‹ Les MormonsChapitre 15 sur 25 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Fiu tragique da prophète.

Il y a quatre années environ que les Mormons se sont fixés à Nauvoo y à la suite de leur désastreuse retraite du Missouri , et la prospérité dont ils jouissent leur a déjà fait oublier cette mémorable leçon du passé. L'ambition de Joseph est plus exigeante que jamais. Le prophète a repris Timpérieux langage dont il faisait si imprudemr ment usage parmi les MissourienS'. 11 se \ante maintenant de compter plus de cent mille adeptes sur toute l'étendue de la République, et de tenir dans sa main la victoire des .élections présidentielles qui vont avoir lieu prochainement.

Sachant que les Mormons voteront comme un

seul homme, sous F inspiration de Joseph, la presse des deux grands partis garde le silence sur ces fanfaronnades , afin de ne pas lui donner Toccasion de préférer un des candidats antagonistes. Le président actuel, M. Van Buren, est de nouveau porté à la candidature par le parti démocrate. Le prophète se rend a Washington pour avoir une entrevue avec le chef de l'Etat, et lui demander s1l veut s'engager, en cas qu'il triomphât dans l'élection nouvelle, à réintégrer les Mormons dans les lieux qu'ils ont été forcés d'abandonner dans le Missouri. Le président ayant refusé de prendre cet engagement, le prophète lui dit qu'il ne peut soutenir sa candidature. Le candidat du parti opposé ne voulant accepter non plus les conditions de Joseph^ celui-ci se détermine alors à se porter lui-même troisième candidat présidentiel.

Voici les bases de son programme politique :

U se déclare partisan d'une banque nationaie ; il s^oppose aux punitions qu'on inflige aux déserteurs de l'armée et de la marine de TÉtat, voulant que le soldat et le matelot consultent leur honneur et non la crante dans l'accomplissement de leurs devoirs ; il mettra tous les détenus criminels en liberté : il réduira les appointements

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et le DOTubre des employés du gouvernement; en un mot , il s'appliquera à faire régner Tharmonie et Famour de la fraternité entre les gouvernants et les gouvernés.

Joseph ne vécut pas assez pour ccmnaitre le ré^ sultat de sa candidature ; mais ses adeptes assurent que s'il n'eût pas été élu cette première fois, la présidence ne lui eût pas échappé quatre années plus tard, si les Gentils ne l'eussent pas assassiné.

Nous touchons encore à une crise terrible. Une lutte sanglante va recommencer entre les Mormons et les Gentils. Ceux-ci, plus que jamais^ accusent la probité des Saints et les traduisent en justice comme auteurs de larcins plus ou moins importants. Ces accusations n'aboutissent qu^à hâter le dénouement de cette nouvelle crise ; car les accusés étant jugés par leurs coreligionnaires, sont toujours reconnus innocents, malgré les preuves qu'on donne à l'appui de leur culpabilité. Comme ceux du Missouri, les Gentils de l'illinois reprochent aux Mormons d'aspirer à s'emparer du gouvemament locaU et, une fois maîtres du pouvoir, de voulobr régir FËtat d'après les principes théocratiques du prophète. C'était en vain que les Gentils réclamait souvent , comme leur ayant été volés ^ des objets qu'ils re«

trouvaient à NauToo même sous les yeux de Joseph. Ce déni de justice exaspérait les victimes de ces vols au point de les déterminer à ne plus s'adresser à la loi , mais à la force , pour redresser les méfaits des Mormons.

Joseph n'étant puissant que par l'aveugle et fanatique dévouement que lui accordaient ses adeptes^ ne pouvait se décider à donner gain de cause aux Gentils, surtout parce qu'il se croyait mieux que jamais à Tabri de leurs persécutions. La plus grande préoccupation du prophète était de prendre un ascendant illimité sur l'esprit de ses sectaires , afin de les amener à ne voir, penser et agir que par lui.

