Ce livre existe encore : Ilspi tîîc tûv Oecov çCondiç
mmamm
ittvfBHBMKaMCMaoBaM
ON PBiËm £TOlGIEN.
Goisiato^ Qa fmit se figurer le ton plein de gravité ât âe^mBplaiaaiKcejinéci^ro^iie qrâiâevait régner .idaBs cettd réiuuon d'él4gante«a^ril8 appartenant à la mêiBd .aecte et mi mÈix» paâNii politîqifee. «Le hAuillant Lucain, avâe rhyperbole ordinaire de son langage^ hi ftvesûièjie im» qn'il •entendit Ja Jbectuo^ .d'un osAFrage de Bersé, ponssa défi ccis .d'adnm»btion^ ^k Voilà de la vraie poésie ! MfiS vens, à imoi, ne sont iBU cooaparaison quiB bagatelles* ! j» Qga recoanait là rintempéri»ice de Lucain et la violence de «es premiers. mouvements dans l'admiration ou «dans la haine. Perse ôt Lucain ont-il« été bien unis ? On en pfiutfdouter.. La solidité morale 4u jsatirique devait juger sévèi^ment la fougue inconstante Bit les déplaisantes con^ tcadjlctLQns de l'auteur de la Phar^ab. Sans doute Lucain ^ pds fdaisir ^dans son poème à se montrer stoïcien, il eûlte lies itécos de la république, il fait sonner baut le mot de libeslé.;.mai8£e républicain d'imagination ilaUaîJt Ijlérion^ let, daoEis le naême jouvrage où il glorifiait a^vec une fierté .sans mesure Galon et tous les soldats de la liberJlé, il adressait des vers adulateurs au tyran jusqu'au moment oii^ blessé dans son amour-propre de poète par le jxrince, son rival en poésie, il fit contre lui des vers satiriques qu'il paya de sa vie. Lucain paraît avoir .été un jnondain entraîiaé par Sénèqueà la cour, dont l'imagination mobile ilottait entre tous les extrêmes, àia fois courXisan et déclamateur stoïque^ enthousiaste inconsistant, .couvrant sa faiblesse de jactance espagnole, qui Ticut, .comme il écrivait, avec emphase, qui garda cette inconséquenoe jusque dans sa .mort, et, après a^oir
1. tlomutus îllo tempore tragicus fuit. Vie de Perse. — Lucain avait laissé une Médée inachevée; Pepse avait composé une de «es tcagédies romaines qu'on appelait préteaftes, .
2. Vie de Perse, Le texte ici paraît corrompU} mais rexdamar' fhm de Lucain est assez vraisemblable.
lâchement déDoncé sa mère pour se sauver lui-même, revint à de meilleurs sentiments, récita à ses derniers moments des vers vaillants de son poëme, et crut peutêtre mourir en héros pour s'être enivré une dernière fois d'héroïsme épique.
Ce fut pour des raisons analogues, -on peut le croire, que Perse se tint sur la réserve avec Sénèque. II le connut assez tard, dit le biographe, et ne se laissa pas prendre aux charmes de son esprit. On conçoit que Perse ne se soit pas livré à ce stoïcien homme de cour, à k fois philosophe et ministre de Néron, et qui pouvait, aux yeux des hommes sévères, passer pour un transfuge. Sa vie, son esprit, son style devaient également déplaire aux rigoureux adeptes du stoïcisme et à l'intégrité doctrinale de Perse. Les concessions faites par Sénèque aux nécessités de la politique et aux modes littéraires paraissaient être autant de démentis à sa doctrine. Gomme ministre, il trahissait les principes ; comme philosophe, il donnait la main à toutes les écoles ; comme écrivain, sa manière facile et brillante et sa riche abondance s'éloignaient de la roide concision recommandée par la secte. Jusque dans le style, Sénèque était pour les gens rigides un esprit corrompu, et un corrupteur d'autant plus condamné que ses exemples étaient contagieux et que presque personne n'avait la force de résister à l'attrait de cette éloquence nouvelle. Nous savons d'ailleurs que Sénèque était sévèrement jugé par les philosophes et les mécontents politiques ; et plus d'une fois dans ses ouvrages il s'est défendu à mots couverts, sentant le besoin de faire son apologie et de répondre aux murmures de Topinion stoïcienne.
