‹ Les MormonsChapitre 10 sur 25 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La Bible d'or.

Un ministre protestant de FÉtat de TOhio, le révérend M. Spalding, s'est amusé à écrire un roman dans lequel il cherchait à démontrer la probabilité que FAmérique a dû être peuplée primitivement par des débris des dix tribus dls^ r^ly à la suite de leur dispersion. Cétait un peu avant 1812 que cet ouvrage fut écrite et le frère de Fauteur assure que les divers degrés de civilisation des tribus indiennes trouvées en Amérique au moment de sa découverte étaient reproduits dans ce livre avec soin , dans le but d^ex-' pUquer les curieuses svitiqpiités de tous genres qu*on rencontre sur tous les points de ce vasta continent.

Pour donner une plus juste idée de la nature de ce roman, nous allons rapporter la déclaration faite sous serment, en 1833, à Conneaut (Ohio), par M. Henri Lake, déclaration qui se trouve appuyée par un grand nombre d'autres témoignages de personnes honorables et dignes de foi.

J'ai quitté l'État de New-York en 1810, ditil, et j'arrivai ici (Conneaut) vers le l®"" janvier de Tannée suivante. Peu de temps après mon arrivée. Je formai une association avec Salomon Spalding. Il me lisait souvent un manuscrit sorti de sa plume, intitulé Mamiscript found (manuscrit trouvé) , et pour justifier ce titre , il offrait ce manuscrit comme ayant été trouvé dans cette ville. J'ai passé bien des heures à écouter la lectiire dudit manuscrit, ce qui me rendit très-familier avec son contenu. L'auteur désirait que je l'aidasse à effectuer la publication de cet ouvrage, supposant qu'un livre de ce genre se vendrait rapidement. Ce livre représente les Indiens d'Amérique comme originaires des tribus perdues d'Israël , raconte leur départ de Jérusalem, leurs dissensions et leurs guerres , qui furent aussi grandes que nombreuses. Un jour, que l'auteur me faisait le tragique i^écit de

Labaii, je lui fis remarquer des choses qui me semblaient incompatibles; ils me promit de les corriger. Mais, en examinant le livre des Mormons, je les y ai retrouvées , à ma grande surprise, telles que M. Spalding me les avait lues alors. Il y a quelques mois , j'empruntai une Bible dor (Bible des Mormons) , et je ne Favais pas lue depuis vingt minutes, sans être grandement surpris d'y trouver le même passage que Spalding m'avait lu plus de vingt ans avant dans son Mamiscript found.

Depuis lors, j'ai examiné plus attentivement la Bible d'or, et je n'hésite pas à déclarer que sa partie historique est principalement, sinon entièrement, prise dans le Manicscript found.

Je me souviens très-bien avoir dit à M. Spalding qu'il faisait un trop fréquent usage des mots : « Maintenant il arriva. . . — et il arriva. . . ; » que ces expressions ainsi répétées étaient ridicules.

M. Spalding quitta ce pays en 1812 pour se rendre à Pittsburg , où il se proposait de faire imprimer son ouvrage. Je lui ai donné l'aident dont il avait besoin pour faire ce voyage ; mais je n'ai jamais plus entendu parler de lui ni de son livre jusqu'au moment où je l'ai reconnu sous le titre de Livre de Mormon.

iS LES MORMONS.

Le frère de Salomon Spalding fit une déposition qui s'accorde parfaitement avec la précédente. Il affirme avoir vu et lu le manuscrit en question, et que le livre de Mormon n'est autre que celui que Salomon Spalding , son frère , se proposait de publier , à l'exception toutefois de la matière religieuse qui s'y trouve. Six ou huit témoignages sont donnés dans le même seps par des personnes honorables sur le Manuscript foimd. Ces témoignages ont fait connaître aussi qu'un changement avait eu lieu dans le plan primitif de ce roman. L'auteur avait d'abord fait partir de Rome les Juifs qu'il supposait avoir émigré en Amérique ; mais cette origine lui déplaisant sans doute, ce fut Jérusalem qu'il choisit pour ce point de départ. Léhi et ses quatre fils étaient, disait-il, les chefs de cette sainte entreprise, et en agissant ainsi, ils obéissaient à une influence divine.

Nous savons , d'après ce qui précède , que le Manuscript found à été à Pittsburg ; mais il ne nous sera pas aussi facile désormais de suivre ses traces, afin de savoir comment il est toçnbé dans les mains du prophète. On suppose qu'à Pittsburg ce manuscrit a été laissé à un imprimeur nommé I-iambdin, et que celui-ci l'a dû

confier aux soins d'un nommé Sidney Rigdon , lequel fit rencontre du prophète dans ces entrefaites , et que ce fut alors qu'ils se concertèrent pour métamorphoser ce roman en Bible d'or.

Cette yersion est contredite par des événements postérieurs. L'auteur du Manuscript found quitta Pittsburg en 1814, et mourut deux ans plus tard dans le sud de la Pensylvanie,

Peu de temps après cette perte douloureuse, sa veuve alla se fixer dans le comté d'Onondaga , État de New-York, et elle y emporta une malle contenant les manuscrit^ de défunt son mari.

Pendant trois ans, elle passa la plupart du temps à visiter ses amis. dans les comtés voisins ; elle fit un assez long séjour à Hartwick, lieu situé dans le voisinage de la résidence du sieur Stowell, avec qui nos lecteurs ont déjà fait connaissance.

