CHAPITRE II
pies aux personnes qui se. trouvaient de l'autre côté du rideau. Notre homme ne me dit pas un mot du prétendu déchififrement par «le don de « Dieu. » Le tout se faisait au moyen de la grande paire de lunettes. Il ajouta qu'on l'avait prié de donner une somme d'argent pour concourir à la publication du Livre d'or^ dont le contenu devait , lui disait-on , produire un changement complet dans le monde et prévenir sa ruine. Les sollicitations avaient été si pressantes', qu'il songeait à vendre sa ferme pour en consacrer le montant à la publication des plaques mystérieuses. Comme dernière précaution, il avait résolu de venir à New- York consulter un savant sur la signification du papier qu'il apportait et qui lui avait été donné pour une partie du contenu du livre, dont aucune traduction n'avait encore été faite par le jeune homme à lunettes. En écoutant cette étrange histoire , je changeai d'opinion au sujet du papier ; au lieu d'y voir plus longtemps une mystification , je commençai à l'envisager comme un élément de coupables manœuvres tendant à dépouiller le fermier de son argent. Je lui communiquai mes soupçons : je lui dis de se tenir en garde contre quelque friponnerie; mais il me pria alors de lui donner mon opinion par écrit, ce que naturellement je refusai de faire y. et il prit congé de moi, emportant son papier.
« Ce papier se composait d'une seule feuille, couverte de toutes sortes de caractères crochus , disposés en colonnes , et évidemment combinés par une personne qui avait eu sous les yeux un livre contenant divers alphabets , entre autres , des alphabets grecs et hébraïques. Des lettres romaines, renversées ou placées de côté, s'y trouvaient aussi rangées en colonnes perpendiculaires, et le tout se terminait par la grossière délinéation d'un cercle , partagé en divers compartiments couverts de signes bizarres et évidemment copiés du calendrier mexicain publié par M. de Humboldt, mais copiés de manière à déguiser' la source d'où ils étaient tirés. J'entre dans ces menus détails, parce que je me suis fréquemment entretenu sur ce sujet avec mes amis, depuis que les Mormons ont commencé à faire du bruit ; or, je me rappelle parfaitement que le papier contenait toute autre €hose que des hiéroglyphes égyptiens.
« Peu de temps après , le même fermier me rendit une seconde visite. Cette fois, il m'apportait un exemplaire imprimé du « livre d'or, » et me l'offrait à acheter. Je déclinai cette offre. Il me demanda alors la permission de me le laisser pour que je pusse l'examiner à loisir; je refusai également, bien qu'il y mît une singulière insistance. De nouveau Je l'avertis de la supercherie dont je le croyais dupe, et je lui demandai ce qu'étaient devenues les