‹ Les MoreauChapitre 29 sur 37 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Morcau le Jeune et la Révolution. — Ses dessins inspires par les circonstances et ses portraits. — Les nouveaux postes qu'il accepte.

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Trois hommes semblent guider les bandes tumultueuses c^ui s'élancent à l'assaut du vieux monde, Montesquieu, Voltaire et Rousseau. En effet, si la pensée des deux premiers se fait jour à travers les enthousiasmes de 178g ou préside aux travaux de la Constituante, le souvenir et le buste de Rousseau dominent l'Assemblée des Conventionnels trop oublieux de ses paroles : « Ne coûtâtelle que le sang d'un seul homme, la liberté serait encore trop chèrement achetée. »

Par ses travaux mêmes, Moreau se trouve entraîné dans ce courant d'idées. Après avoir dans sa jeunesse collaboré à la grande Encyclopédie, il illustre l'Histoire philosophique de l'Inde, par l'abbé Raynal, consacre aux illustrations de Rousseau et de Voltaire la maturité de son

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talent, et dessine pour les œuvres de Montesquieu cette fameuse composition de Rcgulits retoitrnant à Carthage.

Non seulement ses lectures mais encore ses relations l'avaient pré-

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disposé à accueillir la Révolution. Il s'était lié avec David et comptait au nombre de ses meilleurs amis le docteur Guillotin, marié en ij88 à Marie-Louise Saugrain.

Aussi, tandis que Cochin, aristocrate invétéré comme il le dit lui-

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même, mourait attristé et solitaire, ayant sacrifié à la constance de ses convictions jusqu'à ses plus vieilles amitiés, Moreau le Jeune salue sincèrement l'aube de l'ère nouvelle, cédant plutôt à l'entrainement de son impétueuse nature qu'à une pensée d'intérêt personnel. — Cependant la Révolution lui sera doublement funeste, le même courant devant emporter à la fois son talent et sa prospérité.

L'on sait comment devant des préoccupations plus graves furent brusquement interrompues les entreprises d'illustrations, comment les travaux des vigneitistes tombèrent en un injuste discrédit, comment les chansons de Laborde furent désapprises pour d'autres refrains, en attendant que le chansonnier lui-même, arraché à sa retraite, fût conduit à l'échafaud.

Si les bonnes années de Moreau prennent fin en 1789, au moins son talent subsiste-t-il encore intact dans les mises en scène où sont retracés les premiers événements de la Révolution. On peut compter parmi ses meilleurs le dessin à l'encre de Chine commandé par le roi en 1787, dessin qui ne fut jamais gravé et figure dans la Collection du Louvre. Moreau y a représenté Louis XVI assis sous un dais et présidant l'assemblée des notables dans la salle des Menus-Plaisirs décorée de tapisseries. Dans YOuverture des Etats-Généraux il nous montre la famille royale entourée des princes du sang; au premier plan, les députés des trois ordres; à droite et à gauche, une foule de spectateurs se presse dans les tribunes. Fidèle à sa méthode d'observation directe, l'artiste se trouvait parmi eux, prenant d'après nature de rapides croquis. Il grava l'année suivante Ja Constitution de l'Assemblée Nationale ou le Serment du ij juin ijSg, cérémonie qui s'accomplit encore dans la salle construite sur les dessins de l'architecte Paris. Moreau avait l'intention de joindre à ces deux planches une pièce beaucoup plus importante relative à la fête du 14 juillet 1790. Annoncée dans un appel aux souscripteurs, cette estampe ne fut jamais exécutée.

Les vignettes du Précis historique de la Révolution, par Rabaut, n'offrent pas un moindre intérêt. Elles reproduisent avec une remarquable finesse le Serinent du Jeu de paume, la Fcte de la Fédération, la Prise de la Bastille, le Retour de Varennes et l'Acceptation de la Constitution.

Moreau avait entrepris, en 179 i, d'illustrer l'Histoire des Religions, par Delaulnaye, ouvrage devant comprendre 16 volumes et 3oo planches

MbLLL UL> M, lABLtS l-KKilOLt "h L.JUIS XVI EN LA.NNtE MDCCLXXX VII. Dessin inédit de J. M. Moreau It Jeune. (j,us6e du Louvre.)

et en réalité, demeuré au tome premier. Après avoir rassemblé dans le frontispice les attributs des divers cultes, l'artiste a reproduit presque intégralement les fêtes de Tan II dans la Procession d'Isis gravée par Girault le jeune. Enfin, pour clore la série de ses œuvres républicaines, il convient encore de citer le Couronnement de Bailly, deux dessins

représentant la Fête de l'Etre Suprôme , le Départ et le Retour dit jeune volontaire, r Arrivée de Mirabeau aux Champs Elysces, un portrait de Louis XVI coiffé du bonnet rouge avec cette inscription :

<i Bonnet des Jacobins donné au roi, le 20 juin 1792 », et cette médaille de la commune des arts constituée en vertu du décret du 4 juillet 1793.

Nombre de dépufés posèrent aussi devant lui. Le sieur .labin, marchand d'estampes et éditeur, voulait publier unj collection complète des membres de l'Assemblée Nationale, collection dont parurent seulement les trois premiers volumes. Parmi ces portraitsdont les originaux sont dus à divers artistes et appartiennent aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale, 86 ont été gravés d'après les dessins de Moreau. Affilié luimême à la Société Académique des Enfants d'Apollon, réunion de peintres, de musiciens et d'amaieurs, il nous a conservé les traits de neuf de ses confrères, mais ces profils se détachant sur un fond unihjrmcment gris produisent une certaine impression de monotonie.

Après ces deux séries importantes, signalons dans l'œuvre de Moreau les portraits les plus divers : effigies de grands seigneurs, tels que le duc de Choiseul ; de prélats, tels que Msf de Jarente de la Bruyère ; de

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comédiennes, telles que Alexandrinc Fanier, de confrères et de parents comme Martini, Joseph Vernet, le sculpteur Pineau. Pour certains amis particuliers, Grétry, par exemple, ou le docteur Guillotin, il ajoutera quelque flatteuse dédicace, appliquant au premier une citation d'Horace,

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