CHAPITRE Vm
L'éleclioii da saccessear do prophète.
Lorsque les restes du prophète et ceux du patriarche Hyrum eurent reçu les derniers honneurs de la sépulture, les sectaires songèrent moins d -abord à combler le yide immense que la mort venait de faire dans leurs rangs , qu^à venger les deux martyrs qu^ils pleuraient. Les plus exaspérés voulaient que la secte prit les armes en masse et fît une guerre d'extermination aux Gentils ; mais les plus sages, bien qu'animés aussi d'un grand désir de vengeance envers les ennemis de leur culte , voyaient l'impossibilité matérielle de lutter avec chance de succès contre des adversaires si nombreux et si déterminés à extir-
per complètement la nouvelle secte du sol de l'Union. Conséquemment, ceux (jui ne se laissèrent pas égarer par le ressentiment, faisaient tous leurs efforts pour calmer les téméraires qui marchaient , ou plutôt voulaient marcher tête baissée dans le chemin du danger, et causer la ruine irréparable et définitive de l'œuvre que le prophète avait accomplie avec tant de soins, d'audaCe , de ruse et de difficultés.
Nauvoo offrait alors Taspect d'une ville en proie à toute la fureur de la guerre civile. Les tambours battaient la générale ; à chaque coin de rue, des clubs s'étaient formés en permanence, dans lesquels on prêchait la guerre sainte à la manière des Arabes. Le volcan fanatique faisait jaillir de toutes parts sa lave dévorante ; rien ne semblait pouvoir Féteindre que des flots de sang humain. Cependant, les plus influents sectaires parvinrent à faire différer lin peu le commencemeat des hostilités, en faisant observer que les armes avaient été reprises par l'État, et que c'était aller follement se faire tuer par l'ennemi que de le vouloir attaquer sans armes; que, d'ailleurs, le ciel ne manquerait pas de se charger plus tard de venger les Saints de tant d'injustice et de crimes commis par les Gentils.
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A mesure que la raison revenait pFQ^dre son empire sur les esprits exaspérés, la passion s'en éloignait; et, au lieu d'aller se faire tuer jusqu'au dernier par laurs antagonistes, les sectaires songèrent enfin à i^éparer la cruelle perte du prophète en lui donnant un digue successeur.
Tpu^ les fidèles pensaient qu'on procéderait à cette importante mesura par voie d'éjection ; et malgré les dangers qu^offp^U c^ posta éminent, les candidats se présentaient en foule pour solliciter les suffrages, se croyant tous plus dignes les uns que les autres de les mériter. Le fameux Rigdgn réclamait la préfér^uoe des sectaires, nou-seulemeut pour les immenses services qu'il avait rendus depuis la formation de la secte ; mais eneora par le rang élevé qu'il ppcupait; car il n'avait, en effet, que le prophète pour supérieur d'après la hiérarchie ét^blio dans l'Église mormone. Si ces ilorieux titres ne suffisaient pas, disait-il, pour justiper ses prétentions. Dieu en avî^it mis d'autres à sa disposition, en lui accordant , comme au prophète , le don de révéler les vérités du ciel aux Saints des derniers jours. Et à l'appui de ces paroles^ Rigdon publia une révélation qui lui ordonnait de se rendre auprès de
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I^ rpine Victorist pour la èowertir ai; mormonisme, pu pour la renverser de son trône sj| elle rejetait le nouveau culte.
J. Strong établissait ses droits électifs 4'une manière non moins péremptoire que Rigdon. 11 montrait d^s lettres que le prophète lui avait écritq§;r p^ lesquelles ce dernier le désignait à l'avance CQuame gQ|i sucpes^eur, en c^s d'éyénement§ imprévu^ doiiit 1^ conséquences pourraient priver la ^pte dQ s(^ c^^f •
La signature du grand martyr de la nouvelle • foi dpQqait aux lettres ^e J« Strong un caractère S^ré ^m^ yeu^ des spptaires, et lui eut sans doute valu 1^§ h^ute§ foncjjong qu'il sollicitait du suffrage d<?^ ^§ptesi, ^'m eussqpt tous eu le d^oit de prendre part à, cette iippprtante élection.
Daps la lu^r^rchie de r^glise ^e trouvait un CQUseil compQsé as f^uze meml^rep. Ce copseil avait peul Je po^ypir 4'éjire le chef destiné à remptecef h prophète aprèp sa luprt. I^es sectaires ignoraient que le conseil des Dpu?^, cpmme PP le désignait 6puiu}uuéïnent, fût revêtu d'une si fprpiidaWe autprité, Um les membres ayant donné 4pg Pfeuyes iuepute^t^ble^ du droit qu'ils aV^ieut 4e procéder seuls k Télection du nouveau chef, en produisant le dernier te^ta-
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ment que le prophète ayait déposé entre leurs mains dans une réunion secrète convoquée par lui à cet e£Pet, chacun se soumit à cet arrêt suprême. Les deux fameux candidats cités plus haut l'acceptèrent même sans trop murmurer, car ils croyaient leurs titres à la candidature trop bien fondés pour ne pas se bercer du doux espoir de voir leur nom respectif sortir de l'urne des Douze. Le résultat vint bientôt leur apprendre qu'ils se nourrissaient d'une trompeuse illusion.
