‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 91 sur 149 · De doct. christ., liv. IV · texte numérisé non relu

De doct. christ., liv. IV

teux que vous apportez des cirques et des théâtres *. » Les Grecs étaient incorrigibles et demeuraient fidèles à ces étranges coutumes. Le christianisme changeait les cœurs et les mœurs, mais ne changeait pas les manières de ce peuple, que Juvénal a eu raison d'appeler la nation comédienne.

Nous n'avons vu jusqu'ici le sophiste que dans les réunions particulières et choisies. Mais ce n'était là qu'un petit théâtre pour les débutants, les caractères timides, les faibles voix ou les modestes ambitions. La grande gloire, il fallait la chercher sur les places publiques, au milieu de tout un peuple assemblé. Quand ces orateurs nomades avaient fait quelque part une ample récolte de couronnes et d'argent, ils se gardaient bien de prolonger leur séjour, de peur de laisser l'enthousiasme se refroidir, et se hâtaient de chercher ailleurs de nouveaux honneurs et d'autres avantages. Ils étaient presque toujours reçus avec une curiosité impatiente. Quand le bruit se répandait qu'un sophiste allait arriver, la vie était en quelque sorte suspendue, toute une population courait à sa rencontre, les ouvriers mêmes désertaient les ateliers et les jeunes gens surtout s'attachaient à lui, selon l'énergique expression d'un ancien, comme le fer à V aimant^. S'il n'y avait point dans la ville un autre sophiste célèbre, le nouveau débarqué se contentait de prononcer un de ces discours d'apparat où entrait nécessairement le panégyrique de la cité, où il prouvait longuement que la ville avait été fondée par Hercule ou par quelque autre dieu. Mais si la place était déjà occupée par un orateur en renom, l'étranger selon l'usage, le provoquait à une sorte de tournoi ora

Page 1