De 1817 à 1820, époque à laquelle se remaria la veuve Spalding et où elle alla se fixer dans l'État de Massachusetts, la malle qui contenait le fameux manuscrit resta chez le frère de cette fenune, résidant dans le comté d'Onondaga- HoUow, près de la demeure de la famille Smith*

Lorsque le Livre de Mormon parut , et que ceux qui connaissaient le Manuscript found le retrouvèrent dans cette œuvre divine, on voulut savoir ce qu'était devenu le roman manuscrit de Salomon Spalding. Il avait disparu sans que ses possesseurs pussent s'expliquer cette disparition, tant elle avait été eflfectuée mystérieusement; si bien que leMaîiuscript found (trouvé) n'a cessé d'être depuis lors le Manitscript lost (perdu). La malle qui le contenait fut visitée avec le plus grand soin ; mais parmi son contenu on ne retrouva que la main de papier manuscrite formant V Exode romain, que l'auteur avait adopté dans le plan primitif de son ouvrage. Comment et quand ce manuscrit a-t-il été soustrait? Cette question n'a pu être résolue jusqu'à ce jour, et ne le sera peut-être jamais. Ce qui est certain, c'est que le fameux livre de Mormon et ce manuscrit ne font qu'un, à l'exception, comme nous l'avons déjà dit, de la partie purement religieuse.

Des circonstances qui précèdent, on peut consciencieusement concliu'e que le Manuscript found n'a disparu de la malle qui le contenait que pour tomber directement ou indirectement dans les mains de Joseph Smith, le seul homme

peut-être assez téméraire pour entreprendre d'en faire le piédestal d'une nouveUe secte. Nous avons déjà dit aussi que Joseph Smith ne psssédait qu'une médiocre , très-médiocre éducation. L'opinion publique le considérait même comme un homme stupide qui, faute d'intelligence et de lumière, appelait l'audace à son aide pour accomphr sa tâche d'imposteur. Comme tout le monde , nous refusons le savoir et la moralité à Joseph ; mais au lieu de le considérer comme un homme stupide, nous le trouvons doué d'une inteUigence aussi remarquable que son ambition était perverse. Si Joseph avait reçu le jour de parents plus élevés , il aurait sans doute donné ime autre direction à son esprit actif et aventureux ; au lieu d'un chercheur de trésors imaginaires, il eût peut-être fait im savant géologue ou un célèbre chimiste. La position où nous nous trouvons au point de départ de l'existence, suffit souvent pour faire notre honte ou notre gloire, notre malheur ou notre bonheur. D'ailleui*s, qu'est-ce que le génie? Qui de nous peut en donner la vraie mesure, en définir la sphère? Génie est un mot bien élastique , accompagnant presque toujours le succès et fuyant l'adversité. Quoi qu'il en soit, Joseph Smith a fait de ce

roman biblique ce que son auteur n'aurait jamais osé faire , quand même il en eût eu le vif désir. Ce roman fut retouché et modelé, sinon par Joseph, du moins par son ordre, sur la vraie Bible , avec une sagacité si grande, que la fictipn finit par être acceptée comme la réalité par des milliers d'individus. Nous accorderons que la plupart de ces adeptes soient sans éducation, que l'ignorance seule les a plongés dans le piège ; mais n'oublions pas, cependant, que l'ignorance poptdaire de nos jours , et surtout aux États- Unis , est un flambeau qui briUe déjà d'un vif éclat, si nous la comparons à celle du siècle où Luther eut tant de peine à faire triompher sa réforme, appuyée sur les vrais préceptes du Christ. Ouï, qu'on le sache bien, c'est moins à l'ignorance que Joseph a dû le succès de« ses doctrines qu'au bien-être général qu'elles produisaient parmi les adeptes. Mais ne devançons pas les événements ; bornons-nous à les suivre pas à pas pour les offrir avec plus de lucidité et d'ensemble aux lecteurs qui voudront bien nous lire.

Celte nouvelle bible, ajouterons-nous, est d*autant plus ingénieusement arrangée qu'elle a puisé chez tous les cultes professés parmi les grands

peuples de la terre ; de sorte tqpe les protestants, les catholiques, les mahométants, lesbrahmines, les Israélites, n'ont qu'une déviation plus ou moins brusque à faire pour se trouver dans le camp des Mormons. Non, ce n'est pas un homme stupide qui a pu faire ou indiquer les bases élastiques d'une telle secte, qui reçoit chaque jour des milliers de convertis. Ces adeptes révèrent tous religieusement la mémoire du fondateur de leur nouveau culte , en le déclarant un être doué de la plus puissante intelligence qu'on ait jamais vue et de toutes les vertus que Dieu exige de ceux qu'il veut s'associer pour faire triompher la vraie foi. Voilà l'éloge que les Mormons font sans cesse de leur prophète.

Il est bien regrettable de ne pouvoir dire si Joseph, en s' emparant du manuscrit de Salomon Spalding, n'avait pas le projet d'en tirer une simple rémunération matérielle en le livrant à la publicité pour ce qui\ était et ce que son auteur voulut qu'il fût, c'est-à-dire une fiction basée sur la probabilité d'un fait. C'est un sujet digne d'occuper la plume d'un écrivain sérieux et érudit.

