‹ Les moralistes sous l'empire romain [microform]: philosophes et po ètesChapitre 85 sur 139 · Athéin e, XIV · texte numérisé non relu

Athéin e, XIV

ro^"/^-'^^î;^'^I^^ P">IH TON BAIIAETONTA TQN AC TQN. Eunape, Vie de Prohxresius.

frivoles de l'esprit, à ces recherches minutieuses de la vanité, sans renoncer à la véritable estime de soi-même et à la fierté d'un honnête homme. Aussi leurs dissensions, leurs jalousies, leur avarice sont aussi célèbres que leur arrogance, et leur vie voluptueuse a été telle qu'elle a donné naissance à un proverbe • Vivre comme un sophiste.

Si nous avons emprunté à Philostrate, à Eunape, et en général aux auteurs de l'époque les détails les plus singuliers, ce n'est point pour faire croire que tous les sophisles fussent au même degré déraisonnables, mais uniquement pour montrer, par des exemples frappants, quel était le caractère de cette éloquence. On voit ce qu'elle était devenue, faute de sujets : une vaine déclamation, un jeu théâtral, avec des poses d'histrion et des costumes éclatants, un chant efféminé, enfin le digne amusement d'une société oisive et serviie. Rien de grand, rien de sensé ne pouvait sortir de ces joutes intéressantes sans doute, parfois tragiques et pourtant ridicules, parce que le prix de la lutte n'était que la satisfaction d'un amour-propre et que la lutte elle-même n'était que le combat de deux vanités. Le st>le valait les pensées et ne pouvait être qu'un assemblage ingénieux de vieilles métaphores rajeunies, d'expressions détournées de leur sens ordinaire pour leur donner un air de nouveauté, de mots poétiques semés avec art, comme les rubis sur le manteau de l'orateur, et une harmonie toujours également musicale dont la fadeur est bientôt un tourment pour l'oreille. Mais on est tenté d'avoir de l'indulgence pour ces défauts odieux, quand on songe que les Grecs de celte époque ont eu du moins le mérite de rester fidèles à leurs traditions littéraires, qu'ils n'ont pas renoncé, malgré le malheur des temps, au culte de l'éloquence, qu'ils ont essayé, n'importe comment, de l'honorer en-

23k LA PRÉDICATION MORALE POPULAIRE.

core avec une persistaDte qui est plus respectable quo les ouvi af:es qu'elle a produits. Ne faut-il pas compatir aux efforts de cette paf-sion toujours vivante qui leur fail chercher partout, dans la mythologie, dans l'histoire, dans les lieux communs delà morale, une matière à des discours? S'il était permis d'emprunter le langage emphatique de l'époque et d'expliquer notre pensée parune comparaison que le sujet auiorise et qui est dans le goût des sophistes, nous dirions que les Grecs de la déca* dence ressemblent à ces animaux industrieux que leur instinct pousse à construire des ponts sur les lacs et les rivières, et qui, alors même qu'ils sont en captivité, continuent encore à rassemblerions les débris, tous les objets qu'ils rencontrent, comme des matériaux d'une inutile construction; ou bien pareils à ces quadrupèdes agiles et charmants qui sautent de branche en branche dans les libres forêts, et qui, prisonniers dans une cage étroite, trompent ce besoin de mouvement qui est leur nature, en faisant tourner sans cesse une roue mobileainsi les Grecs, dans la servitude, pour satisfaire encore cet instinct de l'éloquence, ont cherché de tous côtés une matière solide sans pouvoii' la trouver, et par des exercices puérils donné le change à leur activité naturelle. Est-ce de leur faute si la conquête romaine leur a enlevé, avec la liberté, les véritables éléments du discours oratoire, et ne doit-on pas les plaindre en voyant la grâce et la gentillesse de leur esprit tourner sans repos dans le même cercle de phrases élégamment banales, en voyant condamnés à ce travail stérile les fils dégénérés de Périclés et de Dciûosthènes?

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