Les Temps et les Saisont
CUAPITAE H. 75
Livre de Mormon. Laissons ce livre parler pour lui-même. A la 523* page de la troisième édition, on y lit : « Et maintenant voilà que nous avons « écrit les Annales d'après notre connaissance des « caractères qu'on appelle parmi nous l'égyptien ré- « formé, lequel nous a été transmis, quoique altéré « par notre manière de parler; et si nos plaques « avaient été suffisamment grandes, nous aurions « écrit en hébreu. Quant à ceux qui ne voudraient « pas voir d'imperfection dans nos Annales, voilà, «î le Seigneur sait les choses que nous avons écrites, « et il sait aussi qu'aucun autre peuple ne connaît « notre langage. En conséquence, il a préparé dans « sa sagesse des moyens d'interprétation :... »
L'Urim et le Thummim apparemment *.
M Voilà donc, poursmt Joseph Smith, la question tranchée. Aucun autre peuple ne connaît notre langage : donc c'est le Seigneur, et non pas l'homme, qui l'interprétera quand tout le peuple sera mort. Et, comme dit saint Paul : « La sagesse «* du monde ne connaît pas Dieu. » Le monde qui spécule est dépourvu de révélations; or, comme Dieu dans sa haute sagesse a toujours donné à ses saints, toutes les fois qu'il en a eu sur la terre, le même esprit, et que cet esprit \, comme dit saint Jean) est le véritable esprit de prophétie, lequel est
1 . Nous avons dit que rUrim et le Thummim étaient des pierres mystérieuses dans lesquelles Joseph Smith prétendait lire l'avenir.
le témoignage de Jésus, je puis dire avec certitude que le mot Mormon reste indépendant du savoir et de la sagesse de celle génération. Avant de donner toutefois une définition de ce mot, je dirai que la Bible, dans son sens le plus large, signifie bon, car le Sauveur dit, d'après FÉvangile de saint Jean : « Je suis le bon Pasteur. » Et ce n'est pas sortir de l'emploi ordinaire des termes de dire que bon est l'un des plus usités , des plus importants ; quoique connu sous divers noms dans les différentes langues, 'son sens est toujours le même et toujours opposé à mauvais. Nous disons, d'après les Saxons, good; les Danois, god; les Goths, goda; les Allemands, gut; les Hollandais, goed; le latin, bonus; le grec, halos; l'hébreu, tab, et l'égyptien, mon. En ajoutant le more^, ou, par contraction, mor, nous avons le mot Mormon,- qui, littéralement, signifie meilleur.
« Votre.... Joseph SMITH. »
1. Adverbe anglais qui est le sigue du comparatif et qui veut dire plw.
CHAPITHE III.
Variantes de la révélatiou mormone. — Trahisons et apostasies.
Un déserteur de la foi nouvelle , plus dangereux encore que le docteur Philastus Hurlbut, fut sans contredit le généralBerinet, auteur de la publication intitulée : Histoire des saints; exposa de Joe Smith et du mormonisme^ .
Ici nous sommes encore forcés d'intervertir l'ordre des faits pour donner la parole à l'hérésie , comme nous l'avons fait pour l'orthodoxie. Nous retrouverons plus loin une curieuse correspondance entre le prophète et ce même général Bennet, aspirant alors à devenir l'Omar d'un nouveau Mahomet.
Placé très-haut dans l'estime des Mormons par ses titres de brigadier général et de quartier-maître général de la milice de l'État d'Illinois , le général Bqpnet fut élu maire de la ville de Nauvoo , chancelier de l'université de la même ville et maître en chancellerie du comté d'Hanweil. Le 19 janvier 1841 ,
1 . The history of the Saints ; an Exposé of Joe Smith and Mormonism, by John G. Bennet, 3* édition. Boston , 1842.
Joseph Smith reçut une révélation toute spéciale à son sujet; elle était ainsi conçue : « Que mon serviteur John C. Bennet vous aide dans votre œuvre en lisant ma parole aux rois et aux peuples de la terre. Qu'il se tienne à côté de vous, mon serviteur Joseph Smith , aux heures de l'affliction , et la récompense ne lui manquera pas s'il suit ce conseil. Il sera grand par sou amour , car il sera des miens s'il fait cela, dit le Seigneur. >• M. Bennet, qui , s'il faut l'en croire , n'avait jamais été de bonne foi et n'avait voulu que pénétrer , sous un masque de fraternité , dans les mystères du mormonisme , devint plus tard un des pkis ardents persécuteurs de la secte. Son livre contient beaucoup de documents importants ; pour corroborer ses accusations, il a eu la patience de fouiller dans les dépositions des témoins entendus lors des divers procès intentés aux Mormons. Toute la famille Smith, d'après ces autorités plus ou moins dignes de foi, était surtout remarquable par sa fainéantise, son intempérance et son amour du mensonge. Son unique vocation semblait être de faire des dupes. Peter Ingervolt , que Joseph Smith avait pris pour faire son déménagement en août 1827 , certifie sous 5ferment qu'à cette époque M. Halle , dont le prophète avait épousé la fille , adressait les reproches suivants à son gendre : « Vous m'avez volé ma fille et vous vous êtes marié avec elle sans mon consen-