CHAPITRE XIV
accru, que le prophète mormon, au moment de sa. mort, comptait plus de cent mille sectateurs, el ce nombre croissait très-rapidement. Né dans la plus humble des conditions de la vie , élevé dans la pauvreté et dans le vice, plutôt au dessous (lu'au-dessus du niveau de la commune intelligence, vulgaire et inculte dans ses manières, le prophète Smith n'en a pas moins fondé une croyance religieuse dont les préceptes ont été enseignés sur toute l'étendue de l'Amérique. Les vertvis nouvelles du prophète ont retenti et ont été admirées en Europe; les missionnaires de Nauvoo ont pénétré en Asie, et l'Afrique a entendu la prédication du voyant de Pahnyre. L'étendard des saints des derniers jours a été déployé sur les bords du Nil, et la Terre Sainte elle-même n'a pas été à l'abri des émissaires de celui qui, pour tous ceux qui ne sont pas ses adeptes, n'est qu'un pervers imposteur.
« Il fonda une ville dans une des plus belles situations du monde, près d'uiie admirable courbe du « père des Lacs , » et y réunit une population de vingt-cinq mille âmes de tous les points du monde. H fut lui-même l'architecte d'un temple magnifiquç, dont il éleva les murs jusqu'à cinquante pieds de hauteur, et ce temple, s'il est achevé, sera le plus beau , le plus somptueux , le plus noble édifice de l'Amérique.
* Les actes de sa vie attestent un caractère aussi plein d'inconsistance que remarquable. Si nous en croyons ses propres paroles et beaucoup de témoins oculaires, il fut à la fois ou successivement , dans les diverses phases de sa vie , le vicaire de Dieu et aubergiste, le prophète de Jehovah et un libertin, ministre d'une religion de paix et lieutenant général, chef de milliers d'hommes et l'esclave de ses vils penchants, de ses passions sans frein ; prêchant la droiture aux autres et violant lui-même sa foi; maire d'une grande cité, chargé comme tel d'y maintenir l'ordre et sacritiant àBacchus; misérable racleur de violon; juge siégeant pour rendre la justice et bouleversant les relations civiles, sociales et morales des hommes. Malgré toutes ces inconsistances, plusieurs milliers d'hommes sont prêts à aventurer, sur sa foi et sa véracité, le salut éternel de leur àme.
« Le temps et la distance embelliront sans doute sa vie de quelques nouveUes et rares vertus, que ses amis les plus intimes n'ont pu découvrir en lui tandis qu'il vivait parmi eux,
• En résumé , si nous jugeons de la cause par ses effets, nous devons conclure que le prophète des Mormons n'était pas doué d'un génie ordinaire. Peu d'hommes, en effet, sont de force et de taille à soutenir si longtemps une imposture et à lui donner une telle portée. Nous voyons en