Ibid,, ch. LUI
cour. De même il était loisible aux poètes et aux orateurs d'exalter les héros de la république, et le temps n'était plus où il y avait quelque dauger à les célébrer. Admirez, nous dit-on, l'intrépidité de Juvénal qui ose chanter les vertus de Gaton, vanter Thraséas et Helvidius, qui les montre t la tête couronnée de fleurs, célébrant, la coupe k la main, la naissance de Brulus et de Gassius ^ > Excepté sous la tyrannie ombrageuse de Tibère et dans quelques circonstances particulières où réloge de ces républicains était une allusion provoquante et la satire du présent, les poètes pouvaient tout à leur aise porter aux nues les héros du patriotisme romain et même les hommes qui avaient combattu Gésar et qui étaient morts pour la liberté. Que de fois Gaton n'a-t-il pas été célébré par Horace, par Virgile, par Lucain, par Sénèque, le ministre de Néron I Avec quelle force et souvent quelle emphase ! Au temps de Juvénal, ce langage en apparence si fier était plus que jamais à la mode. Sous le règne de Trajan on vantait à Tenvi l'ancienne constitution, on croyait sincèrement y être revenu. Le peuple et le prince lui-même vivaient dans cette flatteuse illusion. On le voit bien par le langage de Pline, qui ne croit pas être hardi et qui n*est que courtisan quand il compare les services de Trajan à ceux desBrutus «qui chassèrent les rois^. » Trajan rend au sénat sa majesté, il relève le patriciat, il ne redoute pas les descendants des héros, ces derniers fils de la liberté, ingentium vivorum nepoteSy illos posteras Hbertatis*. Ainsi la satire des mauvais princes, Téloge des héros de la république sont comme une nécessité du style officiel. Voilà le plus méticuleux des orateurs qui,
^1. Satires, V, 37.