La mort de Pérégrinus, n
croire encore qu'ils sont tous frères une fois qu'ils ont changé de culte, qu'ils ont renié les dieux de la Grèce, qu'ils adorent le sophiste crucifié et vivent selon ses lois. De là vient aussi qu'ils méprisent tous les biens et les mettent en commun, sans pouvoir dire pourquoi, par obéissance aveugle. Si donc il se présente parmi eux un imposteur et un habile homme qui sait s'y prendre comme il faut, il s'enrichit très-vite en riant sous cape de leur simplicité ^ » A part les épigrammes et le ton léger, que de vérité dans cette satire! Mais que les railleurs sont maladroits quand ils jugent ce qu'ils n'ont pas compris I II n'est pas un mot, dans ce curieux passage, qui ne glorifie les victimes de la raillerie. Toutefois n'oublions pas de remarquer la véracité de Lucien et l'exactitude de ses informations. Les chrétiens commencent à être mieux connus sans être beaucoup pins estimés.
Tacite et Suétone ignoraient entièrement leurs mœurs et leur doctrine, et les regardaient comme des malfaiteurs et des magiciens ; les empereurs les défendaient dans l'intérêt du repos public et de la justice sociale, sans savoir s'ils étaient des innocents persécutés ou des novateurs redoutables, Pline soupçonnait déjà qu'ils pouvaient n'être pas des criminels; enfin Lucien est mieux informé, il a entendu parler de leurs dogmes, il a vu leurs mœurs fraternelles, et, bien que leur étrange conduite lui paraisse le comble de la folie, il laisse voir du moins que la communauté chrétienne n'était plus considérée comme une faction impie et mystérieuse. Les chrétiens ne sont plus des coupables, mais des insensés. Véritable progrès de l'opinion qui devait désarmer bien des fureurs I Car si les politiques, étaient