Parmi ces esprits d'élite et ces nobles caractères qui entouraient Perse, il faut enfin nommer le plus grand de tous, Thraséas, qui avait pour le jeune poëte, son proche parent, une amitié toute particulière. Perse a
ON POÈTE STOlaEN. 117
véca dix ans daas la &miliarité de ce grand homme, et l'accompagDait partout, même dans ses voyages'. Taudis que Gorautus a été le théoriciea et pour ainsi dire le docteur de cette illustre compagnie, Thraséas en a été le politique militant. Si Thraséas u'était pas si connu, si son nom seul ne parlait pas assez haut, on serait en peine de trouver des paroles qui répondissent k l'admiration qu'inspire ce personnage, dont on a essayé, dans ces dernières années, de rahaisssr le caractère en un sa* vant ouvrage que nous épargnons en ne le désignant pas, comme s'il pouvait importer à quelqu'un d'avilir celui à qui Tacite a donné cette lonauge qu'il était la vertu même. Pour moi, je préfère Thraséas à Caton, qu'il avait pris pour modèle, et je le considère comme le plus bel exemplaire du stoïcisme raisonnable. Je ne sais ce qu'on peut reprocher h ce héros sans jactance, aussi doux que ferme, qui craignait, disait-il lui-même, de trop haïr le vice de peur de haïr les hommes, qui garda une bonne gr&ce tranquille et de la mansuétude dans des luttes où sa lêle était en jeu, qui, sans jamaî» se soumettre à rien qui pût être réprouvé par sa couscience, n'espo^ jamais non plus inutilement sa vie, la ménageant pour le bien public, et, sans faire au pouvoir une opposition jalouse ou Iracassière, ni rechercher, comme les autres stoïciens, la popularité de l'impertinence, sut repousser au séuat toutes les mesures injustes, cruelles ou malséantes par son vote ou par son silence : car telle était l'estime qu'il inspirait que tout l'empire tenait les yeux fixés sur lui, qu'on recueillait nonseulement ses paroles, mais, si l'on ose dire, son silence, et que les provinces lointaines s'occupaient de ce
118 UN POÈTE STOrCIEIT.
que Thrasëas n'avait pas fait. N^roa loi-mémeF étaft désarmé par ce paisible courage et rendait hontmage âf l'intégrité de cet homme, dont il aurait voulu, dtsait-il^ ttre Tami, et qu^il respecta jusqu'au moment oft, fbu db terreur après le meurtre de sa mère Agriîppine, 3 se put plus supporter le regard de cette conscience incorrup'tiBIe, ni l'importune vertu de ce sénateur qui^ seul, ne voulut pas s'associer par sa présence à Tapdogie du parricide, et; pendant la lecture de la lettre de Néron, sortit dusâiat. Sa mort, qu'on ne relit jamais dians Tacite sans une émotion nouvelle, est une des plus belles de l'antiquité. Cette dernière promenade dsms ses jardins avec ces hommes et ces nobles dames qui s'empressent autour d'un proscrit aimé, cet entretien soCtairv avee ton philosophe sur l'immortalité de l'âme, sa prière sor assistants de se retirer pour ne pas partager son sort, ses supplications à sa femme qui veut memrir avee Ivà et qu'il conjure de se conserver pour leur fille, sa jioie en apprenant que son gendre n'est pas condamné wvec lus, les mâles et paternelles paroles qull adresse au jeune questeur lui-même chai^ de surveiller sa mort, PîneoiDparable beauté de son exclamation suprême quané, regardant couler le sang de ses bras^ il s^écrie: c Faisons cette libation i Jupiter Libérateur ! w tsnÈ de gran?deur simple dans ta mort conmie dans Isr tîe Mne à peine comprendre comment il sW rmxc a atvé un éerivain honnfite pot[r décréditer cet hoaraie magaaninie, qaî, après avoir montré toujours une fermecé bresséante et discrète, a porté sa simplicité et sa douceur jueqae dans Fsçpareil usité f un tr^s SùaSckai.