Jusqu'à ce jour, ce mystère n'a pu être tiré des ténèbres qui l'enveloppent. Il a donné lieu à

bien dés suppositions plus ou moins ingénieuses, sans qu'on puisse dire celle qui contient la vérité. Une chose incontestable, du moins, c'est qu'il a existé des peuples plus ou moins civilisés sur plusieurs points des deux Amériques. Ces villes et ces temples en ruines, ces poteries, ces statues, etc., attestent d'une manière irrécusable que la civilisation a passé par là. Un ouvrage qui traiterait ce mystérieux sujet comme il l'exige, ne pourrait manquer d'être bien accueilli du public intelligent.

Mais il faut croire que l'ambition de Joseph ne pouvait se contenter d'usurper le titre d'auteur d'un simple roman. Le rang de prophète lui parut préférable pour passer à la postérité. Voici enfin comment il procéda pour donner naissance à sa Bible d'or.

Un jour, en passant sur un terrain marécageux, il y trouva un sable d'une blancheur éblouissante qu'une récente inondation y avait amené. 11 en mit un peu dans la poche de son habit, et l'apporta chez son père.

La famille était à dîner lorsqu'il entra, et la première chose qu'il dit, fut d'assurer qu'il avait trouvé une Bible d'or. On parut ajouter foi à ce mensonge; cependant, on lui demanda à con-

templer cet objet précieux. Mais Joseph, sans se déconcerter, répondit que son ange lui défendait de l'offrir aux regards d'aucun profane, sous peine de mort. Sa famille le crut sur parole, et, quelques jours après , il dit à un voisin qu'il avait fait, à des imbéciles, im conte dont il se promettait de tirer bon parti. En effet, en voyant ses parents prendre cette plaisanterie au sérieux, il se détermina à la propager pour savoir si d'autres personnes seraient aussi bien disposées à l'accueillir.

Ce fut sans doute alors que Joseph songea sérieusement à jouer le rôle de prophète. Le manuscrit de Spalding étant en sa possession, et se l'étant procuré de manière à ne pas craindre les entraves de l'indiscrétion, il aura revu et corrigé ce roman selon les exigences de son audacieuse entreprise. Ce manuscrit a dû tomber dans les mains de Joseph dès 1820; car à cette époque sa famille répandait déjà le bruit qu'un livre sacré avait été trouvé dans la terrie. Les détails qu'on donnait sur cette mystérieu^ie découverte se contredisaient souvent, ce qui donne lieu de penser que le prophète n'avait pas encore définitivement arrêté le plan de son vaste projet. Mais aussitôt que le Livre de Mormon fut publié.

Joseph donna hii-même ^histoire surnaturelle de sa divine origine.

Le succès que Tatenir destinait à cette fable ridicule n'a sans doute pas été moins surprenant d'abord pour son auteur qu'il ne Test encore pour nous-mêmes aujourd'hui. Mais si la montage accouche quelquefois d'une souris, la souris, à son tour ne produit pas moins souvent le même phénomène.

Après avoir abusé sa famille, Joseph s'adressa donc à la crédulité d'un nommé Martin Harrîs, et ce choix prouve encore combien le prophète était perspicace ; car personne ne pouvait mieux que ce Martin tomber dans le piège grossier d*un imposteur*

A cette époque, le Livre de Mormon n'était pas encore publié , ni môme révisé. Le prophète ne pouvait, faute d'argent, le livrer à la presse, et ce fut sur Martin Harris qu'il jeta les yeux pour trouver le moyen de lever cet obstacle.

Le rencontrant un jour, Joseph l'aborde pour lui dire gravement et sans le moindre préambule, que le Seigneur ordonnait au pieux Martin Harris d'avancer cinquante dollars (environ 250 francs) pour commencer la traduction d'un livre sacré ; que la fortune et toutes les félicités

LES MORHONS, Ub

de ce monde et de l'autre étaient réservées à l'auteur d'une si belle action. Harris qui était rongé de cupidité et doué de l'esprit le plus visionnaire qu'on puisse trouver, n'hésita pas une minute à souscrire à la demande de Joseph , ni même à se faire l'adepte de la nouvelle doctrine. Cette conversion coûtait d'autant moins à Martin Harris, qu'il avait déjà passé plusieurs fois d'une croyance à l'autre avec moins de réflexion peutêtre qu'on n'en met à franchir un fossé qui barre un chemin de traverse.

Nous voici arrivés au moment intéressant où le prophète prend son premier et décisif essor. Avec cet argent , Joseph se mit à l'œuvre aussitôt ; il traduisit , ou plutôt feignit de traduire le Livre de Mormon, et Harris eut l'honneur d'être son scribe durant quelques semaines. A l'exemple de Baruch pour Jérémie, Harris écrivait les mots tels qu'il les prononçait oralement ; mais, quand on fait de son mieux , on fait ce qu'on doit, pouvait logiquement répondre le scribe à ceux qui blâmaient son orthographe.

Les avances d'argent faites par Harris, et la brillante récompense qu'il en attendait, l'enchaînèrent à la douteuse entreprise de Joseph. Mais loin de se voir plus texd^ comme il l'espérait,

comblé de richesses et de toutes sortes de félicités , le crédule scribe se ruina complètement en faisant les frais de publication du livre sacré , auquel il avait prêté l'assistance de sa plume au début de sa miraculeuse traduction.

