CHAPITRE XIII
les repousse plus loin à l'Ouesl, ils fonderont un gouvernement indépendant, où ils pourront adorer le Tout-Puissant à leur guise. Quant à moi, je conseillerais au prophète de plier bagage , de prendre possession du territoire de TOrégon en son propre nom et d'y fonder un empire indépendant. Dans cent ans, aucune nation sur la terre ne pourrait conquérir un tel peuple. N'oubliez pas Thisloire de David. Si le prophète Joseph fait ainsi, des millions d'hommes accourront sous son étendard et embrasseront sa cause. Il pourra faire alors les lois qu'il voudra, en s'appuyant de ses révélations, et ses sectateurs les exécuteront comme un seul homme. »
Outre les troubles et les difficultés résultant de la persécution du Missouri, Joseph Snnth était exposé à des vexations et à des dangers d'une pire espèce encore. 11 eût pu, du sein de sa forteresse de Nauvoo, et en ^ s'appuyant sur les tribunaux sérieux des États-Unis, défier la malice de ceux qui le pei*sécutaient sous des prétextes religieux, et trouver une suffisante réponse à ceux qui voulaient le rendre responsable de pertes occasionnées par une guerre civile dont les Mormons avaient été les premières et les principales victimes; mais il avait encore à se défendre contre de faux amis et contre la trahison intime dans sa propre Église , dans sa propre ville. C'était trop de soucis, trop
d'entraves à la fois. Joseph Sinitb ne se découragea pas; il avait des songes et des révélations plus fréquents que jamais. Mais en vain le Tout- Puissant parlait par sa bouche , en vain résidait en lui toute autorité en matière reUgieuse; il y avait malheureusement dans TEglise nouvelle des hommes qui méprisaient Joseph comme un imposteur, tout en prétendant croire en lui; des misérables qui se servaient du mormonisme pour assouvir leur sensualité ou leur ambition, et qui, par leur extravagante licence, amenaient des difficultés continuelles.
Beaucoup d'entre ces faux. frères prétendaient avoir des révélations tout aussi valables que celles de Joseph, et ces révélations leur donnaient entre autres privilèges celui d'avoir autant de femmes que les anciens patriarches, à la seule condition de pouvoir les faire vivre confortablement. Joseph ne voulut pas tolérer un pareil scandale ; il excommunia tous les délinquants ; il les déclara publiquement retranchés du sein de l'Église. Un homme de celte espèce, nommé Higbee, lui causa plus d'embarras que tous les autres, à l'exception de Sydney Rîgdon, en l'entraînant dans un procès qui dura plus
de deux ans, et ne se termina qu'en mai 1844.
Higbee, à ce qu'il paraît, publiquement accusé par Joseph d'avoir séduit plusieurs femmes, avait été, en conséquence, retranché de l'Église mormonite. Que