‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 90 sur 149 · Philostrate, TT · texte numérisé non relu

Philostrate, TT

LA PRÉDICATION MORALE POPaLAIRE. 227

On trouve dans les sermons de saint Augustin bien des preuves de cette tolérance, aui paraissait alors toute naturelle. Un jour, prêchant sur la concupiscence, il fit une si vive peinture, que le peuple couvrit sa voix d'applaudissements et de cris; le grand docteur se contenta de reprendre son discours en disant : « Pourquoi vous récriez-vous, si ce n'est parce que vous vous êtes reconnus*? » Tout le monde a lu dans Fénelon ce récit d'une naïveté sublime où l'évêque d'Hippone raconte lui-même que, dans un sermon sur les jeux sanglants du Cirque, il remporta la véritable victoire de Téloquence, qui est de convertir les âmes : « Je crus, dit-il, n'avoir rien gagné pendant que je n'entendais que leurs acclamations; mais j'espérai quand je les vis pleurer. Les acclamations montraient que je les avais instruits et que mon discours leur faisait plaisir; mais leurs larmes marquèrent qu'ils étaient changés*. » Voilà une éloquence dont les sophistes ne se doutaient pas, l'éloquence des larmes, qui devait bientôt jeter dans le plus profond mépris toute cette rhétorique inutile et indécente. Dans les temples latins, ces témoignages d'admiration, qui nous semblent aujourd'hui inc«ignes de la majesté du lieu, ne manquaient pas d'une certaine dignité ; mais les Grecs, même au sein du christianisme, conservèrent encore leurs manières extravagantes et ces usages chers aux sophistes. Saint Jean-Ghrysostome a réprimé plus d'une fois ces désordres d'un enthousiasme trop profane : « Dans les églises, je ne condamne point les louanges, mais je ne puis souffrir ces mouvements de pieds, ces cris discordants, ces mains que vous agitez dans les airs, cette gesticulation indiscrète et tous ces usages impies ethon-

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