Nous allons rapporter ici un fait qui donnera une preuve de plus de l'audacieuse habileté avec laqiielle Joseph jouait son rôle. Un jour, il annonce à ses adeptes qu'il marchera sur les eaux du Mississipi comme Jésus sur celles de là mer. Toute la secte de Nauvoo s'empresse de se rendre, le jour indiqué , sur le bord du grand fleuve , où ce miracle doit s'accomplir. Joseph paraît et fait semblant de se mettre en devoir de réaliser sa promesse. Mais il s'arrête tout à coup, et, s'adressant aux fidèles qui l'entourent, il leur demande :

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— Est-il parmi vous une seule personne qui doute que je puisse, comme le Christ, marcher de pied ferme sur la surface des eaux?

. — Non , non ! répondent un grand nombre de voix.

— Alors, reprend le prophète , il est inutile de vous donner la preuve d''tin pouvoir dont vous me savez doué; ce serait en faire parade, et, conséquemment , outrager Dieu même qui me Fa donné.

Après une telle marque de confiance, Joseph ne pouvait plus douter de l'autorité sans bornes qu'il exerçait sur ses adeptes. Mais il s'abusait cependant en croyant que tous lui accordaient au même degré la divine puissance qu'il s'octroyait si audacieusement. En voyant approcher cette nouvelle crise, grand nombre de sectaires, songeant à ce qui s'était déjà passé dans le Missouri, n'étaient guère disposés à courir les mêmes dangers pour un culte qui semblait les destiner à être sans cesse l'objet de terribles persécutions.

A mesure que Forage approchait, le nombre des apostats augmentait ; et ces désertions compromettaient d'autant plus la haute position du prophète, qu'elles le privaient, dans ce moment critique, de membres de talent et d'influence

parmi les fidèles. Ces apostats ne se bornaient pas à abandonner leur nouvelle croyance ; ils accusaient encore Joseph d'être un tyran , un ivrogne et un débauché qui n'avait fondé cette religion que pour assouvir tous ses vices et ses pernicieuses passions.

Des femmes déclarent que le prophète a voulu les séduire; celui-ci repousse énergiquement ces accusations, en disant qu'il n'avait fait ces tentatives de séduction que pour mieux se convaincre de la vertu et de la chasteté de ses accusatrices; mais ce moyen de défense trouvait bien des incrédules parmi les Saints. Un journal du prophète, the Yfasp (la Guêpe), attaquait les apostats avec toute la haine et la violence que les disputes religieuses sont capables d'enfanter. De leur côté, les renégats ripostaient dignement par l'intermédiaire de VExpositor, organe qu'ils avaient fondé pour égaUscr les chances du combat.

Cette polémique nuisait trop au caractère spirituel de Joseph pour qu'il n'avisât pas-promptement au moyen de la faire cesser. Or, le prophète, en qualité de maire, convoqua le conseil municipal pour lui dénoncer la conduite des apostats, ses antagonistes, et le pria de censurer

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curcrgane (tfficieileirent. Sur douze membres <iiont se composait le conseil munidpal de Nau- YOOy onze déclarèrent que YExpoUtor était un imposteur, une calamité publique. Cette censure ne manqua pas d'avoir k résultat qu'en attendait le prophète. Elle était à peine prononcée^ en effet, que les pressa de ÏExpositor furent bri- <ées et les caractères jetés dans la rue par une bande de sectaires dévoués juscpi'à la mort à b pei«OQne du cfarf «jpréme. Tous ies numéros qu'on {Mit trouver de Torgane des renégats furent eommis aux flammes, et les auteurs de cet outrage auK lois s'empressèrent d^aller triomj^kmeat i«adre compte de leur odieuse conduite «i propUAÇ; qui l'approuva en leur adressant MsféJidtatioiiset S0S remercieiiieiite pour le «Me qu'ils mettaient à 9Nrm la came du Sei^eur; éev9nt être bien assutés, du reste, que l'avenir leur réservait une réoompeiMe digne dt leur piété.

