CHAPITRE XIV
ger contre toute violence. Cependant on taisait courir dans la populace le bruit qu'il n'y avait pas de preuves suffisantes pour condamner les deux Smith sur l'un ou l'autre des deux chefs d'accusation, et que le gouverneur désirait les voir échapper. Une bande de misérables décida alors « que la poudre et le plomb atteindraient où la loi ne pouvait atteindre. » En conséquence, vers six heures du soir, le 27 , le petit poste de la prison fut envahi et désarmé par une troupe de près de deux cents hommes qui s'étaient noirci le visage. Les deux frères étaient en ce moment môme en consultation avec deux de leurs amis. Lés brigands firent feu sur tous les quatre. Hiram, atteint le premier, tomba en s'écriant : « Je suis un homme mort. » Joseph essaya de sauter par la fenêtre; mais atteint également par les balles, il s'écria à son tour : « Seigneur , mon Dieu ! » On tira de nouveau sur eux , bien qu'ils fussent morts , et chacun d'eux reçut quatre balles. John Taylor, un des Mormons qui se trouvaient dans la chambre , fut blessé grièvement ; mais il se rétablit de sa blessure. C'était aux deux frères qu'en voulaient surtout les assassins.
Le récit suivant, plus détaillé, est dû à M. Villard Richard's , l'autre Mormon qui se trouvait avec Joseph et Hiram dans la prison au moment où elle fut envahie. Ce récit fut publié le mois suivant dans
âJO LES MORMONS.
le Times and Seasons , sous le titre de « Deux minutes en prison. »
« Les événements qui suivent durèrent peut-être près de trois minutes , mais je ne crois pas qu'ils en aient duré plus de deux ; je les ai écrits pour la sa tisfaction de beaucoup d'amis. Une grêle de balles fut tirée du bas de l'escalier contre la porte de la prison du second étage. En même temps on entendit des pas nombreux et rapides. Aussitôt les généraux Joseph et Hiram, M. Taylor et moi-même, qui nous trouvions dans la chambre de face, nous fermâmes la porte pour empêcher d'entrer du côté des escaliers, et nous nous plaçâmes contre celte porte; car il n'y avait pas de serrure ni de verrou dont on pût se servir à l'intérieur. A .peine avions-nous entendu les pas arriver sur le palier, qu'une balle perça la porte et passa entre nous. Nous vîmes alors que nous avions affaire à des forcenés; la position n'était pas tenable. Le général Joseph Smith , M. Taylor et moi nous nous élançâmes du côté de la façade , et le général Hiram Smith fit retraite aux deux tiers environ de la chambre, mais toujours en face de la porte. Dans cette position, une balle tirée à travers cette porte l'atteignit près du nez; il tomba en arrière étendu de tout son long , et sans remuer ni les bras ni les pieds. D'après les trous qu'on trouva dans son gilet (il faisait très-chaud et j'étais le seul qui eusse un habit ) , dans ses pantalons , ses cale-