Pendant trois ans, le cupide et fanatique Harris prêcha la nouvelle doctrine avec un zèle exemplaire ; mais il finit pourtant par l'abandonner comme une cause perdue dont on ne peut faire appel.

Harris , il faut l'avouer, était aussi peu apte à remplir la mission de prédicateur que celle de scribe. Aussi, Joseph ne l'avait-il gardé en cette dernière qualité que le temps nécessaire pour s'en procurer un plus capable. Ce fut un maître d'école nommé Olivier Cowdery qui hérita de la plume d'Harris et du titre de secrétaire intime du prophète. Cowdery écrivit les cinq cents pages iurS** du Livre sacré, sous la dictée du fondateur de la secte. Il fut donc un des témoins de l'enfantement de cette œuvre mystérieuse ; faveur insigne qui n'a peut-être pas mal contribué plus tard à lui faire imiter la désertion de son malheureux prédécesseur.

On se souvient que nous avons parlé plus haut de pierres miraculeuses dont Joseph faisait usage

pour découvrir les trésors cachés dans le sein de la terre. La famille Smith avait une confiance aveugle dans tout ce qui ressemblait à la magie. Elle prétendait pouvoir chasser l'influence du démon, quand il s'opposait à la découverte d'un trésor , avec une baguette de coudrier. Il y a même, en Amérique, bon nombre de gens assez crédules pour croire qu'en faisant usage d'une telle baguette, on peut trouver infailliblement les mines de métal précieux que renferme la terre. Mais racontons comment Joseph dit avoir procédé à la traduction des tables d'or que l'ange lui révéla.

Il mettait , dit-il , les tables sacrées dans un chapeau ; ensuite il prenait deux pierres miraculeuses que son ange lui avait remises sur la colline de Cumora, située dans l'Etat de New- York, comté de Palmyra. Un rideau le dissimulait à son scribe, et cette précaution a fourni des armes puissantes à l'incrédulité des Gentils. A l'aide de ces pierres, à travers lesquels Joseph regardait les caractères qui se trouvaient gravés sur les tables d'or , il parvenait à les déchiffrer sans peine et à les traduire en langue vulgaire , c'est-à-dire en anglais , seul langage connu du prophète.

Pour ajouter pleine confiance daas ce récit ridicule, il faut avoir un esprit fort complaisant et peu disposé à chercher la vérité avec le flanabeau de la raison.

Mais , pour les personnes cpii sont moins crédules que le scribe Harris, il est probable que le prophète, au lieu de tables d'or, mettait dans son chapeau le manuscrit de Spalding, ou qu'il répétait simplement par cœur à son secrétaire ce qu'il avait eu la précaution d'apprenâre d'avance de ce roman biblique.

Le Livre de Mormon dit que ces merveUleuses pierres étaient les mêmes que celles que Dieu, après les avoir touchées du doigt, remit dans la barcjue de Jared , lorsqu'il franchit IV céan Pacifique pour aller peupler les deux Amériques. Ces pierres ne cessèrent, tout le temps de la traversée , de jeter une divine lumière pour guider le navigateur vers le port de sa destination.

Mais, pour ce qui concerne l'histoire de ces" t<ables d'or, il n'est pas^ superflu de dire ce qui a donné lieu à cette fable. Peu de personnes ont ajouté foi à la réalité de cette découverte, en dépit des trois témoins complaisants que le prophète a pu d'abord se procurer pour affirmer

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qu 'ils ayaient vu et touché ces reliques célestes» Plus tard ^ huit autres témoignages ont été reproduits dans le Livre de Mormon, pour donner autant que possible à ce mensonge une couleur véridique. Malheureusement pour Joseph^ tous ces témoins étaient reconnus pour être de ses amis intimes , ou membres de sa propre famille. Personne autpe qpue ces individus n'a ja-^ mais vu les précieuses tables d'or. Cependant, il est plus que probable que cette imposture a puisé sa source dans la découverte d'objets en métal moins rare, mais d'une grande antiquité, faite à cette époque dans l'État de l'IUmois. B'est certain aussi que Joseph fit remettre au savant professeur, M. Anthon , de la ville de New-York , par Martin Harris, un spécimen des caractères qui se trouvaient soi-disani sur les fameuses tables d'or. Après avoir examiné ces caractères attentivement, le professeur déclara avec humilité ne pas pouvoir les déchiffrer ^ ajoutant, néanmoins, gue si on lui voulait apporter le texte original y au lieu d'une simple copie , il pourrait mieux se rendre compte de sonigaorance à cet égard, si-* non donner la sigjpificatioiï de ces mystérieux caractères.

pes caractères avaient dû être copiés par Jo-

seph ; car il n'est pas probable qu'un homme aussi ignorant ait pu les inventer de manière à laisser croire à un des plus célèbres professeurs de l'Union que ces caractères pouvaient appartenir à une langue qui s'était évanouie dans les ténèbres du passé. Il est donc présumable que Joseph, en cherchant des trésors dans le sein de la terre , aura découvert les objets qui lui avaient fourni le texte des caractères en question.