Des Biandetsd'amen^ forent laiieiseoafape les mtooÊom et instigaleurs de cette émeute ; mais ils furent tous remis immédiatement en li)erté, en veitu de Vkabeas corpus. Les antagonistes de Joseph ne se tmrrat pas pour battus cependant. fis s'adressèfeni aux ma^etTsis du eh^-tieu du

comté pour obtenir d'autres mandats d^amener contre les coupables. Ces mandats lurent lancés, et un poste de la milice reçut Tordre d^en appuyer Feiécution. Mais Joseph sut encore retarder, sinon éluder, les conséquences de cet ordre péremptoîre en déclarant la TÎlle de NauToo en état de siège, ne doutant pas que son titre de général en chef de la milice de cette ville ne lui donnât le droit d'en agir ainsi pour se mettre audessus des lois civiles qui le menaçaient.

Pour mettre un terme à cette anarchie, le gouvenieur de l'État se rendit à Carthage, cheflieu du oomté, afin d'interposer en personne son autorité aux rebelles. Trois compagnies de la milice furent mises sous les armes dans le but de faire triompher la légalité par la force, s'il en était nécessaire. D'après l'attitude belliqueuse des deux partis, une sanglante collision semblait imnmiente. Le gouverneur tenta la voie des négociations pour n'avoir rien à se reprodier ; il manda au prophète de se rendre près de lui, l'assurant qu'il n'avait rien à craindre pour sa personne. Joseph refusa d'acquiescer à cette invitation amicale; mais il envoya cependant deux de ses disciples, Bernhisel et Taylor au gouverneur pour conférer avec lui sur les événements

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qui causaient une si vive anxiété à toute la population du pays.

Le gouverneur, en voyant son autorité si indignement méconnue par le prophète, se détermina à le faire arrêter, ainsi que le patriarche. Un officier, soutenu d'une compagnie de la milice, fut chargé d'exécuter ces arrestations importantes. Cette mission offrait de grands dangers, car on pensait que Joseph opposerait la légion dontil était le général en chef à l'ordre d'arrestation l^ncé contre lui par l'autorité suprême, de l'État. Mais il préféra la fuite à la résistance à mam armée. Lui et son patriarche^ nommé Hyrum, passèrent le Mississipi pour se réfugier sur le territoire del'lowa, d'où ils suivaient attentivement la marche des événements qu'ils avaient provoqués. Le conseil municipal de Nauvoo les tenait au courant de tout ce qui se passait par une correspondance journalière. Le prophète, en cette circonstance critique, acquit une preuve de plus de l'influence sans bornes qu'il exerçait sur ses adeptes; car sa fuite avait produit un si grand désordre parmi la secte, que personne ne pouvait plus commander ni ne voulait obéir.

Sur l'avis du conseil municipal , Joseph et

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ceux qui l'avaient accompagné se décident à se soumettre aux ordres du gouverneur, bien convaincus que les poursuites qu'on leur pourrait intenter se termineraient j)ar un verdict <le nonculpabilité. Us se mettent donc en route pour Carthage, où était encore le gouverneur ; mais, chemin faisant, ils reçoivent l'ordre de retourner à Nauvoo pour y licencier la légion mormone et rendre ses armes à l'Etat.. Cet ordre fut exécuié sans la moindre résistance/Ensuite, le prophète et les principaux apôtres reprirent la route de Carthage pour se mettre à la disposition de Tautorité. Joseph, son patriarche et deux de ses disciples, le docteur Richard et John Taylor, furent emprisonnés sous Taccusation de haute trahison. Les apostats, et surtout ceux dont les femmes avaient été subornées, ou en danger de l'être, par le prophète, juraient de tirer une terrible vengeance de l'imposteur qui les avait si outrageusement abusés. Les Gentils, qui avaient jusque-là réclamé en vain les' objets que les sectaires leur avaient soustraits, n'étaient guère disposés à laisser échapper une si bonne occasion de se venger des dénis de justice dont le prophète les avait abreuvés. Mais comme les coupables étaient sous les verrous de la prison du comté, et que l'exas-

pération populaire s'emblait s'apaifer depuis que la justice était saisie de cette grave atteinte à b morale publique et aux lois, le gouyemeur crut pouvoir se dispenser de tenir plus longtemps la milice sous les armes. Avant de se retirer dans la capitale de TÉtat, il se rendit à Nauvoo pour recommander aux sectaires de se comporter comme de bons citoyens, en respectant les lois du pays et le cours de la justice.