On se figure aisément queSe a Aé PmffiMwe de Thraséas sur Perse* Une familiarité intime de dix ans «Mc ua si grand earactScè add élever le cœur du poète, ou du moins le reteakjjgr les hauteurs où Tavait déjà
tm POÈTE STOÏeiHW, 119
fÊÊGé lifr S^TB doettine â^ GovwaAu», H ist^ea^ pu» sanrant dbnii^' à wi jéuire hommes gënërewB, épris d'étndis inoi^ nfeSy dl» voir h ses* côfeiâff, dans sa ânmlle^ I9 miràèle dés Tertas recommaixdées parla phHlosopiâ». It oombian o» d(rit-oir pas s^attaeher à ose dbctFixt& snbfime' quand <m peut s^entretemr teu» le» joftrs anF«e llhomme qui, dam sa Tie, en* représente leé prineipeel- Je sais bien que la sombre ardeur de Psrse , ss poétique roideur^ ne^ yes^aemblent pas à la tranquilTe et natureHl» intrépidité de Tfrraséas*;^ maisr Tun ét«t im lisune- homme enivré de fortes- maximes, un solitaire écbasfféparFétude, l'autre un homme mûri par rexpérieneo, mêlé aux affaires et sachant se pfier aux nécessités de fi» vie^ etde la poMtiqu#. Four moi, quand |e-Iis certain» beaux ver» di» Pers», je mo figure volontîeva qaHh ont été inepîrés parria vue^ de Tbraséa». Qu*<m nous laisse le plaim d» croire qu» le poète pense k hà lorsqu'il s'éem'i • Paissajit maître des dieux, pour punir lee tyrasie, mKHitre^teor ki vertu, et qu'Hs sèchent de regret de Tavofr aband^Bée. »
Yictutem videant ÎQtabescantque relicta ';
Vers admirable d*énergique concîsioir, oft Ton croit voir Néron en présence dfe Thraséay. Quoi qui'S en soit dé ces conjeclures qu'on pourrait nralt^ier, ley vers de Ferse prennent un intérêt nouveau quand on songe.qulls ont été écrits sous les yeux de ce touchant personnage, qull les a sans dbute» approuvée, et qu'ils ont peut-être remué ce grand cœur.
On risquerait de ne paiï bien comprendre le earaclière de Perse et de ses écrits, si nous négligions de parler ées femmes qui l'ont entouré de leur soRicftu^ , i laquelle le poète répondait, dit la notice, par une tendresse exem-»
120 UN POÈTE STOÏCÏEN,
plaire. On a vanté Tamour qu'il avait pour sa mère, pour sa sœur,, pour sa tante. La douceur de ses mœurs, d'ailleurs, et sa modestie virginale donnent à penser que son âme a dû beaucoup à la société de ces nobles femmes, d'autant plus que la chétive santé de ce bel adolescent de grande espérance rendait plus empressées autour de lui toutes ces mains diversement maternelles ^; mais là encore, dans cette élégante et plus douce compagnie de matrones, Perse retrouvait les souvenirs, les traditions , les vertus du stoïcisme. Il a pu connaître dans son enfance une de ses parentes qui avait donné le plus étonnant exemple de ce courage viril que les Romains estimaient avant tout dans les femmes. Elle était, en effet, de la famille, cette Arria qui, pour encourager son mari Pœtus à se soustraire au supplice par une mort courageuse, se frappa d'abord elle-même, et mourante, tirant de son sein le poignard tout sanglant, le présenta à son mari avec ces paroles immortelles : « Tiens, mon cher Pœtus, cela ne fait pas de mal. » Ce trait d'héroïsme stoïque , cité , dit Pline , dans tout l'univers, cé^ lébré par Perse encore enfant dans ses premiers vers, aujourd'hui perdus, était le plus beau titre de gloire de cette famille , et devait être pour toutes les femmes de cette maison patricienne comme un modèle proposé à leur émulation. Nous pouvons juger de leurs sentiments par ceux d'une de ces matrones, cousine de Perse, de la seconde Ârria, digne fille de la première, qui, malgré les prières de son mari Thraséas^ voulut mourir avec lui, et, comme lui, se fit ouvrir les veines. N'est-il pas per- ' mis de supposer que ce sont les femmes de la famille de Perse qui , comme nous l'avons dit , se pressent autour
1. Fuit morum lenissimorum , verecundiae virginalis, forma pulchrae. Vie de
