‹ Les MormonsChapitre 19 sur 25 · CHAPITRE Xf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xf

Description do pays des Mormons.

Le pays occupé par la secte maïque à peu près le milieu de Timmense région qui se déroule à l'ouest entre le Mississipi et l'océan Pacifique. 11 forme une vallée isolée et entourée de contrées presque inhabitables. Au nord et au sud, on rencontre une immense étendue de terre inhospitalière; et à l'est, on voit, dans un espace de plus de trois cents lieues, les montagnes Rocheuses dont l'aridité défie Tindustrie de rhomme ; puis, à l'ouest, se trouve un désert salé d'une égale étendue, entrecoupé de chaînes de montagnes stériles.

Ainsi encadrée , cette vallée fertile se montre

comme un diamant qui trône au sein même de la matière brute et aride de l'épuisement de laquelle il s'est formé.

Proprement parlant, le pays des Mormons se compose de ce qu'on nomme le Grand-Bassin, Il est cerné par les ihontagnes Rocheuses, qui forment plusieurs chaînes presque parallèles se dirigeant successivement du nord au sud. Ce bassin, dans l'immense espace qu'il occupe, contient plusieurs vallées. Celle où la ville métropole est située mesure une longueur d'environ trente-deux milles sur vingt-d^x de large. On y pénètre par des gorges plus ou moins étroites et profondes, formées par de soudaines interruptions des chaînes de montagnes qui là dissimulent. C'est par ces brèches naturelleè que ces vallées se lient les unes aux autres, et que des séries de petites vallées parviennent à en former une grande. C'est à l'aide aussi de ces nombreuses gorges, ou passes, qu'on peut circuler dans cette vaste et montagneuse région de l'extrême ouest de l'Union américaine.

Dans la grande chaîne de Test se trouve utie passe de plus de trente-eitiq lieues de large, désignée sous le nom de Passe du Sud. Après avoir franchi cette passe, si vous vous dirigez à

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lt)tiest, vous entrez dans tiii grand bassin hoùîller arrosé par la Green River. tJhe passe plus étroite existe près de Bear Hiver, et non loin de là, on rencontre la gorge de Weber River, conduisant à la délicieuse prairie dé Kanas, qui s'étend jusqu'à la rivière Tîihpanogas, dont le cours vous conduit dans la vallée d'Utah.

Ici le Voyagerur se voit eil présence de deux routes, Tune appuyant aU iiord, et Tautre vers le sud. La première est préférée en été, bien que là passe de la Sierra Nevada offre de grands obstacles à Surmonter. La dernière traverse le Grand- Bassin et double les montagnes jusqu'à la vallée de Tulare. Toutes les probabilités donnent lieu de ctoire que là route ferrée destinée à lier directement l'est à l'ouest des États-Ùtiié, passera par là ; cal: la nature indique seule cet itinéraire par la fertilité du sol et le ^oin qu^elle a pris à diminuée leS difficultés que peut y rencontrer l'exécution d'une si gigantesque entrer prise.

Le Grarid'Èassin se trouvé situé à plus de quatre tnillé pieds aii-dessUs du niveau du Pacifique. Les diverses chaîne^ de itiontagnes qui iè coupent ont une élévatioii (|u{ varie de deux a trois mille pieds. Ces montagnes iie reçoivent

pas assez de neige dans la saison d* hiver pour que leurs sommets y puissent alimenter des rivières capables de fertiliser l'intérieur de ce bassin en le parcourant. Faute de pluie dans la saison d'été et de cours d'eau pour y pratiquer des irrigations, la majeure partie de cet immense bassin est condamnée à rester improductive par son aridité naturelle. Le sol s'y trouve par place si imprégné d'alcali, que le règne végétal n'y peut prendre racine.

Ce bassin intérieur peut avoir une étendue de cinq cents milles en tous sens (environ cent soixante-quinze lieues), et c'est la partie est que les Mormons occupent en ce moment. C'est de ce côté que se trouvent les plus hautes montagnes; les rivières qu'elles enfantent causent seules la fertilité des séries de vallées dont nous venons de pai4er.

