Eniretiens iVÉpictètCf liv. III, ch. xxii
LA VERTU STOÏQUE
LA VERTU STOÏQUE
si j'étais. cygne, celui d'un cygne. Je suis un être raisonnable, il me faut chanter JDieu. Voilà mon métier et je le fais. C'est mon rôle à moi, que je remplirai tant que je pourrai, et je vous engage tous à chanter avec moi*. » Singulier changement qui s'est opéré dans les âmes ! le monde en détresse se tourne vers le ciel ; l'insensible stoïcisme a dé^k des élans divms, et l'école est tout près de se transformer en temple de la prière.
Cette piété philosophique et cet abandon aux lois souveraines de la nature et de Dieu nous paraît la plus grande originalité des Entretiens. Le progrès moral est évident, et l'âme d'Êpictète, dans ces bell s méditations sur la Providence, est soulevée par un soulfle nouveau répandu dans le monde. «Nous ne dirons pas pourtant que ce livre est le dernier mot du stoïcisme. Cette belle et fière doctrine saura prendre bientôt un langage plus modeste et jilus touchant. Dans le livre de Marc-Aurèle, la réi-ignation est encore plus humble et plus pleine d'abandon. Il semble que la philosophie païenne, moins allière, se rapproche de plus en plus du christianisme qu'elle ignore ou qu'elle méconnaît, et soit prête à se jeter entre les bras du Dieu inconnu. Marc-Aurèle n'a plus rien de cette âpreté sloïque qui choque parfois dans les discours de ses devanciers. Il est doux, simple, aimable autant qu'un stoïcien peut l'être. Quelle délicatesse morale et quelle mansuétude dans cet examen de conscience d'un souverain philosophe 1 Ses pensées sur la résignation, sur la tranquillité qu'il faut conserver dans la contemplation de notre faiblesse et de notre fragilité, sont d'une mélancolie virile qui vous pénètre et vous charme tout en vous troublant. Il garde dans ces
tristes méditations une sérénité si pure , une douceur, une docilité aux ordres de Dieu qu'on ne trouve point avant lui et que la grâce chrétienne a seule surpassées. S'il n'a pas encore la charité dans toute la force du terme chrétien , il en a déjà l'onction, et on ne peut lire ce livre, unique dans l'histoire de la philosophie païenne, sms penser à la tristesse de Pascal et à la clémence de Fénelon.