de Thraséas condamné et font cortège à son infortunef Il ne faut pas oublier qu'à cette époque les matrones se faisaient quelquefois instruire dans le stoïcisme, que dans ces temps de périls la plus grande gloire pour eues était de ressembler aux hommes, de braver par leurs discours et par leur conduite la corruption et la tyrannie du jour. Depuis que sous le règne de Claude, par un affranchissement subit, par une horrible nouveauté pour des Romains, les femmes, qui, sous la république, vivaient dans l'obscurité et la dépendance, s'élevèrent tout à coup, les unes par l'audace et le génie du crime, comme Agrippine, les autres, comme Messaline, par la fureur inouïe de leurs déportements , quand elles devinrent une puissance, jouèrent un rôle politique, se mêlèrent aux intrigues du palais, et, dans la première ivresse de leur émancipation , prirent plaisir à violer, non-seulement les lois de la vertu, mais les règles de la pudeur, alora, par une réaction naturelle, parurent des femmes honnêtes, étalant leur vertu comme d'autres étalaient leur indécence, demandant à la philosophie, avec des principes solides, des maximes agressives, empruntant aux hommes leur parole sentencieuse et brève, leur langage intrépide , et capables d'ailleurs d'égaler et de surpasser souvent leur héroïsme : vaillantes femmes, dont la force n'était pas toujours dépourvue de grâce, qui voulaient, en mourant, s'associer à la gloire de leurs époux, comme les femmes de Fœtus, de Thraséas, de Sénèque, dont la fidélité et la mâle constance étaient ensuite proposées en exemple, et que, par une sorte de canonisation profane, l'admiration universelle mettait au rang des femmes stoïques. Perse n'a jamais vécu éloigné de ce cercle de graves matrones, composé de sa mère, de sa sœur, de sa tante et de ses admirables cousines. Il a trouvé un abri pour sa candeur, un encouragement
122 ror POÈTE STOÏCIEN.
pour sa jîBune vertu dins cette société pudiçae et sévère où régnait le souvenir de la première Arria, et qui s'ar»mait d^avance de courage contre dés périls à venir et faciles à prévoir. II a pu s'entretenir souvent avec la seconde Arria, cpii se montra Ik cfigne fîHe da sa mhve ; S a contrilué sans doute k former Fesprft. de la jeuEre Fannia, fillb cFe T&raséas, celle qm devint la femme d'SeIvrdfias , et qui cfonna plus tard pour la troisiènie fois dans cetle fàmiiTe Texemple du mémcp déveuensent conjugal. Ainsi Te poète a trouvé autour de hd le stcucîisme sous toutes les formes , dans les doct^ entretiens avec les philosophes-, ses maîtres et ses anm, dans les conversations familâres avec dés politiques- teh q«e ThraséaSy et jusque auriez visage aimable de C6»fataêes &éi*ome8^
Oti peut appliquer ï toute cette famiH^ ces mots ée Tacite parlant de l'un de ses membres^ d^Belvidiffi» : < n suivait les maximes^ de ces philosophe» qui' se n»» connaissent d'^iautre bien que ht vertu, d^afotre matqôe le vice^i et qui ne comptent la puiseanee, Pédat (kt raozg et tout ce qui est hors dé^Fâme ni pour vat bien ni porar im mal. Opiniâtre dan^sFhonnâte, inaeeessibleàlaerarâite, on ne- pouvait lui reprocher peu t^-ttre qu*un« paseicm, la fen i Srê dont se dépouille le sage> raxnonr de^k gloire. » I^tv jnrmcax'f eonstan^ adversus metwSy errnit qtnbfés CEppetfmewr fomss mderefWTy quamêo' eêtam mpventibus mpMïr gforise rwmsnma exmtur\ Ce» mécontenta à
l« Pfine le JefOM a beaucoup eanxai fsnnift, et^ a& nom a|ipn« wmk fu'aftft ressamltlaiieiLtûMtàfcSamàre, ilooiis peint Tunaet Paaxtre : « Qusb castitasL ilUusl quae sanctitasl quanta gravitas, quanta, constantia!... Eadem qnam jttcunxîa; qiiam comis, quam * ^mque (quod pauei? datsm esl^ noor mina» amaJiilis qroiiii venenuHiaL.. UtEapo^fue oolui^ tttianqpa éUsâf uXam xnagî^. neaciok» LeUïû VIL
% Mst,, XT, 5 et 6.