Le Jordan, un des principaux fleuves de ce pays, se précipite à sa source du haut d'une montagne à travers une gorge profonde, et chemine en serpentant jusqu'au grand lac qui se trouve au-dessous. Ce fleuve permet de fertiliser par irrigation une très-grande étendue de la vallée, et offre en même temps une force motrice capable de faire fonctionner de nombreuses ma-

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chines industrielles. En hiver, les neiges s'acciimiilent dans ces parages en quantités si prodigieuses, que les gorges des montagnes deviennent inaccessibles ; cet obstacle fait que les habitants des vallées s'y trouvent emprisonnés jusqu'à l'arrivée de la. belle saison.

La nature de ce pays amènera la population à former deux classes distinctes, l'une pastorale et l'autre agricole. La première exploitera les avantages qu'on peut tirer des pâturages naturels qu'offrent les versants des collines et des montagnes ; la dernière puisera sa prospérité du sein de la terre cultivable. L'une et l'autre de ces deux classes n'en contribueront pas moins à la prospérité générale. Lorsque le sol est susceptible d'être cultivé, sa fertilité devient miraculeuse. Il est très-ordinaire d'obtenir soixantedix boisseaux de froment d'un arpent de terre. Un témoin oculaire rapporte qu'un boisseau de semence de froment a donné plus de cent quatre-vingt-cinq fois cette mesure. Les pommes de terre n'y sont pas moins productives, puisque le même témoin raconte y avoir vu un boisseau de ces tubercules en produire trois cents boisseaux d'une qualité sans rivale. La betterave y vient aussi d'une grosseur gigantesque, et propre,

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mieux que partout ailleurs, à remplacer la canne à i5UCt*e, rôle que les Saints lui font déjà remplir d'une manière fort productive.

On (estime que là terre labourable, combinée avec les pâturages naturels, pourrait alimenter environ douze mille personnes par lieue carrée. Il n'est guère probable qu'on verra jamais une telle agglomération d'habitants dans cette contrée ; mais il est reconnu aujourd'hui que le territoire d'Utah peut facilement offrir l'abondance a une population d'un million d'âmes, qu'il ne peut manquer de posséder dans moins de vingt ans d'ici. Du resté, toutes les richesses nécessaires au bonheur et à la puissance d'un peuple civilisé y existent en grande abondance. De toutes parts on y trouve des mines de fer et de houille inépuisable^. La canne à sucre et l'arbuste à coton y peuvent être cultivés aussi profitablëment qu'eii aucun pays du monde. Il n'est donc guère possible dô voir réunis de si grands et précieux aliments de prospérité générale poiuformer une puissante et heureuse nation montagnarde. Par sa positionr exceptionnelle et intermédiaire entre les deux océans, cette nation est destinée à jouer im rôle très-important dans la tâche incalculable que la confédération amérî-

cainë accomplira sur le glol)è entier au iiom dii progrès régénérateur de rhumanité.

Au centre du territoire d'Utah se trôùveri!

trois lacs salés très-remarquàbles sôus plusieurs rapports, Le plus vaste est encadré par de charmants paysages auxquels se rattachent des lé* gendeà imaginées par l^esprit romanesque des premiers explorateurs. L'eau de ce^ lacs est tellemeiii saturée de sel qu'une personne flotté dessus comme du liégé ; oii s'y tient dehoiit en dépit des efforts qu^ôri fait pour y jpénétrèr entièrement : la moitié dii corps reste à la surface, comme si la partie inférîetiré touctiàit le fona. En été, les bords de ces lacs sont jonchés dé squelettes et de larves d*insectes auxquels se mêlent dés débris de poissons qui ont eu la teiftérité de trop s'éloigner de l'embouchure de là rivière. Ces détritus seraient propres à servir d^engràis pour le sol, et ne manqueront pas d'être ainsi utilisés dès que la fertilité réclamera cet auxiliaire. Ces matières corrompues forment des boues considérables, d*où s'éxhafent dés gazs sulfureux d*une odeur fétide , mais qui, heureusement, n'ont aucune mauvaise influence sur la santé des habitants. Des ouragans rejettent quelquefois ces détritus sur le haut du ri-

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Tage, où ils se pétriRent en morceaux plus ou moins considérables sur lesquels les chevaux peuvent cheininer sans les briser.

