‹ Les moralistes sous l'empire romain [microform]: philosophes et po ètesChapitre 79 sur 139 · AÏ.-X · texte numérisé non relu

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inonie, et faisaient à peine sentir les consonnes pour donner encore plus de suavité à leur diciion. On trouve dans les auteurs du temps bien des traits et des datai s qui, réunis ( t rapprochés, peuvent servir à composer le portrait naturel du sophiste élégant. Mais il y a plus d'une manière de se singulariser. D'autres, qui aiment mieux déclamer dans la rue que dans les demeures opulentes, et qui, plus particulièrement adonnés à la philosophie, veulent attirer l'attention par une autre bizarrerie non moins raffinée, par l'ostentation de l'austérité; ceuxlà marchent pieds nus et laissent voir, avec non moins d'orgueil, leur chevelure hérissée, leur barbe inculte, les trous de leur manteau et leurs ongles menaçants. L'éloquence était devenue une représentation théâtrale, dont la mise en scène n'était point négligée, , ù l'orateur prenait le costume de son rôle, et par la beauté de son ajustement ou par Ihorreur de ces haillons, par sa voix mielleuse ou la rudesse de son accent, s'emparait à la fois des yeux et des oreilles pour obtenir plus sûrement ce qu'il cherchait surtout, les applaudissements.

L'admiration du public nefaisait pointdéfaut h cesarlistes de l'éloquence. L'orateur prenait toute, les peines du monde pour assurer son succès, et l'audiioire y metlait assez de complaisance pour ne pas l'en priver. Les louanges, les interruptions flatteuses, les battements de mains ne paraissaient que des témoignages trop ordinaires d'une satisfaction modérée, qui ne suffisaient m a l'ambition de l'orateur, ni à l'enthousiasme de 1 assemblée. Le fophiste n'était content que lorsque, après un mot d'un effet inattendu, après une tirade enlevée avec une impétuosité irrésistible, il entendait des acclamations, des cris, quand il voyait les auditeurs s'agiter sur leurs bancs se livrer aux transports d'une fureur ba-

chique, secouer leurs vêtements, quelquefois se lever el courir comme des insensés. Je n'entrerai pas dans le détail des formules admiratives, dont la liste serait longue; qu'il nous suffise de savoir que le public criait : Des couronnes! des couronnes ! Aussi, le sophiste vraiment habile, qui connaissait le prix de la gloire et qui était Hssez riche pour la payer, ne manquait pas de s'adresser à des entrepreneurs de succès oratoires. Ceux qui se respectaient le plus, et qui avaient assez d'amis pour mettre en branle l'admiration de l'auditoire, avaient grand soin de les convoquer et ne s'en cachaient pas. Marc-Aurèle, passant à Smyrne, demanda au célèbre rhéteur Aristide quand il aurait le plaisir de l'entendre. Celui-ci lui répondit : « Propo!^ez-moi un sujet aujourd'hui et je parlerai demain; je ne suis pas de ceux qui n'ont qu'à ouvrir la bouche pour en jeter des phrases; j'ai besoin de mélitation. » C'était assez modeste pour un sophiste; mais avec quelle candeur il ajouta aussitôt : « Vous voudrez bien, seigneur, permettre à mes amis d'assister à la séance. » L'empereur y consentit. « Vous leur permettrez aussi d'applaudir et de se récrier de toutes leurs forces. » Marc-Aurèle sourit et répondit finement : « Oh! cela dépend de vous*. »

Les applaudissements et les démonstrations furieuses d'un enthousiasme, véritable ou simulé, étaient d'un usage si général, que, plus tard, on les entendait retentir, même dans les temples chrétiens. En lisant les homélies des Pères de l'Église, on s aperçoit souvent qu ils sont interrompus par des cris d'admiration; et ces orateurs sacrés, qui avaient renoncé à la gloire et dont le zèle était tout apostolique, respectent ordinairement ces anciennes coutumes et ne songent pas à les condaïuner,

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