UN PGÉTE aTOÏCIBWÎ m
principes inflexibles et de vertu rigide, dirigés par un esprit dogmatique , stoïciens de doctrine et de conduite, patriciens frondeurs , philosophes contempteurs du siècle , femmes courageuses prêtes , comme les hommes, à tout braver, forment un fojeu d'opposition politique, morale et presque religieuse, et l'on est tenté de comparer de loin à une coHtpagnie* i^jmmSmaiimte groupe sévère, espèce de Port-Royal romain résistant aux mœurs, aux exemples,, aux entreprises d'une cour. Nous n'avons pas besoin de relever les différences. La tyrannie sous Né- £on est plus violente et plus insensée, le danger plus terrible , la résistance plus farouche , pins altîëre dans son mépris républicain pour les puissances et les^ hommes du jour. Qu'on se représente maintenant Perse élevé dans cette société intrépide, n'en étant jamais sortî, j,eune^ beau , choyé pour ses talents , aimé pour la douceur de ses mœurs, valétudinaire, entouré de ces nobfes fammes de sa âimille auxquelles^ il est tendrement attaché, retenu loin des vices par sa faible santé et sa madestie, et l'on verra quelle pouvait Stre la satire de cet honnête et sédentaire jeûna homme sans expérience. H répétera avec foî les maximes de ses amis, et pour ainsi dire. Te catéchisme stoïcien ; il aura la rigueur , la tmtesKe, la roideur d^^ soCtacre; il se j^ra aor deniialhisions que Ton ne peut guère comprendre que àsn& son cercle: 3 parlera avec l'exagération vertuetEso efFînnocence hardie d^un adepte, d\in néophyte qui contem* pie et |uge la vie âxL fond d'un cloîtra stoîcieK.
124 UN POÈTE STOlaSN.
Idées religieuses de Perse.
Les satires de Perse, que nous allons maintenant parcourir, lues et applaudies dans cette société unie par la communauté des principes, prennent un intérêt tout nouveau quand on les considère, non pas comme les exercices poétiques d'un auteur laborieux, mais comme les professions de foi d'une généreuse famille. Sans doute, à voir d'abord les caractères extérieurs de cette poésie érudite, émaillée de souvenirs classiques où rimitation est trop apparente et souvent tient même à se montrer, on peut être tenté de croire que le poète n'a puisé son inspiration que dans les livres : ses satires en effet sentent l'étude et Técole, trahissent un jeune homme qui demeura toujours entre les mains d'un maître, dont l'esprit était asservi à des dogmes, et qui mourut d'ailleurs avant l'âge où le génie s'affranchit de l'imitation, entre en possession de lui-même et ne se laisse plus obséder par les réminiscences; mais il est difficile de croire que ces vers quelquefois si frémissants ne furent que les exercices d'un écolier studieux, qu'ils ne sont pas sortis de l'âme, qu'ils ne sont point l'expression vivante des sentiments personnels du poète et de plus l'écho des graves entretiens de cette élite que nous venons de faire connaître et à laquelle ces fières sentences étaient adressées, carie livre ne fut pas composé pour le public et ne parut aj||H|od jour qu'après
la mort dn poëte. Qu'on nous permette donc de supposer que les seuteoces satiriques de Perse sont le fruit de son éducation domestique, les maximes de sa famille, le formulaire de sa religion, de sa morale et de sa politique. Ces déclarations de principes austères, cette censure chagrine des ridicules du jour, ce hautain mépris pour les gens à la mode ou en faveur, ces obscurs sarcasmes contre les princes et leurs satellites, tous ces sujets ordinaires de conversation entre patriciens philosophes sont venus se condeDser dans les satires mystérieuses* de Perse, et nous présentent, avec les sentiments particuliers du poète, les étonnements, les révoltes, les chuchotements et les malices de toute une illustre compagnie.