Cette hypothèse prend une grande consistance de vérité par la découverte qu'on fit à Kinderhook (Etat de l'illinois) de six objets en cuivre sur lesquels étaient tracés des caractères semblables à ceux que le prophète avait donnés à déchiffrer au savant professeur. Ces objets avaient la forme de cloches, et les cordons s'y trouvant en relief étaient si oxydés, qu'ils tombaient en poussière au moindre contact. On a le droit de supposer que ces antiquités ont été transplantées là par les soins de Joseph, afin d'éviter qu'elles ne soient trouvées en sa possession, car cette découverte aurait fort mal servi l'influence du Livre de Mormon. Quoi qu'il en puisse être, une chose qui ne peut nous laisser de doute, c'est que les divines tables d'or n'ont jamais existé que dans l'esprit astucieux de Joseph.

Le prophète fait d'une manière graphique le récit de la première persécution dont il fut l'objet de la part de ses voisins. Ceux-ci, révoquant en doute la divine mission de Joseph , lui demandaient à voir les tables d'or sur lesquelles étaient gravés les préceptes du nouveau culte. Le prophète refusait péremptoirement de satisfaire cette sacrilège curio^té. Ce refus, loin de rétablir le calme, excita non-seulement l'incrédulité des curieux, mais encore leur mécontentement au point de vouloir s'emparer de vive force des tables mystérieuses. Pour éviter cette profanation, le prophète raconte qu'il mit son divin trésor dans une barrique de haricots, afin de le pouvoir plus sûrement emporter avec lui dans l'État de Pensylvanie , où il se réfugia de nouveau pour se soustraire à cette première persécution.

Mais Joseph s'était à peine mis en route, qu'un mandat d'amener fut lancé contre lui, sur la déposition d'un voisin, déclarant que le prophète était son débiteur. En vertu de ce mandat , Joseph fut donc arrêté par le shériff ; mais cette poursuite judiciaire n'eût pas de suite sérieuse ; le prophète avait une imagination trop féconde pour ne pas trouver le moyen de désarmer la

colère de son créancier. 11 est regrettable que le shériff n'ait pas eu l'idée d'interroger la barrique de haricots , car au lieu d'y trouver les tiibles d'or en question, il est plus que probable qu'pn y eût découvert le fameux manuscrit de Spalding. Une telle découverte eût infailliblement renversé à jamais l'édifice dont le prophète était à même de jeter les premières çt, en apparence, si éphémères fondations.

Une fois arrivé en Pensylvame , Joseph reprit avec une nouvelle ardeur la mystérieuse traduction des Tables d'or. Il faut croire que ce travail se prolongea environ trois années, car ce ne fut qu'après ce laps de temps que cette œuvre miraculeuse fut envoyée à la presse ; mais il paraîtrait qup cette publicité aurait pu s'effectuer dix mois plus tôt , pans une suspension occasionnée par une lacune que le traducteur ne pouvait combler, en dépit des talismans qui l'aidaient dans cette difficile mission. On assure que madame Harris possédait plusieurs feuilles du manuscrit auquel Joseph faisait jouer 1q rôle des tables révélées par l'ange , et que ni menaces ni prières ne purent fairç consentir cette dame à se dessaisir des précieuseg feuilles qui laissaient une brèche «î compromettante aw livre sacré.

Ne pouvant vaincre cet obstacle, Joseph le tourna. D déclara que le livre n'était pas ce que le Seigneur voulait d*abord qu'il fût;, qu'il avait subséquemment reçu le commandement de traduire un abrégé des tables de Néphî au lieu de celles de Léhi. Il lui avait été révélé, ajoutait-il encore, que s'il traduisait de ces dernières tables, Satan altérerait les premières et les publierait , ce qui ne manquerait pas de jeter du discrédit «ur la sainte origine du Livre de Mormon. Ces tribulations ne sont survenues, déclare le prophète, que parce qu41 avait négligé ses impérieux devoirs ; aussi en fut-il sévèrement réprîînandé dans une révélation. Mais il s'en vengea à son tour sur son scribe Cowdery, lorsque celui-ci eut un jour Fimpertinence de manifester le désir de contempler ces mystérieuses tables d'or, qui n'étaient visibles que pour le prophète ctclusivement.

Ce fut ainsi que Joseph expliqua la lacune laissée à son livre par les pages manuscrites qu'on ne put arracher des mains de madame Harris.

Le Livre de Mormon est enfin offert à la curiosité publique , non comme l'œuvre de l'imagination de Spalding , maïs comme la base im-

périssable d'un nouveau culte éniané de Dieu même.

Il serait injuste de croire que Joseph ne cédait qu'à la soif dévorante de la cupidité en se lançant dans une si épineuse entreprise. Une ambition plus élevée sans doute n'était pas étrangère à ce vaste projet, carie but de son livre ne vise à rien moins qu'à l'unité de toutes les croyances religieuses. Cette unité, vers laquelle tendent tous les efforts de la science et de la philosophie, se réalisera un jour, si ïe progrès n'est pas un vain mot. Si Joseph eût atteint cet immense résultat, son nom était à jamais inscrit sur les pages indélébiles du grand livre de la postérité. La Bible des Mormons tend à prouver aux Juifs que Jésus est le Christ , le Messie qu'ils attendent depuis si longtemps , celui dont parlent leurs anciens prophètes. Des passages de ces mêmes prophètes sont cités à l'appui dc^^cette assertion pour mieux vaincre l'incrédulité des Israélites.