Le 27 juin 1844 , après avoir rempli sa mission de paix à Nauvoo, le gouverneur retournait à Carthage, lorsqu'il fut informé, par un exprès, que le prophète et ses compagnons de captivité avaient été assassinés dans leur prison par une émeute composée des gens les plus exaspérés contre les détenus. Craignant qu'en apprenant ce n^assacre les adeptes dévoués au prophète ne se portassent à de . terriUes représailles envers les habitants inoffeosif s de Garthage , le gouverneur les invite à évacuer la ville , qu'il confie à la garde du général Deming, sous les ordres duquel se trouve le peu de milice qu'on a pu réunir. Ces mesures prises , le gouverneur ^ retire à Quincy pour surveiller la suite des événe-

Nous ne devons pas omettre de raconter la fin

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tragique du prq^o et «eUa âê fmAimfk^ qui otit »ubi h nàïm sort*

Lorftqud le gouverneur eut renvpyé h mlk»

qu'il avait fait mettre sous le» armes à Cartbage, les apofttata et tes citoyem kt ipim aaimé» eontrd les prisonnier» sa concertèrent pour devancar la cours de la justice légale. Un matin , do bowd heure , ils se réunirent pour se porter en masts vers la prison des détenus. Us se mettent m d^ voir aussitôt d'en forcer rentrée f les prisonniers icNat leurs efforts pour repousser cette attaque aussi imprévue qu'irrésistible. Richard et Taylor, se couchant sur le plancher Tqn aa^put de î'au^ tre y les pieds de l'un sur les épaules de l'autre , parviennent ainsi à maintenir leur porti^ assee close pour empêcher leurs meurtriers d'aitrer. Les assaillants introduisirrat, en entr'ouvrant la porte, les canons de leurs fusUs dans la pièce ou se trouvaient les prisonniers et firent feu sur eux. Joseph riposta avec un pistolet et blessa un ded assaillants au coude. Le patriarche Hyrum f frappé d'une balle, tomba par terre en s'écriant : ie suis mort I — Malheureux frère Hyrum ! s'écria avec désespoir le j^ophète en réponse à la dernière exclamation de son fidèle adepte.

Joseph comprend alors que la résistance ait

inutile; il cherche son salut dans la fuite. Il ouvre la fenêtre de sa prison , et , au moment où il s'y précipite , une balle l'atteint mortellement ; il tombe en criant : a Seigneur mon Dieu! )• Le peuple pénétra aussitôt dans la pièce qu'occupaient les prisonniers et blessa Taylor qui s'y trouvait encore. Richard fut assez heureux pour se sauver sans avoir reçu une égratignure dans cette Ijilte terrible. Craignant que le prophète ne succombe pas à sa blessure , les assaillants lui envoient encore quatre balles presque à bout portant. Après cette décharge meurtrière, la victime ne dcyma plus aucun signe de vie. Son corps fut transporté à Nauvoo, où la nouvelle de ce drame l'avait déjà précédé. Il est impossible de se faire une idée du deuil, du poignant désespoir que produisit la fin tragique du prophète parmi les douze ou quinze mille sectaires qui Je vénéraient là comme un dieu. Lorsque son corps, couvert de sang, entra dans la ville, les habitants coururent en foule à sa rencontre, pleurant à chaudes larmes leur prophète bien-aimé.

Les restes mortels de Jos^h furent portés à sa résidence , où tous ses fidèles adeptes purent contempler une dernière fois les traits du fondateur de leur culte : pas un, excepté les mala-

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des, ne manqua de rendre cet hommage public à la mémoire du prophète. Le corps du malheureux Hyrum fut réuni à celui de son chef. Les restes des deux victimes furent déposés dans un lieu ignoré des profanes. Parmi les chants religieux des Mormons j il en est qui sont destinés à perpétuer les douloureux souvenirs de ces martyrs, et les placent, tout resplendissants de gloire, dans le séjour des élus.

