‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 114 sur 149 · Saétono, Néron, 22. Tacite, Ann., XIV · texte numérisé non relu

Saétono, Néron, 22. Tacite, Ann., XIV

fatiguées*. » Ne dirait-on pas qu'il s'agit du crime d'Atrée et que le soleil est tenté de reculer d'horreur? N'est-ce point faire un trop grand tapage poétique que d'évoquer les ancêtres indignés dans leurs tombes, d'appeler en témoignage la lune et les étoiles, et d'exaspérer le ciel contre la frivolité tout au plus indécente d'un petit-maître ? Juvénal n'a qu'une arme pour combattre le crime et le ridicule, il poursuit de légères erreurs comme des monstres, et dans cette chasse haletante, il lui arrive souvent de voujoir tuer un oiseau avec un épieu.

Dans d'autres scènes qui nous présentent la vie et les mœurs des patriciens, le courroux du poëte est mieux justifié. Il vint un moment à Rome (on peut observer dans l'histoire de la noblesse moderne une pareille révolution) oli les patriciens, par ostentation du vice , par satiété , adoptèrent les mœurs de la populace , échangeant les raffinements d'une vie élégante contre les plaisirs plus grossiers de la multitude. Au dix -huitième siècle, en France et en Angleterre, on vit une semblable dépravation dont le Juvénal français, Gilbert, a fait justice. Le bonheur et la gloire consistaient non pas à mener une vie licencieuse, mais, comme on disait alors, à s'encanailler. C'est encore Néron qui paraît avoir mis à la mode cette singulière manière de se divertir : « Le prince, déguisé en esclave, dit Suétone, couvert d'un bonnet de laine, courait les cabarets, la nuit, et vagabondait dans les rues*, etc. » Nulle part l'exemple du prince ne fut plus puissant qu'à Rome, où la terreur et la servilité propageaient la contagion venue d'en haut, comme l'a dit le poëte Glaudien :

Componitur orbis.

Régis ad exemplum.

Page 1