Ce livre s'adresse également aux Indiens de tout l'immense continent des deux Amériques , pour leur apprendre leur commune origine , la cause de la colère divine qui les a plongés dans l'abîme de la dégradation , mais en leur assurant aussi qu'ils peuvent, dans les derniers jours, re-

LES UORUONS. 37

couTrer leurs primitiTes fayeurs du ciel , et, con* séquemment, redevenir un beau et délicieux peuple, jouissant dans ce monde des délices temporelles et du bonheur étemel dans l'autre. Nous rendons aussi intégralement que possible ces belles promesses du prophète. S'il eût réussi à convaincre ces deux peuples , les Juifs et les Indiens, que son liyre était d'une origine divine, leur conversion au christianisme en eût été la conséquence. Un tel triomphe pouvait donc faire espérer à son auteur le plus glorieux des titres, au lieu de celui d'imposteur que nous lui accordons justement avec tous ceux qui ne se laissent pas égarer par les ténèbres pernicieuses du fana-

Mais on verra plus loin que, pour avoir échoué dans une si vaste' entreprise, le prophète n'en est pas moins , aux yeux de ses nombreux sectaires , descendu dans la tombe comme un saint homme chargé par le ciel d'accomplir ici-bas la mission qui lui a coûté la vie.

Rien n'indique cependant que Joseph eût conçu le projet de fonder une nouvelle Église et de s'en faire le chef avant l'apparition de son livre. Ce fut en 1830 que cette publication eut lieu. Le 6 avril de la même année , cette Église fut insti-

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tué^. Elle ne oomptait alors que $ix convertis, parmi k^quals se trouvaient le père^ deux frères du prophète et son scribe Cowdery. A dater de ce moment y la famille Smith passa de la pauvreté dans Fopulenoe par ime rapide transition.

Rien jie prouve non plus qu'à ee début de la s^cte ^ le prophète eût arrêté le plan hiérarchique qu'elle observe aujourd'hui. Joseph était alors le premier sldsr , et Cibwdery le second ; c'est-àdire, l'un le premier ANCiBif, et l'autre le second. Mais par la suite le sacerdoce se compliqua et se divisa en deux branches. La première était Y Étemelle el se divisait en deux ordres, parmi lesquels on choisirait les grands prêtres et les ministres , les apôtres et le conseil. La seconde branche était composée de divers ordres d'JE^/cfcr^, d'évéques, de diacres, d'instituteurs, etc. Cette oi^anisation sacerdotale n'est qu'une copie de celle des Juifs de l'antiquité. Mais les attributions des prêtres mormons n'ont guère de rapport jusqu'ici avec celles qui sont censées leur servir de modèle.

Il est dit que le scribe Cowdery baptisa d'abord le prpphète, pour que la nouvelle Église pût avoir à sa tête un chef revêtu ostensiblement de la toute-puissance sacerdotale. Ce point de dé-

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part est encore copié du christianisme. 11 n'était nécessaire que d'ouvrir la Bible pour le trouver; mais ce qui était moins facile à olotenir, c'était de vaincre les obstacles que cette imitation trouverait chez les Gentils. €ette tftche périlleuse n'empêcha pas Joseph de marcher à son bot et de l'atteindre. Dans le Book of convenant, livre de conventions^ le prophète donne la plus sainte origine à la mission qu'il s'est attribuée de Km autorité privée. 11 la tient, dit^il, de Jésus même, et il invoque à Tappui de cette assertion le témoi*gnage des anges et ceux des fondateurs de l'Église chrétienne primitive , tek que saint Pierre, saint Jacques, saint Jean, etc., affirmant que FEsprit divin dont ces apôtres étaient animés lui est arrivé par une directe transition.

Une fois baptisé par son scribe , Joseph se met sans délai çi prêcher son culte et à consacrer des ministres chargés de répandre la divine lumière sur toute l'étendue du globe. Ceux-ci déploient toute l'ardeur et le zèle qu'exige leur difficile mission. Leurs premiers prosélytes se composent de personnes plus ou moins visionnaires, aux yeux desquelles le merveilleux s'oJfre toujours sous l'aspect rationnel de la vérité. Avec de teUçs gens, le dernier qui parle a toujours

raison et peut les entraîner dans la voie qu'il indique. Des familles entières furent ainsi couTerties à la nouvelle Église.

Ces premiers succès , bien cpi'ils fussent peu glorieux pour ceux qui les obtenaient , n'en firent pas moins une certaine sensation chez les ministres des autres cultes. De toutes parts , dans les comtés voisins, ce n'était que revivais et prédications; et cette lutte semblait plus favorable que nuisible à l'entreprise de Joseph. En effet, peu de mois après ce combat théologique , la secte du prophète fut assez nombreuse pour former plusieurs congrégations dans l'État de Nevï^- York. Il est vrai que ces congrégations ne représentaient guère que de simples associations religieuses, privées de temples pour se réunir et, y pouvoir célébrer le service divin. Ces nouveaux convertis n'eussent même pu expliquer le dogme qu'ils venaient d'embrasser, tant il était mal défini.

