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CHAPITRE VII

Les envois de Moreau aux Salons de l'Acade'mie royale. — Vente de Le Bas. Voyage de Moreau en Italie.

Si Moreau le Jeune prit part dés 1761 aux Expositions de la Jeunesse sur la place Dauphine, son nom figura pour la première fois et d'une façon indirecte en 1777 au Salon de MM. de l'Académie royale, quelques i^ravures exécutées d'après les dessins du Roland furieux et du Téîcmaque y ayant été envoyées par de Launay.

Quatre ans plus tard, alors que Moreau fut admis à titre d'agréé à ces Expositions du Louvre, il se fit remarquer non moins par la diversité que par l'importance de ses envois. Il s'imposait à l'attention publique avec trois grands dessins précédemment décrits : la Revue des pardes-francaises à la plaine des Sablons, l'Illumination ordonnée par le duc d' Auniuiit pir.;r le mariage du Dauphin avec Marie- Antoinette, le Serment de Louis XVI, à Reims, ces deux dernières compositions et l'estampe du SLicre appartenant au roi. Après ces morceaux

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d'importance capitale, le catalogue mentionne de lui vingt-neuf sujets in-40 des œuvres de J. J. Rousseau pour l'édition de Londres, trente-cinq dessins pour l'Histoire de France, plusieurs autres de la même se'rie

gravés sous la direction de Le Bas, une Vue de l'orangerie de Saijtt- Cloitd; V Etablissement de la Toison d'or par Philippe le Bon; l'Arrivée de J. J. Rousseau aux Champs Elysées; diverses illustrations pour les Œuvres de Métastase et la Henriade: deux Têtes de femmes et une de

vieillard, études au pastel; le portrait de Paul Joncs, dçssiné d'après nature en 17S0.

Si cette énumération semble longue, au moins explique-t-elle comment le compte rendu de l'Exposition a pu donner au nouveau venu la préférence sur Cochin. « On distingue, nous est-il dit, les dessins de M. Cocliin, mais la multitude de ceux de M. Moreau, leur supériorité et l'esprit dont ils sont pleins, donnent à cet artiste une distinction très méritée. »

Le Salon de 1783 réservait à Moreau un succès encore plus justifié.

\ côté du portrait où M"""-' Vigée-Le Brun avait peint Marie-Antoinette en gaulle, vêtement négligé emprunté aux modes créoles, portrait qu'on dut retirer devant les moqueries et Thostilité croissante du public, figuraient les quatre dessins des fêtes offertes à la reine à l'occasion de la naissance du Dauphin. Moreau y avait joint le portrait de M"'* de la Ferté, l'allégorie des Vœux accomplis, gravée depuis parSimonet et rappelant la convalescence de la comtesse d'Artois, douze illustrations destinées aux œuvres de Voltaire et dédiées à Frédéric-Guillaume, roi de Prusse, un sujet d'histoire romaine représentant Fabricius faisant cuire des légumes; enfin, deux compositions rappelaient les fêtes projetées à Versailles, toujours en l'honneur du Dauphin, sur l'emplacement de l'orangerie et de la pièce d'eau des Suisses.

Voici en quels termes les critiques du temps apprécient ces envois, mettant quelques réserves à leurs éloges :

a Les quatre dessins de M. Moreau, à l'occasion de la naissance de Msr le Dauphin, sont étonnants pour l'effet, la composition et les détails intéressants que l'on y voit. On croit que les figures du premier plan sont trop petites pour les autres. Les douze dessins de l'œuvre de Voltaire sont bien composés et réunissent l'expression, le dessin à un grand goût de draperies. Cette collection gravée ne peut que lui faire infiniment d'honneur. On craint que son allégorie n'ait pas le même sort, son Apollon ne pose pas, il est trop raide. Le Temps allonge une jambe comme si une crampe le forçait à cela ; le portrait de la princesse est ressemblant. Il v a du génie dans sa composition, mais elle manque d'effet général. »

Ajoutons que l'Apollon dont il est ici question était tout simplement le médecin de la convalescente, transformé, pour la circonstance, en Esculape.

io6 LES ARTISTES CELEBRES

Il semble inutile de sui\re plus longiemps Moreau aux Expositions qui se succèdent. Ses envois au Salon de 1785 lui attireront l'observation « de ne pas assez sacrifier à la gloire des arts en cultivant la gravure dans le sens de rhistoire»; funeste avertissement qu'il aura le malheur d'entendre.

Désormais les sujets empruntés soit à Voltaire, soit aux Evangiles, rempliront la plupart de ses cadres. Ces séries n'offrent, du reste, qu'un intérêt relatif, tantôt laissant deviner, tantôt dissimulant à demi, sous des qualités acquises, la métamorpliose absolue s'opérant dans sa manière.

Ici se place une circonstance qui f;iii voir l'arii-te sous un jour peu favorable. Calcul prémédité ou contradiction passagère, c'est la seule faiblesse que les biographes aient le regret de signaler dans cette existence pleine de droiture et de probité. Le Bas avait entrepris une illustration du Xutirel Abrégé chronologique de l'histoire de France, par le président Hénault, illustration qu'il n'eut pas la consolation de poursuivre au delà du règne de saint Louis. Les tracas résultant de cette affaire, les lenteurs calculées de son ancien élève à livrer les dessins, causèrent au vieillard les plus vifs déplaisirs et contribuèrent non seulement à sa ruine, mais peut-être à sa mort. L'ouvrage complet devait comprendre cent soixante-quatre estampes.

A la vente après décès de Le Bas, en 1783, les cent dix-neut qui se trouvaient terminées étaient rachetées par Moreau, malgré sa promesse formelle de ne pas surenchérir et son engagement hautement formulé de ne pas continuer l'oeuvre. Bien au contraire, il remplaça, dans cette suite d'illustrations, toutes celles qui n'étaient pas siennes; mais sa spéculation ne fut pas heureuse, et ses dessins où l'on remarque un certain souci de la couleur locale n'obtinrent qu'une médiocre faveur.

Dans les affaires habituelles, Moreau montrait plutôt une incurie digne d'un artiste. Quoique rangé et de goûts simples, il ne fut jamais riche; après cinquante ans d'un labeur ininterrompu, M. Mahérault. trouvera l'artiste vieilli et ruiné, installé sans le moindre luxe dans un appartement de la plus modeste apparence.

Le 22 septembre 1785, Moreau, ayant obtenu un congé de dix mois comme dessinateur et graveur du Cabinet du Roi pour se rendre en Italie, se met en route avec l'architecte Dumont, son confrère de l'Académie et son ami. Au dire de M'"' Vernet, ce voyage dessilla ses yeux, et

il conviendrait d'y voir « le point de départ de la plus étonnante révolution qu'on ait jamais eu lieu de remarquer dans la manière de faire d'un artiste ».

Toutefois, n'est-il point excessif d'attribuer à ce séjour une influence aussi souveraine? Cette métamorphose, que le spectacle de l'art italien a pu favoriser, tient à des causes plus profondes; dès longtemps elle s'est opérée dans ses idées avant de se faire jour en ses œuvres.

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