comme le vin ; la plus ancienne est la

plus douce. (Le même)

Il y a dans l'amitié un respect mutuel qu'on n'en peut bannir sans lui ôter son plus bel ornement. (Le

même)

Quand un ami nous avertit de nos fautes, il psi

absurde de se fâcher de ce qui ne doit pas nous faire de peine, et de ne point s'affliger de ce qui doit nous en faire. On souffre, non d'avoir mal fait, mais d'être repris, au lieu qu'il faudrait être fâché de la faute et content de la réprimande. (Cicéron, de l'Amitié)

Réfléchis longtemps avant de prendre quelqu'un pour ami ; mais, une fois décidé, ouvre-lui tout ton cœur et sois avec lui aussi confiant qu'avec toi-même. (Sénèque, Lettres)

Aurais-je quelque secret à cacher à un ami? Quand nous sommes ensemble, est-ce que nous sommes deux ?

(Le même)

Que d'hommes manquent d'amitié plutôt que d'amis !

(Le même)

Une vieille et solide amitié a de grandes douceurs ; les premiers moments d'une amitié naissante n'en ont pas moins. Pour le laboureur, semer est un plaisir, et moissonner en est un autre. (Le même)

Sacrifier à l'amitié l'intérêt de l'État, son serment, sa conscience, c'est ce qu'un honnête homme ne fera

jamais, pas même s'il avait à juger son ami, car il dépouille le caractère d'ami du moment qu'il revêt celui de juge. (Cicéron, des Devoirs)

Le philosophe Attalus disait qu'il aimait mieux une amitié à faire qu'une amitié toute faite. C'est ainsi qu'un artiste éprouve plus de plaisir à peindre qu'à avoir peint son tableau. L'inspiration inquiète de l'artiste absorbé par son travail, est une vive jouissance ; le plaisir n'est plus le même quand l'œuvre est achevée. On jouit alors des fruits de l'art; pendant le travail, c'était de l'art même que l'on jouissait. (Sénèque, Lettres)

Si le sage cherche à acquérir un ami, ce n'est point, comme le prétend Epione, afin d'avoir quelqu'un qui l'assiste quand il est malade, qui le secoure quand il est dans la misère ou en prison. C'est, au contraire, pour avoir quelqu'un à consoler lui-même dans la maladie, à délivrer des fers et de l'ennemi. L'amitié fondée sur l'égoïsme est un mauvais calcul ; elle finira comme elle a commencé. On a pris un ami pour être secouru dans les fers; au premier bruit de chaînes, l'ami fuira. (Le même)

Rien ne soutient mieux un malade que les marques d'affection que l'on reçoit de ses amis, rien de meilleur

pour la santé... De sages consolations deviennent des remèdes, même pour le mal physique; ce qui relève l'âme profite au corps. (Sénèque, Lettres)

Reprenez vos amis en secret, et louez-les en public.

(PUBLIUS SYRUS

Une maison est toujours assez grande quand elle reçoit beaucoup d'amis. (Le même)

Les hirondelles restent près de nous pendant l'été ; le froid les chasse et les fait fuir. Ainsi nos faux amis ne nous quittent point tant que nos jours sont sereins; mais, quand arrive l'hiver de la fortune, ils s'envolent tous. (Cicéron, à Hérennius)

Vous voulez que je vous honore, Sextus; moi, je voulais vous aimer. Il faut vous obéir, et, puisque vous le voulez, on vous honorera. Mais, si je vous honore, Sextus, je ne vous aimerai plus. (Martial, Épigrammes, ii, 55)

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