Si nous tenons à connaître d'abord les idées religieuses qui avaient cours parmi les adeptes du stoïcisme, la deu^^ième satire, qui roule tout entière sur la religion, va nous montrer comment, à cette époque, les hommes les plus honnêtes et les plus éclairés comprenaient le culte qu'il faut rendre aux dieux et les prières qu'on doit leur adresser. Le poète, passant en revue les principales folies pieuses de ses contemporains, flétrit le ridicule odieux de ces prières par lesquelles on demande au ciel la satisfaction de désirs criminels; il se moque de ces naïfs dévots qui s'imaginent que de vaines cérémonies couvrent ou rachètent la perversité du cœur ; il fait voir combien ces vœux sont insensés, honteux, inefficaces, injurieux pour la Divinité ; en un mot, il veut substituer aux pratiques extérieures et hypocrites de la superstition un culte tout intérieur et moral. C'était Ih un sujet traité par les sages de tous les temps et qui a dû être de bonne heure une des préoccupations les plus ^ légitimes de la philosophie. Le paganisme, en efiet, tel que le peuple surtout le comprenait, était une religion
IM \m PO£Tfi SSûlGlËN.
tDiU8.jgroMièoQ,.8ans joarale et souvent tCQxiti:aixfi,à la mpmLb ;; les lacBificeB n'éuiaot ûffertB4ue ^arla penr ou }>ar ja itoaTokÂse, ^oar acheter en fuelque sorte la tmmirJàmLe et fiour obtenir jdes hiezis matériels 4* de YÎles prières n'en^niaoït^aeiles vœui iiitérefi8és<on conpaJblfiA tentaient de faire defiidenx^lesxomplices complài<oBntsdfisiuonmes. Ausfii voit^on fue lies plns^ands philosophes ont Sait effort pour épurer la religion et ponr JajrB9dreplus dignede la Bivinité et de la cqbflciencseJuunaina. Pyths^ora, Socrate^ Platon, Zénon^ !Épicure|, toueles chefs d'école entreprennent tour à tour de corriger ce culte .extérieur ou de le supprimer. Chez les Romains, Gicéran.e(t&énèfue répandent et popularisent ces hautes idées de la philosophie grecqne. Les stoïciens surtout, dont la métaphysique panthéiste pouvait se passer de religion positive^ faisaient profession demépriser les pratiques du culte et les sacrifices. La raison iiumaine ^'élevait de tous côtés et depuiâ longtezxgis oonjtee une xe%iQn acorruptrice qui permettait h rhômme de ise droite pieux alors qu'il n'étaitpas honnête et de s'acquitter envers les dieux avec des cérémonies mioutieusemenjb observées. Aussi, ^^ moment même oà la foi chrétienne, enfermée dans les catacombes, travaillait à extirper des eouirs £e paganisme dépravant, en haut, àJa Limîèredu jour, dans une opulente demeure^ dans nne autne communauté de belles âmes, la raison jHTofane faisait entendre les mêmes protestations^ et sur ce j>oint se rencontrait, sans le savoir, avec les nouveaux enseignements religieux du jchristianisme. Cette satire, à laquelle on j)ourrait donner j)aur titre la Prfère, montre tout le mépris des stoïciens pour la dévotion païeime. Le poète n'attague jpas seulement les j)ieuses coutumes Su peuple .ignorant, qui ne mériteraient point. les honneurs d'nne j>areille sortie ; il prend soin de nous informer
DS PDËTE fXDlCIER. tST