En effet, parmi les apôtres du prophète, il s'en trouvait un qui semblait n'avoir d'autre ambition que celle de contribuer le plus possible au triomphe de la nouvelle Église. Loin de faire la moindre tentative pour s'attirer le choix de l'aréopage, il s'effaçait ou feignait de s'efforcer, plus que jamais, de se tenir à l'écart pour laisser le chemin libre aux nombreux concurrents. Ce modeste apôtre était précisément l'homme sur lequel le président du collège des Douze avait d'abord jeté les yeux pour l'élever au poste éminent brigué par Rigdon et Strong surtout, avec un zèle aussi impérieux qu'empressé.
Ce chef intelligent Au collège fit si bien ressortir et envisager les précieuses qualités persoq-
nelles de son protégé, que tous les membres du conseil des Douze comprirent parfaitement qu'on ne pouvait donner à Joseph un plus digne suc^ cesseur que l'apôtre Brigham-Young , considéré généralement par les plus sages sectaires comme le saint Pierre du mormonisme*
Une chose digne de remarque, c'est que Brigham-Young, dans les rapports ordinaires du monde, avait un air de modestie, de timidité qui ne permettait pas à l'œil le plus pénétrant de découvrir en cet homme sans prétention un des plus formidables défenseurs et propagateurs du nouveau culte. Mais si dans la conversation on Tattirait sur son propre terrain, ou lorsqu'il était dans la chaire apostolique, son esprit s'animait aussitôt du feu de l'inspiration, et de ses lèvres s'échappaient des flots d'éloquence. Brighaih- Young ne captivait pas seulement son auditoire par l'effet de son élocution, mais encore par la hardiesse de ses pensées. Il savait si habilement enchaîner toutes les parties de son discours, contrôlait si bien ses inflexions et ses sentiments, qu'il ne manquait jamais de provoquer Tadmiration des fidèles en leur faisant partager ses propres émotions. Ce talent remarquable lui a valu une glorieuse épithète, par laquelle les
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Saipts des derniers jours le désignent encore aq- Jourd'^ui conununément : celle de Lion du Sleigneur.
Touteç ces précieuses qualités de l'élu du collège des ï)ouze suffisaient bieu pour justifieip la préférence de son choix, ]\|ais lci résulfeit de cette iîpportante élection n'en fut pas moins considéré par tous les candidats vaincus comme un acte d'una révpllante partialité. Parmi un si grand nombre de sectaires, ij y en avait qui partageaient cette injuste opiniou, et les candidats rejetés s'empressèrent de proQter des hostiles disposition^ de leurs partisaus pour se venger de leur défaite respective^ eu portant la désunion dan^ les rang^ de la secte. Le fougueux Rigdon se retira dans lai Pepgylvanie avec tous les adeptes qu'il put entraîner. Mais , en dépit de son talent , de son incessante ?içtiyité et de son indoipptable ^ijergie, il ent le chagrin d'échouer dans l'entreprise qui ^v^it provoqué sa défection : soi^ p^tit troupeau l'abandonna pour Jamais,
À Texepfiple de Rigdon, Strong, suivi de ses partisans, se retira dans FÉtat de Wisconsin^ où il fopd^ une ville avec assez de succès. Plus tard, sans que |ious en puissions donner le mqtif ^ il
abandonna cette localité pour aller se fixer dans Beaver-Island , située sur le lac de Michigan. En prenant possession de cette nouvelle résidenôe, cet ex-apôtre de Joseph s'octroya le titre pompeux de Roi des Saints, qu'il porte encore aujourd'hui (1853), dans la petite fle composant son royaume. Tant que sa royauté n'existera que dans la sphère spirituelle , le gouvernement de l'Union laissera cet obscur ambitieux se parer de tous les titres dont sa sotte vanité voudra bien se revêtir. Son schisme n'en est pas moins destiné à s'évanouir comme celui de Rigdon ; car il s'en faut que ses adeptes vivent en bonne intelligence.
William Smith , frère du prophète , vengea w. défaite de la même manière, ainsi que \b fameux Lyman White, qui alla ^e réfugier au Tei^^s avec une faible fraction de sectaires. Tous ces apôtres déserteurs et rebelles et leiirs partisans furent excommi>niés par le§ Saints qui se placèrent S0U3 la puissante égid^ de Brigham- . Youijg, avec autant de docilité, 4^ rèle et de confiance qu'ils en avaient ei; jadi§ ^oijs celle du grand prophète martyr.