‹ Les moralistes sous l'empire romainChapitre 97 sur 149 · Disc. I · texte numérisé non relu

Disc. I

2. Nous sommes en droit d'employer de ces mots empruntés à l'éloquence chrétienne, parce que nous les trouvons déjà dans les philosophes. Dion prétend faire de V éloquence sacrée, Tipoppriaiv lepàv {J)isc. XVII, p. 464); il appelle le philosophe prêcheur Vinterprète véridlque de la nature immortelle, tïpoçtqxtqv tyjç àôava-rou

Dans les assemblées populaires, Dion se montra plus grand orateur et philosophe plus intrépide. Là, il s'agissait d'abord de conquérir le silence à force d'habileté et de courage, de dominer une multitude grossière, insensible aux préceptes de la morale, de supporter les railleries et les interruptions, et d'affronter tous les périls de l'éloquence. Les précautions que prend l'orateur pour se faire écouter, les tours et les retours de sa parole, son insistance, ses artifices nous laissent deviner les divers mouvements de la foule capricieuse. Ce ne sont plus seulement des discours, mais aussi des scènes de mœurs, des tableaux animés qui représentent vivement la curiosité, l'enthousiasme, l'indifférence, la colère du peuple, et toutes les agitations de la place publique. Enfin, nulle part on ne voit mieux le caractère et le personnage de ce philosophe prêcheur. Nous le rencontrons d'abord sur les rives du Borysthènes, dans le pays des Scythes, où, devant une colonie grecque à demi barbare, il expUque, dans un temple de Jupiter, l'origine du monde, de ce ton religieux qu'il affecte quelquefois avec une certaine grandeur. Plus tard on le retrouve aux jeux Olympiques, où la Grèce assemblée célèbre la fête du Maître des dieux. Pendant les jeux et les spectacles, tout à coup on entoure Dion, parce qu'on soupçonne que sous ses haillons se cache un grand orateur. La foule accourt et tourbillonne autour de lui, comme les petits oiseaux, dit-il, voltigent autour d'un hibou. On l'encourage, on le presse, on veut l'entendre.

çuffÊwç àXrieéTTaTOv (XII, p. 397), il est un messager divin (I, p. 63). Dion a bien le rôle des prédicateurs que Bossuet appelle les ambassadeurs de Dieu. Saint Paul disait : leyatione fungimur tanquam Deo exhortante per nos. {Corinth., II, 5, 20.) Nous ne faisons ces rapprochements que pour montrer la gravité religieuse de l'enseignement philosophique.

Il finit par céder à cette curiosité si flatteuse, et se fait voir à tout le peuple. Mais de quoi parlera-t-il? Il n'est rien, il ne sait rien, il n'a pas d'éloquence, il n'est qu'un pauvre exilé qui revient du pays des Grètes. Doit-il parler de ses voyages, ou bien du dieu dont on célèbre la fête? Il y a dans cet exorde une maladresse volontaire et sans doute préméditée, qui devait exciter l'attention et la sympathie de l'immense auditoire. Mais après ces longues hésitations, il prononce un discours admirable sur les attributs de Jupiter, dont la statue faite, dit-on, par Phidias, est sous ses yeux, et dans un commentaire poétique il interprète la pensée du grand artiste et montre toutes les vertus du dieu qui respirent dans sa sublime image. C'était un spectacle bien fait pour saisir les âmes, que l'apparition de cet inconnu, de ce mendiant qui, devant tout un peuple, déroulait dans un langage splendide les beautés de l'art et de la religion ^ Mais l'occupation la plus constante et la plus pénible de Dion, ainsi qu'il le déclare lui-même, a été d'apaiser les tumultes populaires et les séditions si fréquentes en Orient. Les villes grecques del'Asie Mineure, toujours jalouses les unes des autres, se disputaient la prééminence, chacune voulant devenir la métropole de la province. Voici à quelle occasion ces jalousies dégénéraient en émeute : Gomme le préteur romain rendait la justice tour à tour dans les principales villes de son gouvernement, et que ces grandes assises, accompagnées de fêtes religieuses, attiraient tous les habitants de la contrée. Il y avait souvent des rencontres fâcheuses entre les citoyens de deux villes rivales. Des rhéteurs et des sophistes ne manquaient pas d'attiser les haines et les querelles. On s'injuriait dans les rues; on en venait aux

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