Pisc. XIL
mains, et telle était la turbulence ordinaire de ces réunions fédérales que les Romains, sans y faire plus d'attention, haussaient les épaules en disant : « Que voulezvous ? ce sont des Grecs 1 » Au milieu de ces tumultes, Dion se présente comme un médiateur qui porte le caducée ; il ne se range d'aucun parti et prêche la concorde en puisant dans la philosophie ces lois éternelles sur la société humaine qui doivent présider à l'union des citoyens. Il s'élève bien au-dessus de ces mesquines dissensions et atteint quelquefois à une haute éloquence, trop haute pour être comprise, lorsque, montrant le bel ordre qui règne dans la nature, le cours inoffensif des astres qui vivent en paix, pour ainsi dire, il s'écrie : a Voyez ces corps gigantesques qui se meuvent, sans se blesser, dans une majestueuse amitié, et vous qui habitez une petite ville, sur un coin de la terre, vous ne pouvez vous tenir tranquilles P »
C'est dans Alexandrie que Dion eut à braver la plus forte tempête. Cette ville, le port le plus commode de rOriefit, était le réceptacle de tous les vices de l'Europe et de l'Asie. Romains, Grecs, barbares, y apportaient les mœurs les plus étranges et toutes les corruptions de l'univers. Le grand nombre de matelots, de courtisanes, de sophistes et de charlatans de toute espèce, qui remplissaient la ville de cris indécents, ne permettait pas de prononcer, dans les assemblées, une parole raisonnable. Les philosophes étaient conspués, et quand il en paraissait un dans les rues avec sa longue barbe et sa chevelure négligée, on le poursuivait de huées, on le lirait par le manteau, et s'il n'avait pas l'apparence d'un homme capable de se défendre, on allait même jusqu'aux mauvais traitements. Au milieu de cette multitude désor-