‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 130 sur 149 · Tacite, IHst., I · texte numérisé non relu

Tacite, IHst., I

lecabaretier pour épouser le fripier, » la riche matrone s'adresse à des prêtres qui coûtent plus cher et qu'elle fait venir à grands frais de la Phrygie ou de l'Inde ^

Il y aurait un curieux chapitre à faire sur les préventions romaines contre la religion juive que Juvénal, comme tous les écrivains de l'époque, a rangée parmi les superstitions étrangères et les jongleries orientales. Mais ce serait faire trop d'honneur à quelques vers satiriques que de raconter longuement comment les Juifs se sont établis et multipliés à Rome, et pourquoi ils ont soulevé tazt de haines. Constatons seulement que le poëte, sans ignorer leurs coutumes, ne comprend pas leurs croyances et ne s'est point fait initier à leur loi. Il les juge comme le vulgaire, il répète ce qu'on disait sans doute autour de lui; mais dans la naïveté de son ignorance, il nous fournit quelques détails qui ne sont pas sans prix. En histoire, rien n'est souvent plus instructif que les erreurs passionnées des contemporains. Juvénal est encore l'organe de l'opinion publique quand il considère les Juifs comme des ennemis de l'État, bien plus, comme les ennemis du genre humain : x Ils sont accoutumés, dit-il, à mépriser les lois romaines; ils ne pratiquent, ils ne révèrent que la loi judaïque, je ne sais quelle loi que Moïse leur a transmise dans un livre mystérieux.... Ils n'indiqueraient pas le chemin à un voyageur qui n'est pas de leur secte ; ils ne montreraient une fontaine qu'aux seuls circoncis *. » Le poëte, comme tout le monde à Rome, avait bien observé les mœurs des Juifs, leur isolement, leur horreur à la fois religieuse et nationale pour les païens; mais, comme tout le monde aussi, il n'avait pas daigné se faire expliquer

1. VI, 553-591. — Divitibus responsa dabit Phryx augur et Indus.

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