‹ Les mormonsChapitre 15 sur 126 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Les premiers adeptes et les premiers contradicteurs de

Joseph Smith.

Joseph Smith ayant fait connaître sa doctrine à diverses personnes, on commença à parler des merveilleuses lames d'or. Parmi les individus les plus disposés par leurs, antécédents à se joindre à la nouvelle secte, se trouvait M. Martin Harris, dont le nom figure au bas îlu premier des documents cités plus haut. Ce Martin Harris était un fermier possédant, à ce qu'il paraît, plus d'argent que d'esprit, plus de crédulité que de jugement. Ses opinions religieuses ne pouvaient être bien assises , car, après avoir été tour à tour quaker, wesleyien, baptiste, il appartenait, lorsque Joseph Smith fit sa connaissance, à l'Église presbytérienne. Captivé tout d'un coup par les révélations de Joseph^ il prêta au prophète la somme de cinquante dollars pour publier sa nouvelle Bible ; mais le même prophète, auquel il manifestait le désir de voir les plaques d'or, refusa de les lui montrer, sous prétexte qu'il n'avait pas une assez grande pureté de cœur. Joseph con-

LES MORMONS. - CHAPITRE II. o9

sentît cependant à transcrire une partie du texte sacré sur du papier, en lui disant de consulter les savants du monde s'il doutait encore. Martin Barris, qui y allait de bonne foi, partit pour Palmyre, dans la province de New-York, et s'en fut trouver le professeur Anthon , bien connu, en Amérique et en Europe par ses savantes et correctes éditions des classiques. Les Mormons, à cette époque, étant encore trop insignifiants pour exciter l'attention, le résultat de l'entrevue de Martin Harris avec le professeur n'occupa le public que trois ou quatre ans plus lard. M. Anthon, alors requis par M. E. D. Howe de Painesville, dans l'Ohio, de déclarer s'il était vrai qu'il eût reconnu les caractères pour égyptiens, comme le prétendaient les sectateurs de Joseph Smith, fit à cette question la plus catégorique des réponses, datée de New-York, 17 février 1834.

« Cher monsieur, j'ai reçu votre lettre du 9, et vous réponds sans perdre de temps. L'histoire relative à ma prétendue déclaration que les inscriptions mormoniles étaient des hiéroglyphes égyptiens réformés, est parfaitement fausse. Il y a quelques années, un fermier d'un extérieur fort ordinaire , et , selon toute apparence , fort simple aussi de coeiu*, se présenta chez moi avec une lettre du docteur Mitchel, de notre ville , aujourd'hui dé-

cédé. Le docteur me priait de déchiffrer, s'il était possible, un papier que le fermier me donna.

Ayant examiné ce papier, je conclus bientôt que notre homme était Tobjet d'une plaisanterie ou d'une mystification plus grave. Quand je lui demandai comment ce papier était venu en sa possession, il me raconta l'histoire suivante : Un livre d'or, composé d'un grand nombre de plaques assujetties ensemble par des anneaux du. même métal, venait d'être exhumé dans la partie septentrionale de l'État de New-York, et, avec le livre, une énorme paire de lunettes. Ces lunettes étaient si grandes que , si une personne essayait de regarder à travers, ses deux yeux ne pouvaient voir que par un seul verre , lesdites lunettes étant beaucoup trop larges pour la figure humaiiie. Quiconque, ajouta-t-il, examinait les plaques à travers les verres, pouvait non -seulement lire le texte, mais en comprendre parfaitement le sens. Cette connaissance toutefois se trouvait pour le mor ment le privilège exclusif du jeune homme qui avait découvert le coffre contenant le livre et les lunettes. Ce jeune homme se tenait placé derrière un rideau dans une chambre de ferme, et, ainsi caché à la vue, il mettait de temps en temps les lunettes, ou plutôt regardait par un des verres, déchiffrait les caractères du livre et, après en avoir confié quelques-uns au papier, en donnait. des co-

Page 1