CHAPITRE XIV
çons et sa chemise, il est évident qu'une autre balle, tirée du dehors et par la croisée, entra dans son dos du côté droit, le traversa, se logea contre sa montre qui était dans le gousset droit de son gilet, en pulvérisa le verre et le cadran, enleva les aiguilles et fracassa la montre même au moment où la première balle traversait la porte. En tombant sur le plancher, le général Hiram s'écria douloureusement : « Je suis un homme mort! »
Joseph le regarda et lui répondit : « mon cher « frère ! » Puis , entre-bâillant la porte avec la main gauche, il déchargea à l'aventure les canons d'un pistolet à six coups dans l'entrée, d'où une nouvelle balle partit, rasa la poitrine d'Hiram et entra dans sa gorge et sa tête. D'autres fusils furent braqués sur Hiram mort, et plusieurs balles le touchèrent. Joseph continua de décharger son pistolet en se masquant derrière le chambranle de la porte ; mais trois coups ratèrent. M. Taylor, armé d'une canne, se tenait à ses côtés et rabattait les baïonnettes des fusils, qui ne cessaient de faire feu. J'étais à côté de lui, prêt à l'aider avec ma canne ; mais je ne pouvais approcher assez près pour frapper sans me placer devant les canons des fusils. Quand le pistolet du général Smith fut déchargé, il ne nous resta plus d'armes à feu. La populace ne pouvant manquer de se précipiter alors dans la chambre, l'entrée de la porte étant déjà remplie de fusils qui la
dépassaient à moitié, et la mort, la mort immédiate , étant devant nous , M. Taylor s'élança vers la fenêtre , qui est à quinze ou vingt pieds au-dessus du sol. Au moment où son corps était, pour ainsi dire, en balance, une balle tirée de la porte pénétra dans sa jambe , et une autre balle du dehors atteignit sa montre , un régulateur , dans son gousset gauche ; quoique la montre fût en partie broyée , les aiguilles restèrent fixées sur Témail du cadran à cinq heures seize minutes et vingt-six secondes. La secousse fut assez forte pour renverser M. Taylor à terre : il roula sous le lit à côté duquel il se trouvait, et il s'y tint immobile. Cependant la populace, qui continuait de faire feu par la porte, lui enleva de la hanche gauche un morceau de chairgrand comme la main. Si oh ne lui fit pas plus de mal, c'est que j'abattis les canons de fusil avec ma canne. Tandis que les assassins continuaient d'avancer leurs fusils dans la chambre, et que, les épaulant sans doute à gauche, ils étaient presque parvenus à viser dans le coin où nous nous étions réfugiés, je recommençai l'attaque avec ma canne. Joseph , comme dernière ressource , essayait de sauter par la fenêtre d'où était retombé M. Taylor, quand il fut percé de deux coups tirés de la porte. Au même instant, une balle du dehors Tatteignant au sein droit, il tomba par la fenêtre en s'écriant : «< Seigneur, mon Dieu! » Ses pieds n'a-