Au mois d'août 1830 , un ministre d'une secte nommée campbellite , possédant une certaine célébrité dans l'État de î'Ohio , lieu de sa résidence , vînt à New-York, où le hasard lui mit le livre de Joseph sous la main. Ce ministre, qui n'était rien moins que le fameux Parly P. Pratt,

se convertit alors âu morraonisme, en déclarant que ce nouveau culte était le seul authentiquement vrai. Il est juste de dire que Parly P. Pratt, prêchant déjà une croyance religieuse qui se rapprochait beaucoup de celle du prophète, n'avait pas eu besoin de faire une grande violence à ses anciennes convictions pour adopter le nouveau culte. Un tel adepte n'en devait pas moins être considéré par Joseph conune un coup de fortune, car la nouvelle Eglise trouvait en lui un prédicateur doué du talent insinuant et infatigable qu'exigeait le succès d'une doctrine si obscure et d'une origine si contestable.

Dès qu'il eut embrassé le mormonisme, Pratt se mit aussitôt à travailler à son triomphe avec la plume et la parole. Il écrivit plusieurs ouvrages sur le dogme de ce culte. Un de ses livres fut adressé à tous les peuples de la terre sous le titre de (( Voice of Warning to ail Nations. » Cette production du disciple Pratt a peut-être fait plus de prosélytes au mormonisme que le plus zélé de ses missionnaires. C'est encore lui qui s'est chargé de faire l'histoire des persécutions dont les sectaires avaient été l'objet depuis la fondation de leur Église. On ne pouvait confier cette tâche à une plume plus flexible et plus vigou-

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reu66 à la fois. U expose et flétrit la conduite des Gentils avec une chaleur, une rapidité de style qui feraient honneur aux plus célèbres jouma- ' listes de notre siècle de polémique.

C'est aussi à Pratt qu'on doit attribuer la conversion de Sidney Rigdon, puisque c'est lui qui l'a provoquée à son retour dans TOhio, en lui remettant la Bible des Mormons comme le livre sacré des livres sacrés. Rigdon embrassa la nouvelle foi avec l'empressement d'un homme qui n'en a aucune , et partit aussitôt trouver le prophète, afin de bien s'entendre avec lui^ sans doute, sur le plan à suivre pour travailler plus sûrement au succès de la nouveUe Église. Après cette conférence , Rigdon retourna parmi la congr^ation religieuse dont il était le ministre toutpuissant ; il la fit réunir pour lui conununiquer la nouvelle croyance qu'il avait adoptée , et la lui offrir en même temps comme la meilleure de toutes. Une chaleureuse prédication, expliquant les doctrines du prophète , suffit à ce zélé missionnaire pour faire tout passer à la fois sa congrégation dans le camp des Mormons. 11 faut dire aussi que personne mieux que Rigdon ne sait, en prêchant, passer de Textase à ladouleur, s évanouir à propos, verser des torrents de

larmes y faire de merveilleux récits, expliquer des visions célestes ; en un mot , fanatiser les esprits crédules qui sont à la portée de sa virttletite parole.

Il est juste de faire remarquer au lecteur que Rigdon , comme son ami Pratt y n^avait qu'une imperceptible déviation à faire pour se trouver dans le camp des Mormons ; car, depuis plus de trois a!ns , il prêchait des doctrines presque semr blables à celle de Joseph. Il croyait , comme le prophète, concernant les prophéties de TÉcri^ ture, que les Israélites devaient se reformer de nouveau en une nation unie et puissante pour recevoir un second Messie ; que Tavénement du règne des Saints sur la terre devait arriver bientôt, et que leur Église serait dotée d'une miraculeuse puissance , se révélant par rintermédiaire de ses ministres.

La fondation de la sect^du prophète ne date, peut^n dire , que du jour où Parly P. Prâtt et son ami Sidney Rigdon s'y furent convertis. Ce M à la suite de la première entrevue qu'eut ce dernier avectioseph que les ténèbres firent pladë à la lumière.' En effet, un soleil resplendissant vint dès lors illuminer la nouvelle secte de ses rayons. Jiisque-là , il n'y avait eu aucun règle-

ment disciplinaire d'écrit ; les docteines étsdent confuses , mal définies ; et ce chaos , s'il eût duré longtemps, eût suffi pour rendre le succès im^ possible, puisque chacun pouvait interpréter les préceptes selon son bon plaisir.

Rigdon se hâta de mettre un terme à ce désordre. Il donna à la révélation primitive , non pas un aspect plus rationnel, mais plus clair, .plus précis. Le sentier à suivre fut enfin tracé par lui d'une manière visible aux yeux de tous les sectaires. De tels services méritaient une haute récompense de la part du prophète. Rigdon fut élevé au poste éminent d'intçrprète du dogme du nouveau culte , et , peu de temps après , il fut créé grand conseiller de l'Église , poste qui venait immédiatement après celui du prophète. Mais, en réalité, Rigdon était le premier de la secte ; car c'était lui qui commentait les doctrines et jetait les fondements de la théologie. Il écrivit aussi plusieurs ouvrages théologiques sous le nom du prophète.

