‹ Les mormonsChapitre 46 sur 126 · CHAPITRE V. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. H

« laissé. >' Ils allèrent chercher le baquet au goudron , et une voix cria : « Goddem ! goudronnons- « lui la bouche. »> Ils essayèrent en effet de in'introduire la cuiller à goudron dans la bouche; mais je tordis la tète à droite et à gauche de manière à les en empêcher. « Goddem! vociféraient- Ils, tenez «: doilc votre tête en place , que nous vous fassions « manger un peu de cette bouillie. »> Ils essayèrent ensuite de faire entrer une fiole dans ma bouche ; mais elle cassa contre mes dents. Tous mes vêtements furent déchirés, à l'exception du collet de ma chemise. Un homme se jeta sur moi, et laboura mon corps avec ses ongles comme un chat sauvage ; puis il dit avec un ricanement infernal : « Goddem ! voilà comme le Saint-Esprit des- « cend sur les gens ! »»

«Enfin ils m'abandonnèrent. J'essayai aussitôt de me lever , mais je retombai à terre. Après avoir ôté le goudron de mes lèvres, je respirai plus librement, et, au bout de quelques instants, je commençai à reprendre des forces. Me levant alors de nouveau , je vis deux lumières. Je me dirigeai sur l'une, et je trouvai qu'elle partait de la maison du père Johnson. Arrivé à la porte , je réfléchis que j'étais nu. Le goudron me faisait paraître tout couvert de sang; aussi, quand ma femme me vit, elle crut qu'on m'avait mis en pièces, et s'évanouit. Tandis que celte terrible scène se passait au dehors,

les sœurs du voisinage s'étaient réunies dans ma chambre. Je demandai une couverture ; elles m'en jetèrent une dont je m'enveloppai , et j'entrai.

« Dans l'intervalle , le frère John Poorman entendit des clameurs à travers le champ de blé , et courant de ce côté , il rencontra le père Johnson , que la populace avait tenu enfermé dans sa maison en barrant la porte ; mais comme il appel it sa femme, lui criant d'apporter son fusil, et menaçant les émeutiers de faire feu à travers la porte, ceux-ci prirent la fuite. Le père Johnson, saisissant un gourdin, courut après la troupe qui tenait l'Ancien Rigdon , abattit un homme , et leva son gourdin sur un autre, en s' écriant : « Que faites-vous « là? » Les misérables abandonnèrent alors l'Ancien Rigdon , et se tournèrent contre le père Johnson , qui, prenant la fuite vers sa maison, heurta le frère Poorman sortant du champ de blé. Comme ils se prirent l'un l'autre pour des émeutiers, une rencontre s'ensuivit , et Poorman donna à Johnson, sur l'épaule gauche, avec un bâton ou une pierre, un coup si terrible qu'il le renversa à terre. Poorman s'enfuit aussitôt, fort affligé, vers la maison du père Johnson, où il arriva, tandis que j'attendais la couverture, en s'écriant : « Je crois que « je l'ai tué! — Tué qui? » deAanda quelqu'un. Poorman raconta rapidement les circonstances de la rencontre près du champ de blé , et courut se

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