‹ Les moralistes sous l'empire romain; philosophes et poètesChapitre 82 sur 143 · Ounci) àico xapStac çiXet; xoù; àvO^coTcov;, liv. VU · texte numérisé non relu

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encore qui se prépare à porter d'autres r^sins dans la saison. Faut-il donc être du nombre de ceux qui ne savent pas ce qu'ils fonti — Oui*. » Paroles d'autant plus remarquables qu'un stoïcien se piquait de se conduire toujours par des raisons précises, et traitait d'insensés tous ceux qui ne se rendent pas exactement compte de leurs actions ? Marc-Aurèle, en tout fidèle à cette règle, en excepte la bienfaisance, rencontrant ainsi cet "autre précepte évangélique sur la main droite et la main gauche. T^ous versons ici presque au hasard toutes ces pensées charitables, sans les rattacher les unes aux autres ni aux principes philosophiques dont elles découlent. Il faut, pour en jouir, les voir dans la liberté de leur effusion. Les pensées morales sorties du cœur ne doivent pas être strictement enfermées dans les formes d'une méthode scolastique; pour laisser sentir leur vertu et leur parfum, il faut qu'elles s'épanchent et se répandent.

On ne connaît pas entièrement Marc-Âurèle quand on n'a parcouru que les pensées du souverain et de l'homme sociable ; il faut le suivre dans ses réflexions plus intimes, plus religieuses, que l'on est tenté d'appeler ses élévations. Sans doute il est plus facile dans une lecture solitaire de goûter la substance morale de ces pensées intérieures que de les exposer au grand jour et d'attirer sur ces pieuses méditations la curiosité profane de certains lecteurs. Une âme maîtresse de ses passions, qui fuit les troubles du monde, qui se tient au-dessus des nuages terrestres de la vie humaine et se recueille dans son apaisement, ne peut offrir aux yeux que l'uniformité du calme ; mais ce calme même n'a-t-il pas sa beauté et sa grandeur? Quand on veut s'élever sur les hauteurs du sentiment moral, il faut savoir supporter la monotonie de la sérénité.

Ce n'est pas un spectacle sans intérêt et sans nouveauté que celui d'un païen si amoureux de perfection intérieure, qui s'est fait une solitude au milieu des affaires et des hommes, et, devant l'idéal de vertu que la philosophie lui propose, travaille à son ftme avec une tendre sollicitude, comme un' artiste qui voudrait accomplir un chef-d'œuvre, et qui naïvement, sans vanité, pour se satisfaire lui-même, retouche sans cesse son ouvrage. En sentant approcher la fin de sa carrière : « Tu es vieux, se dit-il, songe que l'histoire de ta vie est complète, que tu as consommé ton ministère... Pense à ta dernière heure. » C'est dans ces dispositions suprêmes qu'il se survQÎUe, se gronde, s'encourage, se rassure, pour mettre la dernière main à sa culture morale.

Peu de nos livres de piété font aussi bien sentir ce qu'il peut y avoir de profit moral et de tranquilles jouissancoi^ dans la solitude que l'âme se fait à elle-même pour sanctifier ses pensées. Marc-Aurèle ne veut plus avoir souci que de son âme : « Chasse loin de toi la soif des livres... Il ne s'agit plus de discuter. » Comme VEcclé^ siaste, il craint de trouver dans de trop longues études trouble et affliction d^esprit : « C'est au dedans de toi qu'il faut regarder; là est la source du bien, source intarissable, pourvu que tu creuses toujours. » Mais ce n'est pas pour se livrer. à de molles contemplations et à de vagues extases. Il tient son âme entre ses mains, il la possède, il ne la laisse pas errer, il la contraint c à soumettre les choses à un solide examen. » Il garde sous ses yeux un certain nombre de maximes courtes, fondamentales, qui assurent la sérénité de l'âme, « de même que les médecins ont toujours sous la main leurs instruments. » Il veut pouvoir dire à quoi il pense et pouvoir se répondre toujours à cette question : « Quel est l'usage que je fais aujourd'hui de mon âme ?» Si la rêverie incer-

19a L'EXAMEN DE CONSCIENCE

taine le tente et risque de troubler la netteté de son esprit, il la chasse ou plutôt il reconduit avec une bonne grâce impérieuse, en maître qui, sans s'irriter, jsait se défendre contre les importuns : « Que fais-tu donc ici, imagination ? Va-t'en, au nom des dieux 1 Je ne me fSlche point contre toi; seulement, va- t'en. » Il veut vivre en présence et sous les yeux de sa raison, qui est une partie de Dieu : < Comprends enfin qu'il y a en toi-même quelque chose d'excellent et de divin, et qu*il faut vivre dans l'intime familiarité de celui qui a au dedans de nousson temple. » Ainsi, dans cet examen de conscience , où l'amour des idées morales va quelquefois jusqu'à l'attetidrissement, rien n'est pourtant livré aux aventures de Timagination ni aux subtilités du sentiment. £n se retirant en lui-même, Marc-Aurèle se rapproche de cette lumière que Dieu fait briller dans tous les hommes, et dans réloignement du monde et le silence des passions il veut contempler lès lois de la raison pour les mieux aimer, pour leur mieux obéir.

Mais quelles joies dans cette solitude intérieure, et comme il s'exhorte à goûter cette paix que procure la parfaite ordonnance de Tâme ! « On se cherche, dit-il, des retraites, chaumières rustiques, rivages des mers, montagnes... Retire-toi plutôt en toi-même, nulle part tu ne seras plus tranquille. » Comme il se tient en garde contre les troubles, les dégoûts, le découragement, les tentations , pour se donner tout entier à la contemplation des vertus dont il voudrait faire la règle de sa vie ! < Si tu trouves dans la vie quelque chose de meilleur que la justice et la vérité, tourne-toi de ce côté de toute la puissance de ton âme;... mais, si tu ne vois rien de préférable, choisis, te dis-je, comme un homme libre, ce bien suprême ^ » Jamais Marc-Âu-

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