Les eaux de ces lacs sont déjà exploitées trèsavantageusement. Leur richesse saline est peu commune, car trois mesures de ces eaux produisent, dit-on, les deux tiers d'un sel dont la blancheur ^ale la qualité. Cette proportion extraordinaire de matière saline a déterminé les Mormons à nommer cette nappe d'eau, dont rétendue n'a pas moins de trente lieues, la Great-Brim-Shallow, épithète qu'on ne peut guère rendre en français que par grand lac salé.

Cette contrée possède aussi plusieurs îles délicieuses, dont deux ont une étendue considérable et sont coupées de chaînes de montagnes d'une élévation dépassant deux mille pieds. Du sommet de ces montagnes, on jouit d'un coup d'oeil que la plume et le pinceau ne peuvent reproduire qu'imparfaitement. La solitude qui règne dans ces lieux isolés et déserts ajoute encore à l'aspect ravissant de l'immense panorama qui s'y déroule si majestueusement dans toutes les directions. Par la conformation de ces îles et les montagnes qui les encadrent, on pourrait sup-

poser qu'une mer intérieure y a existé, of qu'elle ne s'est retirée qu'à la suite de quelque grande commotion du globe.

Ces montagnes forment à leurs versants une série de terrasses de dimensions diverses. Il y en a trois principales formant trois gradins d'une élévation de plus de cinquante pieds chacun, offrant par leur ensemble un point de vue admirable. Ce tableau révèle à l'homme le moins observateur combien les œuvres de la nature sont supérieures à celles que l'art lui oppose.

A la base des collines qui contournent le grand lac se trouvent de nombreuses fontaines d'eau thermale, formant par leurs jonctions de petits lacs ou des étangs. En hiver, ces eaux deviennent le rendez-vous d'une innombrable multitude d'oiseaux sauvages aquatiques, se nourrissant de larves d'insectes qui s'y trouvent toujours agglomérées en immense quantité. Des chaleurs souterraines y chauffent tellement la surface du sol, que la neige ne peut stationner dans le voisinage de ce groupe de petits lacs. La température des eaux de ces fontaines varie plus ou moins de l'une à l'autre. Il en est dont la chaleur est si forte qu'on n'y peut tenir la main un moment sans faire un effort sur soi-même. La

plupart de ces fontaines se compose d*eau salée; une seule est sulfureuse, et quelques-unes possèdent une eau potable délicieuse. A une petite demi-lieue de la ville métropole se trouvent deux fontaines thermales sulfureuses^ et une dont les eaux sont également chaudes, mais sans mélange minéral. Ces fontaines, situées aiiisi à la proximité d'une vîile destinée à recevoir une grande population, sont d*un prix inappréciable pour tous les habitants ; car non-seulement elles deviennent une source féconde de propreté générale par les soins de Tadministration, mais on peut obtenir de précieux résultats en opposant ces eaux à maintes maladies graves provenant de Tinfluence du climat. Les bains qu'on prend dans le grand lac salé se révèlent par une vigueur physique îjui rend la santé et la jeunesse aux personnes les jplus débiles; mais en sortant de ce bain fortifiant, il est indispensable de se plonger dans l'eau douce pour enlever là croûte de sel blanc qui s'est formée sur tout le corps du baigneur, et lui donne l'aspect d'une statue de marbre vivante.

Le gibier sauvage abonde dans cette vaste contrée. Le djim, la gazelle et l'esjpèce volatile s*y tiouvent avec profusion. Mais le chasseur qui

aime les vives émotions, les dangers cl^ùne lutte inégale, s*adressè à Tours, à la panthère et autres ahitnaut de proie plus ou moins dignes de sa préférence. Le pêcheur peut également exer* cer son adresse sâiis abuser de sa patience à attendre les victimes (|u'il veut faire îivec la ligne ou le filet ; car il n'a guère à se plaindre que de l'etnbarbas du choix dans cette profitable récréation. On ne peut nier que les sectaires , après de si rudes épreuves, ne soient à même aujourd'hui de jouir d'une heureuse existence dans ces régions désertes. Ils goùtetit là en paix toutes les jouissances réelles de la vie. Le sol leur paye leur labeur agricole avec jprodigalité , et la nature a pris soin d^orner le pays de tableaux qui , par leur aspect enchanteur, défient tous ceux que le génie htithâin a copiés avec plus ou moins de perfection pour les agglomérer dahs des musées, qui sont bien mesquins et insignifiants, quand on les compare a ce musée sublime qu'on nomme Univers.

