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LA S(X;iÉTÉ ROMAINE.
Il est probable que Jiivénal, suivant l'usage établi, s*<^tait souvent livré à de pareilles déclamations et que, devenu poëte satirique, il se laissait entraîner encore de ce côté par la pente de son esprit, par de vieilles habitudes et le souvenir de ses triomphes oratoires.
Mais si nous tenons à prouver que Juvénal n'est pas tel qu'on le présente souvent, qu'il n'est pas un fier héritier du civisme antique, qu'il n'a pas de principes arrêtés, exclusifs et provoquants, qu'il ne mérite pas enfin d'être appelé un âpre et intlexible professeur de liberté,
Acer et indomitus libertatisque magister *.
nous n'irons pas jusqu'à dire qu'il ne fût qu'un politique indifférent et un simple déclamateur. Sans douie il n'a point ce profond regret des anciennes institutions qu'on retrouvait encore dans les grandes tamilles patriciennes, et dont Tacite a élé le sombre interprète; mais n'a-t-il pas conservé le sentiment de la vertu romaine, un goût très «vif pour l'antique simplicité gardienne des mœurs, un mépris sincère et bien romain encore pour la mollesse et la servilité, et par-dessus tout une juste horreur de la dégradation publique? Gomme jugements historiques sur le passé, sur les personnages, les mœurs de la cour, des grands et du peuple, ses satires ont pour nous un grand prix. Il complète Tacite sans trop renchérir sur lui, et son emportement poétique ne l'empêche pas d'être quelquetois, sur ceriains hommes, moms tévère que l'historien. Dans ses portraits des Césars, l'originalité puissante de son pinceau ne Tentraine pas hors de la vérité, et il se trouve que les solides peintures du poëte s'accordent avec les sim-