Sénèque, Consolation à Marcia, c. 3 et
des hommes ont horreur des philosophes comme des médecins ; de même qu'on n'achète les remèdes que dans une grave maladie, ainsi on néglige la philosophie tant qu'on n'est pas trop malheureux. Voilà un homme riche, il a des revenus ou de vastes domaines, une bonne santé, une femme et des enfants bien portants, du crédit, de l'autorité. Eh bien? cet homme heureux ne se souciera pas d'entendre un philosophe. Mais qu'il perde sa fortune ou sa santé, il prêtera déjà plus volontiers l'oreille à la philosophie ; que maintenant sa femme, son fils ou son frère vienne à mourir, oh I alors il fera chercher le philosophe pour en obtenir des consolations, pour apprendre de lui comment on peut supporter tant de malheurs*. » Curieux témoignage qui fait voir clairement quelles étaient les prétentions nouvelles de la philosophie, quelle confiance elle inspirait quelquefois, quelle en était la touchante efficacité.
^'- On rencontre aussi de ces sages impitoyables qui prêchent aux malades la vertu stoïque, qui cherchent à leur inspirer, non pas la résignation, mais le triste courage de se soustraire par une mort volontaire aux souffrances d'une maladie incurable. Un jeune homme désespérant de sa guérison, et, selon la mode du temps, trop sensible à la gloire des résolutions extrêmes, délibère avec ses amis s'il avancera sa mort. Un ami de Sénèque, un sage résolu, plein de foi dans sa doctrine, met fin à toutes les incertitudes du malade par quelques fermes et tranchantes paroles qui nous ont été conservées; et mêiant des conseils de douce morale à sa farouche éloquence, il engage le jeune homme à récompenser en mourant les services de ses esclaves. Celui-ci leur distribua de l'argent, et, comme ils pleuraient, il