II
128 UN POÈTE stoïcien.
mules consacrées de la philosophie, mais qtii au fond de son cœur, ei d'une voix inintelligible, ne forme que des vœux ignobles. « Sagesse, honneur, vertu, voilà ce qu*on demande tout haut, pour être entendu du voisin; mais voici la prière qu'on fait en dedans et qu'on murmure entre ses lèvres : « Oh! s'il m'était donné de voir le magnifique convoi funèbre de mon oncle !... Si mon pupille, dont je suis le plus proche héritier, et que je serre de près, pouvait recevoir son congé! Car enfin ce serait un bonheur pour lui : il a des ulcères, la bile rétouffe et le ronge.... Eh bieni c'est pour faire de pareils vœux, pour les faire bien dévotement, que vous allez le matin plonger la tête dans le Tibre deux fois, trois fois, et purifier vos nuits dans l'eau courante. » Perse, là-dessus, interpelle ce pieux personnage : « Ah çà! dites-moi donc un peu, pour qui prenez-vous Jupiter* ? «Ces vers sont pleins de force etd'esprit, mais d'un esprit qu'il faut souvent un peu chercher. N'est-ce pas une chose bien observée que le ton doux et charitable de ces vœux meurtriers? Le bonhomme désire la mort de ses parents, mais pour leur bien. On aura la délicatesse de faire à l'oncle de belles funérailles. Ce pauvre pupille, chétif qu'il est, sera plus heureux quand la mort l'aura délivré de la maladie. Tartufe n'eût pas mieux dit, lui qui sait si bien
.... Rectifier le mal de l'action Avec la pureté de son intention.
Cette polémique religieuse de Perse a de la portée, et n'est pas seulement un jeu d'esprit poétique; ce sont les principes d'une haute philosophie, d'une morale