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CHAPITRE XIV

Mort du prophète.

Nous devons dire ici quelques mots sur la femme spirituelle des Mormons. Quoique l'idée de modifier le code conjugal appartînt à Sydney Rigdon , il parait que Joseph Smith voulut avoir, lui aussi, une révélation particulière sur cet article, et qu'il l'eut; cependant il refusait de la rendre publique tant que sa secte vivrait au milieu des gentils , de peur de donner un nouveau prétei^te aux dénonciations scandaleuses. Joseph communiqua donc aux Apôtres seulement que le Seigneur lui avait révélé que les Mormons, représentant les dix tribus d'Israël, pouvaient, comme les anciens patriarches, avoir plus d'une femme à la fois , mais que cette polygamie ne devait dégrader en rien l'institution du mariage. Au contraire, il s'agissait d'en relever la sainteté : les anciens patriarches prenaient leurs esclaves pour concubines; les Mormons pourraient adjohidre à leur épouse légitime des épouses libres, des épouses selon l'esprit, dont ils seraient les

protecteurs et qu'ils guideraient dans la voie du ciel. Une veuve, une orpheline, une femme délaissée ne devait pas être abandonnée à elle-même ou à la charité publique. En devenant la femme spirituelle d'un saint, ces infortunées verraient s'accomplir pour elles celte prédiction d'Isaïe : « Le temps viendra où sept femmes s'attacheront au pan de la robe d'un seul homme et lui diront : « Nous mangerons notre propre pain , mais laisse- « nous porter ton nom. »»

Tel fut le premier principe de la pluralité des femmes émis par Joseph Smith. On lui a donné quelque extension depuis lui, à ce qu'il parait; mais lui-même se défendit toujours d'en avoir profité dans un but sensuel.

Higbee né fut pas le seul Mormon retranché de l'ÉgUse. Les hbertins de Nauvoo, déjoués. devant la cour municipale, dont Joseph lui-même, comme maire de Nauvoo, et les principaux saints, comme aldermen, étaient membres d'office, cherchèrent d'autres moyens d'exciter un schisme, et n'en trouvèrent pas de meilleur et de plus hardi que celui d'accuser le prophète des crimes reprochés à Higbee. Entre autres histoires mises en circulation, on racontait la suivante. Le docteur Poster, Mormon et membre de la société des danites ou anges destructeurs, organisée, comme on l'a vu plus haut, dans le Missouri pour la défense des sainte.

tu LES MORMONS.

s*élant absenté de son domicile, revint soudainement sans en prévenir sa femme , et trouva la voiture du prophète à sa porte. Comme il avait été lui-même retranché de l'Église, ses soupçons étant déjà éveillés, il questionna mistress Poster, aussitôt le départ de Smith, et mistress Poster lui avoua que le prophète essayait de lui persuader de devenir sa « femme spirituelle. » Évidemment il avait transpiré quelque chose de la révélation faite aux Apôtres seulement sur la pluralité des femmes. Les Mormons nièrent dès lors et n'ont cessé de nier énergiquement cette accusation, dont les conséquences devaient être désastreuses pour Joseph Smith et pour l'Église. Lors du procès de Higbee, un témoin du nom de Galon avait affirmé par serment que les faits suivants lui avaient été racontés par le docteur Poster. « Durant son absence de chez lui, une voiture s'était arrêtée à la porte de la maison; une personne en était descendue, et la voiture s'était éloignée. Alors la même personne , entrant dans la maison , avait dit à mistress Poster beaucoup de choses de nature à l'indisposer contre son mari , et avait fini par lui prêcher la doctrine de * la femme spirituelle. » Il avait ensuite essayé de la séduire, et, s'asseyant à table avec elle , il avait béni le repas. Sur ces entrefaites était survenu le docteur Poster ; la personne en question s'était levée, avait dit d'une

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