Sénèque, lettres à LuâliuSf YI, LU, XXIL
rils de la vie. Gornutus, qui fut un de ces sages comme les demandait Sénèque, a eu le bonheur de s'attacher un élève avide de perfection morale et capable de reconnaître les soins donnés k la culture de son âme. Il a dû être un homme de vertu et de grande autorité, s'il est permis de juger le mérite du maître par l'admiration et la reconnaissance attendrie du disciple. On ne trouve pas souvent, même dans les lettres de néophytes chrétiens qui ont témoigné leur gratitude à leurs directeurs, des sentiments si purs exprimés avec une si naturelle effusion et une si délicate sincérité :
« Mon but n'est pas, en vous adressant ces vers, d'enfler une page de bagatelles pompeuses pour donner, comme on dit, du poids à la fumée. Nous parlons ici seul à seul, et je ne résiste pas à ma muse, qui m'engage à vous ouvrir mon âme tont entière. Combien, mon cher Gornutus, mon doux ami, combien vous faites partie de moi-même, c'est un bonheur pour moi de vous le dire. »
Quantaque nostra
Pars tua sit, Comute, animae, tibi, dulcis amice, Ostendisse juvat *.
Puis avec des hardiesses de style dont l'effort n'est (pie l'impatience impuissante qu'éprouve le poète k ne pouvoir dépeindre une amitié si particulière, si vive et si profonde, il continue :
« Frappez nn peu Ik sur mon cœur, vous qui savez si bien distinguer ce qui sonne creux et reconnaître si de belles paroles ne décorent que le vide; oui, je ne craindrais pas de demander ici le secours de cent voix à la façon des poètes pour dire avec la plus pure sincérité