CHAPITRE Xlil
que de prétextes analogues à celui dont on use contre le chef des Mormons. Aucune passion ne s'attache avec plus d*acharnement à sa victime que le fanatisme religieux. ïl n'en est donc point dont le pouvoir civil doive se garder avec plus de soin.
• Smith a tout aussi bien le droit d'établir une Église que Luther, Calvin, Wesley, Fox ou même le roi Henri Vfll. Tous ces fondateurs de rehgion ont eu leurs adversaires, et leurs sectaires ont été plus ou moins persécutés. Henri VIII ne fut-il pas excommunié par sa sainteté le pape ? et pourtant l'ÉgUse d'Angleterre a vécu conune toutes les autres sectes, il en sera de même des Mormons. On peut tuer leur prophète et charger de chaînes la moitié de ses sectateurs, mais un autre prophète prendra sa place, et les Mormons continueront.de marcher en avant.
« Un de leurs Anciens me disait, un jour que je conversais avec lui sur ce sujet , que les Mormons ressemblaient à une plante de moutarde. Si vous la laissez en paix, la. semence tombera et se multipliera : si Vous la foulez aux pieds et la dispersez, vous donnerez un plus vaste sol à la semence, et elle multipliera davantage. Entreprenez de convaincre les Mormons qu'Us ont tort et que Joseph Smith est un imposteur , ils vous répondront , en mettant la main sur leur cœur : « Je sais dans mon « âme que le Uvre des Mormons est vrai, et je n'ai
tiH LES MORMONS.
•« pas besoin d'une meilleure preuve. Ma foi me « rend heureux; pourquoi la troublerais-je? « C'est là le sentiment qui gouverne, il me semble, toutes les personnes de dispositions religieuses, dont l'objet est le ciel et le bonheur, quelle que soit leur Eglise jet leur croyance. On ne saurait donc détruire les Mormons, tant que la constitution des Etats-Unis les protège comme toutes les autres sectes , et tant qu'ils croient que leur salut éternel est en question. D'après tout ce que je sais d'eux, je suis convaincu que les Mormons sincères préféreraient la mort à l'abandon de leur religion.
« Le général J.-C. Benuet a fait voir que, pour vaincre la légion de Nauvoo, il faudrait se mettre cinq contre mi, et qu'ils mourraient jusqu'au dernier homme plutôt que de livrer leur prophète. Maintenant l'arrestation de cet homme vaut-elle le sacrifice de sang qu'entraînera une guerre ouverte avec son peuple? La perte de mille ou trois mille hommes sera la conséquence infaillible d'une tentative pour arriver à un résultat qui, en définitive, est sans importance.
H Persécutez les Mormons, et vous êtes certains de les multiplier. Cela est amplement prouvé depuis la persécution du Missouri; car, depuis cette atTaire, Us ont centuplé.
« La meilleure poUtique pour le Missouri et l'illinois est donc deJies laisser tranquilles; car, si on