Cet apôtre si habile, si zélé, si infatigable et jà dévoué à Joseph, se serait-on douté qu^il eût «ncore abandonné ce culte? La désertion d'un tel homme fut un coup de foudre pour la secte. Quel vide elle fit parmi elle ! Encore aujour-

d'hui, les sectaires n'en parlent jamais sans pousser un soupir de vif regret. (( Il fut un jour tout-puissant dans notre foi, disent-ils, et une brillante étoile parmi nous ; mais , hélas ! comme Lucifer, il est tombé du pinacle des cieux dans l'abîme du royaume des ténèbres. »

Ce fut vers l'automne de l'année 1830 que Rigdon eut sa première entrevue avec le prophète, et vers le mois de janvier suivant, une révélation est publiée aux fidèles, ordonnant à ceux de l'Est d'aller résider dans une région reconnue par Rigdon pour être limitrophe de l'héritage terrestre des Saints des derniers jours. Cet héritage comprenait plus de la moitié de l'Amérique du Nord. Les chefs des sectaires se l'appropriaient en vertu des doctrines de leur culte qui déclarent- que la terre entière sera donnée par Dieu aux Saints des derniers jours. Seulement, nous croyons qu'ils avaient alors anticipé sur le moment de pouvoir réaliser cette promesse du ciel. Le lieu qu'avait choisi Rigdon pour assembler tous les fidèles ne devait être le foyer de la secte que temporairement. Le véritable Eden, où le siège de l'Église devait être à jamais fixé, -n'était pas encore découvert. Une révélation le devait faire connaître au prophète.

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En attendant cet heureux moment , tous les sectaires ^obéissaient à Tordre de leur grand chef qui leur commandait de se réunir tous dans* l'Ouest. Du reste , Joseph fut le premier à leur donner Texemple de Tobéissance ; il se rendit sans délai avec les adeptes qui Tentouraient dans rÉtat ^e TOhio, lieu indiqué par Rigdon pour ce rOTidez-vous général.

Sitôt réuni à ses deux infatigables apôtres , le prophète ordonna des revivais dont on conservera longtemps le souvenir dans ces vastes régions. Ces incessantes prédications enflammèrent les esprits à un tel degré, que les adeptes perdirent le peu de raison qui leur restait. Tous ne parlaient que de miracles , de visions célestes^ de Voix mystérieuses. En se répandant au loin, ces histoires attiraient une foule immense de curieux dans le camp dés Mormons ; chacun voulait être témoin des prodiges qu'on racontait du nouveau culte. Mais une fois en présence du prophète et de ses deux apôtres, les curieux ne pouvaient se soustraire à letir délirante influence. La folie s'emparait de presque tout le monde. La plume est impuissante pour reproduire de telles scènes. Les conversions se faisaient en masse. Des groupes

d'hommes et de femmes se roulaient par terre, hurlant , gesticulant comme des damnés. D^au<très restaient en extase, monti^ant du doigt le ciel où paraissait, disaient-ils, le royaume de Dieu dans toute sa splendeur. Ceux-ci s'évanouissaient, mais sans cesser de se tordre, comme s'ils eussent été en proie à une attaque d'épilepsie. Ceux-«là articulaient des paroles inintelligibles qu'ils disaient appartenir aux dialectes des Indiens. D'autres se mettaient à C0|irir à travers les champs comme des frénétiques.

D'autres ramassaient la première pierre venue et feignaient de déchiffrer avec des écrits mysté-> rieux. 11 7 en avait qui affirmaient avoir trouvé un morceau de parchemin tombé du ciel, sur lequel le sceau du Christ était reproduit; ce parchemin miraculeux était remonté dans le céleste séjour dès qu'on l'avait eu copié.

Cette rapide et imparfaite esquisse ne peut donner l'idée de Tétat d'excitation mental dans lequel se trouvaient les prosélytes. Tous avaient l'impudence d'attribuer cette démence à l'esprit divin.

Le triomphe des prédicateurs fut si grand, que le prophète jugea nécessaire d'y mettre des bornes. Les hautes prérogatives de Joseph lui

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devenaient inutiles, en effet, si ses adeptes s'arrogeaient aussi le privilège de communiquer directement avec lé ciel , le pouvoir d'opérer des miracles, de rendre des révélations, de parler des langues inconnues , etc. En se mettant ainsi au niveau du fondateur du nouveau culte, ils lui enlevaient foute sa puissance en le dépouillant du prestige qui la constituait. Joseph comprit de suite le danger auquel il exposait son œuvre en donnant trop d'essor à la ferveur des sectaires. Cônséquemment, il se hâta de réparer cette fausse manœuvre en prêchant la modération. Ce que vous attribuez, dit-il aux fidèles, à l'Esprit divin , n'est que l'ouvrage de Satan, qui cherche à vous attirer à lui par un excès de piété. Gardez-vous bien tous de tomber dans un piège si grossièrement tendu à votre raison. Si tous les hommes pouvaient accomplir des miracles, il n'y aurait plus rien de miraculeux : tout rentrerait dans la sphère des choses ordi-^ naires.

A partir de ce moment , personne n'osa empiéter sur le rôle du prophète. Lui seul eut le privilège de converser avec les anges, et sa parole fut acceptée comme celle du vrai représentant du ciel sur la terre; méconnaître son infail-

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libilité était un crime impardonnable aux yeux de Dieu.

Joseph profita de cettç occasion pour rendre une révélation qui rappelait aux fidèles que le prêtre vit dé Tautel ; et tous s'empressèrent de contribuer aux frais du culte dans la mesure de leurs ressources individuelles.

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