Si la secte des Mormons est toute-puissante aujourd'hui dans la région de Touest de T Amérique du Nord, elle doit ce triomphe à Passassinat de son prophète. Joseph Smith avait sans doute les qualités requises pour bien commencer une si difficile et périlleuse entreprise ; mais il lui manquait les capacités et les vertus nécessaires pour fonder son culte d'une manière durable. C'était à force d'audace^ d'astuce, de magnifiques promesses , que cet homme obscur avait réussi à tromper la crédulité publique; mais, pour un grand nombre de ses dupés, le moment de la réalisation de ce superbe programme était arrivé.

Plusieurs fois déjà la parole du prophète avait été démentie par les événements. La belle et délicieuse Sion, qui devait à jamais faire la gloire

tel le bonheur des fidèles , leur a été ravie par les Gentils. Dans sa lutte avec les Missouriens, Jo- 8feph avait prédit la victoiHB à ses adepteS) et ils fUrisnt vaincus et chassés du pays coliime' des bétes sauvages. Le conflit qu'il avait provoqué à ffftUVôD^ par sa conduite tyranniqUe et immorale parmi les siens et les Gentils, lui eût infailliblement attiré une défaite de plus , et peut-être la destruction totale de sa secte , si la balle d'tm meurtrier n'eût mis fin à seé jours. C'est à cette fin violente que le prophète doit le siicces de son œuvre. Sa mort ft iUflernil la fol des tlèdes, eitdflpél^é le eète des dévoués ^ et t^mé la haine &&è apostats et des Gentils. Le titre de grand taârtyr du xix* riècle a effacé toutes les iniquités du prophète.

Il y avait y au moment de sa mort , quatorze mis et trbls mois qu'il avait cdmihencé Isa carrière pmphétique ôvtee six prosélytes ^ et il a lai0ii pluft dé dent cinquante mille adeptes pour pleuï^r sa mémiolre et observer scrupuleusement 1^ jpréceptes dé sa religion. Pour les Mormone , Joseph est le plus pur, le plus Intelligent, le plus sage dès hdmmes ^ en dépit des nombreux et honoràMfes témoin» qui ont déolûré en justto^, sous la fol du serlneut, qu'Us l'avaient toujours

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connu comme uii vagabond sans principes, ne vivant que de rapines , de vols, el qiie ce n* était que pour mieux assouvir ses pernicieuses passions, se vautrer dans la débaiichç, qu'il avait fondé son culte.

Nous sommes loin de vouloir récuser ces dépositions; car, nous l'avons déjà dit, si Joseph a osé tenter une pareille tâche et a réussi , c'est parce qu'il avait précisément tous les vices qu'on lui prête unis à une volonté de fer et à une infatigable persévérance. Une fois qu'il eut établi ses doctrines, il les soutint avec tant d'audace, qu^il réussit d'abord à porter le doute chez ceux qui Técoutaienl, et bientôt ce doute finît par faire place à la conviction. Le plus difficile de cette entreprisé était dé faire lés cent jpremiers prosélytes et d*attirejr à soi, dès le début de l'entreprise, des hommes comme Rîgdoii et Pratt, et savoir utiliser leurs talents aViec tant de sagacité. C^est l'éloquent ftigdon qui a complètement organisé l'Eglise dé Joseph ; car , avant la conversion de cet apôtre , là plus gratide confusion régnait dans le nouveau dogme. Mais il fallait l'esprit à la fois souple et rigide du prophète pour pouvoir contrôler le génie versatile de Rigdon.

Une fois tombés dans le piège de Joseph, les prosélytes ne pouvaient plus s'en échapper, soit qu'ils y fussent retenus par la honte que leur causait leur chute , soit que la foi eût sérieusement captivé leurs convictions religieuses ; d'une manière comme de l'autre, le converti n'en appartenait pas moins à Joseph , et lui obéissait en esclave soumis et dévoué.

