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2. II, 61-63. — Ces expressions méprisantes pour désigner le corps, la chair, pulpa, caro, crdco^, et d'autres analogues, ne sont pas, comme on le prétend quelquefois, des emprunts faits par la philosophie à la langue chrèlienne. C'est au contraire le christianisme qui emprunta ces mots à la philosophie, parce qu'il dut naturellement parler la langue du temps. Pulpa, caro sont la traduction de cràp? , mot qu'on rencontre plus d'une fois avec ce sens particulier dans les fragments d'Épicure.
nous frappent encore aujourd'hui, ils devaient, dans leur nouveauté hardie, aller bien plus avant dans les cœurs païens dignes de les comprendre. Le poëte découvre de plus en plus sa pensée, qui est de substituer à toutes les superstitions ineptes et trompeuses du paganisme un culte tout moral. Qu'importent aux dieux les riches sacrifices ? Ils n'ont que faire de notre or ; ni l'opulence, ni les titres, ni les prodigalités de la dévotion ne les émeuvent en notre faveur. Il y a quelque chose de plus rare, de plus agréable au ciel. « Que n'offrons-nous aux immortels ce que ne pourra jamais leur offrir, dans ses plats magnifiques , la hideuse postérité de l'illustre Messala ? Une âme toute pénétrée des lois divines et humaines, la pureté jusque dans les derniers replis du cœur, un caractère tout imprégné de vertu et d'honneur. Que j'apporte au temple une pareille offrande et je n'aurai besoin que d'un simple gâteau pour faire agréer ma prière. »
Compositum jus, fasque anime, sanctosque recessus Mentis, et incoctum generoso pectus honesto M...
Cette satire est un véritable sermon sur la prière et pouvait passer pour un excellent manuel de la piété païenne. La philosophie, dégagée delà superstition, est arrivée de progrès en progrès jusqu'aux confins du christianisme. Ce sentiment si profond de la moralité rehgieuse chez un poëte païen nous causerait plus de surprise, si ces hautes pensées n'avaient pas été mises depuis, par la foi nouvelle, à la portée de toutes les intelligences, et n'étaient devenues des vérités communes. Le plus pur esprit de la philosophie antique s'est concentré dans ces denses maximes qu'il faut relire plus d'une fois et mé-
diter, si on en veut recueillir toute la force. On sent aussi que le pcëte les a tirées du plus profond de son cœur, qu'elles font partie de lui-même. Un certain accent nouveau, la hardiesse des expressions, une brièveté cherchée laissent voir qu'il s'efforce de faire tenir toute son âme dans cette profession de foi morale et religieuse. A beaucoup de ces vers, il ne manque que d'être plus lucides, plus accessibles, pour devenir populaires et pour être cités parmi les plus beaux de l'antiquité; mais l'obscurité n'est nulle part plus supportable que dans un pareil sujet; ce style d'oracle vous saisit en si religieuse matière. Ce sont les ténèbres d'un bois sacré. Ce que Sénèque disait de l'homme de bien, on peut le dire ici de Perse et de sa conviction sincère : « Il y a un dieu en lui, quel dieu, je l'ignore, mais il y a un dieu. »
Quis deus, incertum est, habitat deus *.
Idées morales de Perse.
Quant aux opinions purement morales de Perse, il serait superflu de les exposer en détail; ce sont les principes mêmes du stoïcisme que tout le monde connaît. Le disciple de Gornutus fait la guerre aux passions, à l'avarice, à la mollesse, à l'amour, à l'ambition. Sa pensée maîtresse est qu'il faut acquérir au plus tôt la liberté de l'âme, libertate opus est^. Les idées en elles-mêmes