‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 16 sur 149 · Lettre XXII · texte numérisé non relu

Lettre XXII

Je ne demarKie pas que vous rompiez d'abord sans aucune mesure avec tous vos amis, et avec tontes les personnes avec les- ((uelles une véritable bienséance vous demande quelque commerce. Fénelon, Lett. Spir., 31.

ostentation contre les vices du siècle *. II vent que, sans faire le procès à son voisin, on ne s'occupe que de ses propres faiblesses ; et qu'on se sépare du monde pour se rendre meilleur, pour guérir ses passions, s'étudier et mourir au moins dans la sagesse, sans condamner les autres hommes : Nihil damnavi nisi me^.

Lucilius doit donc se retirer du monde simplement, sans éclat, sous prétexte de fatigue et de mauvaise santé : tirer gloire de sa retraite, c'est une espèce d'ambition, Il doit encore éviter l'originalité de ces philosophes qui cherchent moins à faire des progrès dans la sagesse qu'à se distinguer par une mise négligée, une barbe inculte et d'éternelles déclamations contre la vaisselle d'argent. Que notre cœur ne ressemble en rien à celui des autres hommes, mais que notre extérieur soit le même^ : « On vit à peu près comme les autres, Sans affectation, sans apparence d'austérité, d'une manière sociable et aisée, mais avec une sujétion perpétuelle à tous ses devoirs *. » C'est l'avis de Fénelon aussi bien que de Sénèque. Cette simplicité est souvent de la prudence. Plus d'un s'est compromis pour avoir étalé sa philosophie avec trop d'arrogance *. Et pourquoi faire tort à la philosophie qui déjà n'excite que trop d'aversions, même quand on la professe avec modestie? Loin de nous séparer des hommes, elle a pour objet de nous en rapprochera Sénèque

\. Absconde te in otio, sed et otium tuum absconde.... Non est quod inscribas tibi philosophiam.... jactandi genus est, nimis latere.... Lettre LXVIII.

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