On ferait un volume avec les anecdotes que racontent aujourd'hui les sectaires sur leur cher prophète. Ces histoires , revues, augmentées, et surtout embellies , font les délices des enfants et des nouveaux adeptes. Il faut voir avec quel orgueil un vieux et fidèle Mormon raconte comment le prophète arrachait le masque d'un hypocrite, comment il recevait un nouveau prosélyte conquis sur un culte rival , comment il provo- (luait dans la rue un terrible lutteur et le roulait dans la poussière pour lui bien prouver que la force athlétique du prophète n*était pas exagérée, et conmient^ enfin, il démontrait à tous ses sectaires que sa religion enfantait le bonheur et la joie chez ceux qui l'observaient scrupuleusement. Joseph se plaisait, disait-on, à éprouver la foi de ses plus riches prosélytes d'une rigide manière. Il les dépouillait d'abord au profit du tem-

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pie et les abandonnait ensuite aux seules ressources de leur l£d)eur.

Si le converti combattait courageusement sa pauvreté par le travail, le prophète le faisait appeler après une longue et pénible épreuve pour lui donner une position digne de son courage et de son mérite. Mais s'il arrivait que la misère chassât ce converti des rangs des sectaires, le prophète se gardait J)ien de lui restituer la fortune dont il l'avait dépouillé.

Ces épreuves, comme on le voit, tournaient toutes au profit du culte, sinon de la secte; aussi le chef prenait-il plaisir à les multiplier autant que possible.

La part active que prenait le prophète dans les affaires politiques de la République ne permet pas de douter de l'espoir qu'avait cet homme audacieux d'arriver un jour, à l'aide de son culte , à la tête du gouvernement de cette puissante confédération. Son ambition ne se contentait pas du pouvoir spirituel, il lui fallait encore le temporel. Il ne fût jamais parvenu sans doute à se faire élire président de la République ; mats il eût pu se faire l'arbitre des élections présidentielles en ordonnant à ses adeptes de voter en masse pour l'un des candidats rivaux.

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On conçoit qu'un pareil contrôle ^ur les destinées politiques du pays eût presque été pour le prophète la possession réelle de la suprême magistrature de l'Etat fédéral. Il est probable que c'était dans le but d'obtenii* cette formidable prépondérance que Joseph établissait des succursales de Sion sur tous les poipts de TUnion.

La iport du prophète est arrivée à temps.

Déjà plusieurs de Ses apôtres, jaloux de la divine puissance qu'il s'attribuait, commençaient à la vouloir partager en donnant des révélations provenant de leur propre fabrique individuelle. Rigdon prétendait être en communication directe avec les anges et le monde invisible du Créateur. Certains évêques cherchaient à s'émanciper de la même manière. Un nommé Strong se disait revêtu du titre sacré du roi des saints et rempli de TEsprit divin.

Ceux qui s'étaient laissé séduire par les belles promesses de Joseph devenaient plus jmpatients chaque jour de goûter le bonheur céleste qu'ils attendaient en vain depuis leur conversion au mormonisme. Des pongcienpes scrupuleuses se scandalisaient dç la polygapiie qu'on admettait dans le dogme comme chose agréable à Dieu.

La mort du prophète a seule étouffé tous ces

germes de discorde. La masse de ses adeptes, en se voyant privée de la puissante égide de son chef, a senti le besoin de se rapprocher. En présence des nouveaux dangers qui menaçaient la secte entière, ceux qui aspiraient à des faveurs miraculeuses soiit dey^nns moins exigeants envers leurs doctrines religieuses. Se sentant incapables de résister à la haine des Gentils, les Saints se préparèrent, malgré Ig^vepgeance qui les animait , à obéir à la force des choses pour sauver le plus possible de ce second naufrage. On se rappelait, en frissonnant d'horreur, la fuite désastreuse du Missouri; il fallait écarter une pareille calamité en évitant d'exaspérer les habitants du pays par une résistance inutile. Mais pour maintenir et resserrer encore Thomogéûéité de gentiment fraternel que le malheur a' fait naître parmi les sectaires, ils comprennent qu'un chef leur est indispensable. Le chapitre suivant apprendra au lecteur comment et sur qui ce choix important tomba parmi ceux (jui aspiraient au dangereux honneur de succéder ati fondateur du nouveau culte.

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