çu'jl B'r^ticides-graodG, ââB^aifiiaats<dB jonrj ([ttîd^ BluidBDt aiu^isiu titte nue ^rribla juuvsté ruwmplisasiaeQt'dsBplue vils dâÙTB. A cette époque d'd^mi» Bkble «vra^tioa, Je^Man monde étak encore dévot, «t âu8ait^«a d^valionnncommerce Inovatifarec le^dal. Oa loi offrait des Ea(»ifioeE tomme ad eesa^ de eortvmgfn un aoide utunier, selon le mot de Pîànta ; ou lui «dressait de cnpidee prières -à vois basse, ponr it'.étre pas snteodu des bammes. Dans ime i«ligioiiioEmalist£, rà lia .prière s'était pas une effusion du cœnr, imJtomnage gratuit, mais une négociation de sordide intérêt, OD priait en secret, non pour dérober humblement sa. piété à tans les regards, mak pour caoher de bonteuses sollicitations. On allait jusqu'à gagner le gardien dn temple qui vendait la permisaon d'a,ppracher de J' oreille du simulacre àbiia„ oe qui faisait ilire an conlempalain Séné que : ■ Aujouidliui quelle est la h)Iie'des tiammee? Bs murmurent À voix basse des vœux inttmts -â J'oreille 4es dieux. Dès qu'on les écouta, ils se taisent. Ils BViaecaieut dire aOK Jiommes ce qu'ils disent snx dienzJ * • On comprend ^pie, daxs une pareille religion , -des philosophes , Pyâiagore gar exemple, voulufsenl gae Ja prière f&t toujtmrs dite à haute voixj^qa'ilfljnisaent Ainsi la dérotion guiélait suspecte sous la surveillance de l'honnêteté publique. ■ On embarrasserait bien nos gens, dit Perse h son tour, si on les^^ligeait ftiputher lem's vœux, aperto vivere volo *, ■
Perse nous met soQS les yeux nn de ces grands seigneurs liypocrltes, faux philosopbeB, qui 'demande tout hatit, et en apparence, les biens de l'&ms avec les lor-
mules consacrées de la philosophie, mais qui aa fond de son cœur, et d'une voix inintelligible, ne forme que des vœux ignobles. « Sagesse, honneur, vertu, voilà ce qu'on demande tout haut, pour être entendu du voisin; mais voici la prière qu'on fait en dedans et qu'on murmure entre s es lèvres : « Ohl s'il m'était donné de voir le magnifique convoi funèbre de mon oncle I... Si mon pupille, dont je suis le plus proche héritier, et que je serre de près, pouvait recevoir son congé ! Car enfin ce serait un bonheur' pour lui : il a des ulcères, la bile l'étouffé et le ronge.... Eh bien! c'est pour faire de pareils vœux, pour les faire bien dévotement, que vous allez le matin plonger la tête dans le Tibre deux fois, trois fois, et purifier vos nuits dans l'eau courante. » Perse, là-dessus, interpelle ce pieux personnage : « Âh çà! dites^moi donc un peu, pour qui prenez-vous Jupiter* ? • Ces vers sont pleins de force et d'esprit, mais d'un esprit qu'il faut souvent un peu chercher. N'est-ce pas une chose bien observée que le ton doux et charitable de ces vœux meurtriers? Le bonhomme désire la mort de ses parents, mais pour leur bien. On aura la délicatesse de faire à l'oncle de belles funérailles. Ce pauvre pupille, chétif qu'il est, sera plus heureux quand la mort l'aura délivré de la maladie. Tartufe n'eût pas mieux dit, lui qui sait si bien
.... Rectifier le mal de Faction Avec la pureté de son intention.
Cette polémique religieuse de Perse a de la portée, et n'est pas seulement un jeu d'esprit poétique; ce sont les principes d'une haute philosophie, d'une morale