Fénelon, Instructions et avis, IL
5. Multis fuit periculi causa, insolenter tractata et contumaciter. Vitia tibi detrahat, non alii exprobret : non abhoreat a publicis moribus.. . Lettre CIII.
fi. Lettre V. — Id agamus ut meiiorem vitam sequainur quam
3â LA MORALE PRATIQUE
pousse si loin cette facilité et celte discrétion, peur rendre la vie simple et commode, qu'il va jusqu'à conseiller à Luciliiis de célébrer les saturnales comme tout le monde, seulement avec la tempérance qui convient au philosophe*. On aime à voir chez le stoïcien ces prudentes concessions à l'opinion mondaine, que ne craignait pas de faire non plus saint François de Sales, pour rendre le commerce plus aisé et la religion plus aimable, sans toutefois en compromettre les samtes auslérités.
Pour enlever Lucilius à toutes les espérances de haute fortune qui retardent ses progrès dans la phdosophie, et pour rompre les liens qui l'attachent au monde, Sénèque fait souvent le plus pompeux éloge de la pauvreté, et, par une exagération stoïcienne, prêche le renoncement absolu. On conçoit cette doctrine chez un chrétien qui place au delà de cette vie les honneurs et la gloire, et qui, sacrifiant le présent à l'avenir, ne fait qu'ajourner son bonheur. On la conçoit encore dans le Manuel d'Épiclète, où l'esclave fait de nécessité vertu et se veoge de la richesse qiii Técrase, en la méprisant. Mais, dans la bouche de Topulent philosophe, ces déclamations convenues, dont le fonds est tiré sans doute de la doctrine stoïque, manquent d'à-propos et d'autorité. Laissons donc ces histoires de Diogène et de son tonneau, de Gléanthe et de son puits, et tous ces exemples de pauvreté antique, qui pouvaient apprendre aux élèves de Sénèque le père, comment on rajeunit un lieu commun, mais qui ne devaient pas inspirer à Lucilius l'esprit de renoncement. Nous ne voulons voir
vulgus, non ut contrariam : alioqui quos emendari volumus, fugamus et a nobis avertimus.
1. Non excerpere se, non insigniri, nec misceri omnibus : et cadcrn sed non eodem modo facere. Licet en'im sine luxuriaageie lestum dien. Lettre XVIII.
ici que ce qui est juste et sincère, ce qui est donné h la direction morale, sans nous arrêter à ces souvenirs surannés des écoles de philosophie et de déclamation.
Mais, si l'auteur s'exprime quelquefois à ce sujet avec une rigueur de convention, et montre une jactance d'humilité qui fait tortà ses prédications, le plus souvent il est simple et sensé. La philosophie, dit-il, n'interdit pas les richesses; c'est même une faiblesse de ne pouvoir les supporter. S'il est vrai qu'on doit vivre conformément à la nature, n'est-ce pas désobéir à ses volontés que de mettre son corps à la torture et de se nourrir des plus vils aliments? La philosophie recommande la frugalité, mais la frugalité n'exclut pas une certaine élégance. Il est grand celui qui se sert de vases d'argile comme s'ils étaient d'argent; il n'est pas moins admirable celui qui se sert de vases d'argent comme s'ils étaient d'argile. Seulement, il faut posséder les richesses sans qu'elles nous possèdent, et ne pas tellement nous les incorporer qu'on ne puisse nous les arracher sans nous faire une plaie vive^
Au milieu de ces concessions raisonnables, Sénèquo est évidemment préoccupé des murmures qu'on élevait à Rome contre son opulence. De là ces recommandations sur la pauvreté volontaire, de là ces apologies détournées où il insinue qu'il n'est pas l'esclave de ses richesses et qu'il apprend chaque jour à s'en passer. C'est pourquoi il parle sans cesse de ses exercices de pauvreté : si le pauvre est plus tranquille, le riche montre un grand cœur en vivant comme s'il était pauvre; il faut rendre la pauvreté facile en s'y préparante
1 Lettre V.