‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 128 sur 149 · IL · texte numérisé non relu

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religieux, incertain, sans but 'précis. D'effroyables malheurs à la fin de la république, la désoccupation politique sous Tempire, une vague inquiétude, le besoin de remplacer des croyances surannées, tout ramenait la conscience humaine déconcertée à des idées et à des pratiques religieuses. Les hommes d'élite cherchèrent dans la philosophie, plus que jamais, des consolations et des espérances, s'abritant sous les principes des écoles accréditées, et, comme on le voit par l'exemple de Sénèque, d'Épictète, de Marc Aurèle et de bien d'autres, répandant les principes de la sagesse avec l'accent de la piété et transformant l'enseignement philosophique en touchante prédication. D'autre part, le peuple incapable de se faire initier aux doctrines philosophiques, S9 rejetait sur les superstitions étrangères dont la nouveauté l'étonnait, et qui, d'ailleurs, allaient au-devant de sa naïve crédulité. Dans cette multitude hétérogène qui composait alors la population romaine et qui affluait de toutes parts dans la capitale de l'empire, Juvénal a démêlé tous les cultes avec plus ou moins de clairvoyance et décrit les pratiques des prêtres avec le double mépris de l'incrédulité et du patriotisme. De satire en satire, nous pouvons passer en revue cette longue suite de superstitions étrangères. Vous voyez là les prêtres de Gybèle, les corybantes, les galles, qui, après avoir parcouru pendant le jour les rues de Rome, exécutant leurs danses sacrées avec mille contorsions, au son des cymbales et d'autres instruments, vont le soir dormir dans les cabarets, ignobles vagabonds, s'il faut en croire le satirique, qui cherchent un refuge nocturne dans les lieux mal famés, et s'endorment, épuisés de fatigue, parmi des voleurs et des assassins^ à côté de leurs tambourins muets *. Ces peintures de 1. VIII, 175.

mœurs si vivement colorées et parfois trop précises dans leur impudeur, ne sont pas inutiles à l'histoire, et nous mettent sous les yeux les turpitudes de ces mystères de Gybèle, les bizarres cérémonies auxquelles préside quelque fanatique en cheveux blancs, les consultations clandestines données aux dames romaines par ces imposteurs révélés. Celles-ci les font venir dans leurs maisons où le chef de la bande, coiflé de la mitre phrygienne, entouré de ses affreux acolytes, rend ses oracles, commande les offrandes, les ablutions lustrales, les abstinences. Pour écarter les malignes influences et pour expier les fautes, il exige de la dame, à son propre profit, le sacrifice de ses belles robes, il la force de faire le tour du champ de Mars sur ses genoux ensanglantés. C'est par de tels prestiges qu'il établit son empire, ce pontiie menteur avec son troupeau de prêtres vêtus de lin, à la tête rasée, vagabond sacré qui se moque des pieuses lamentations auxquelles il a condamné le peuple imbécile de ses fidèles*.

Les astrologues chaldéens inspiraient plus de confiance encore depuis que la chute de la religion, l'oubli des anciennes pratiques, le discrédit des oracles, ne laissaient plus aux Romains le moyen de connaître l'avenir. Les oracles de l'astrologie remplaçaient ceux de Delphes qui ne parlaient plus *. Ce silence date de l'ère chrétienne, le fait est certain, attesté par un grand nombre d'écrivains qui l'expliquent diversement. Les chrétiens prétendaient que la venue du Christ avait chassé les démons, qui se servaient des oracles pour abuser l'esprit des hommes; Lucain donnait une raison assez spécieuse quand il disait que les princes et les rois,

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