Chaque année, dans la saison d'été, les Indiens incendient certaines parties de la contrée peut rôtir les grillons qui s'y trouvent accumulés en abondance , et dont ils se nourrissent pendant l'hivéi:. Ces confIag]:aiions offî*ent un ma-

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gnifique spectacle à contempler au sein des ténèbres de la nuit, mais il suffit pour s'en affliger de se rappeler un moment les ravages que font ces colonnes de flammes , en détruisant ainsi, chaque année la richesse végétale.

Les Mormons font leur possible pour mettre, un terme à cette destructive manière de re-^ cueillir les grillons. Pour atteindre ce but , ils ont déjà converti en forêts une partie des prairies naturelles qui alimentent cette torche incen- . diaire. Ces forêts auront un jour une grande valeur pour la rareté qui règne dans le pays de cette richesse végétale.

L'air est si pur, si léger dans ces contrées, que c'est une douce jouissance que d'y respirer. La vue y trouve également une puissance inconnue ailleurs ; elle pénètre dans l'espace à une distance presque incroyable pour les étrangers (jui en font l'expérience la première fois. L'œil nu y discerne jusque sous l'horizon des objets peu volumineux.

On prétend qu'un homme y peut être aperçu à vingt ou trente lieues de distance ; mais c'est une merveilleuse exagération enfantée par quelque esprit enthousiaste.

En hiver, par un froid sec et lorsque la terre

se dissimule sous un tapis de neige, on y peut voir de très-loin un objet de couleur sombre ; mais en été l'atmosphère y est saturée d'insectes qui lui donnent une teinte bleuâtre, et rendent l'usage du télescope' très-difficile pour ceux qui se livrent à des observations astronomiques. Dans les plaines arides, on observe des efiTets de mirage fort curieux. Les objets les plus fantasti- ([ues viennent tour à totir frapper vos regards et provoquer votre admiration. Tantôt c'est un jardin délicieux, un splendide palais, un lac d'eau limpide qui s'offrent et cherchent à vous égarer en subjuguant votre attention. Le bâton même que vous tenez à la main se permet de trahir vos sens et votre imagination en prenant la forme d'un géant a une grande distance. Un homme seul se voit souvent multiplier à l'infini, marchant en colonne serrée, avec la précision d'un corps d'armée monœuvrant sur un champ de l^ataille. De même, il arrive que quelques cavaliers forment plusieurs régiments exécutant diverses évolutions militaires. Tous c^s tableaux enchanteurs s'éloignent de vous à mesure que vous croyez en approcher; et pour compléter votre désappointement, ils finissent par s'évanouir à vos yeux en se dérobant sous les vpûtes

lèi LES MORMONS.

de l'horizon. De toutes céà iiaerTeiUeà fantastiques y il ne vous reste qu^une lassitude qui ne TOUS permet plus de continuer totfe i'bUte sans prendre du repos.

De tels phénomènes rie sont ]pas saris exercer un certairi degré d'influencé sur resj)rit des guides que prennent les étrangers pour parcourir ce pays. Aussi ne faut-il ajouter une confiance aveugle aux description^ que tés cicérones peuvent voUs donner de ées sauva^éà rêgiorià.

CHAt>tTRÉ Xil.

Dogme des Mormoat.

Les doctriilfes religieuses des Mormons ont été plus ou tnoitis modifiées depuis la fohdation du culte. U est mêrne établi en principe qu'elles subiront des changements à mesure que la secte prendra de Timportànce numérique. Son origine est troj) récente, prêle trop à la critique , conséquemment, poUr que le chef su)prème n'eut psis prévu la nécessité de faire des concessions sur le dogme primitif.

Nous, devons nous borner à exposer ces doctrines telles qu'elles sont admises et pratiquées aujourd'hui par les sectaires orthodoxes.

Les Mormons ont la prétention d'être un peu-

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pie d'élus , placés ici-bas dans une sphère spirituelle particulière , ne devant tenir aucun compte des lois humaines ni des richesses superflues du monde. Ces prétentions, ayant souvent été mal interprétées par les adeptes et les Gentils, ont grandement contribué à faire naître la haine qui les porta à commettre les uns envers les autres des actes de barbarie.

D'après leurs doctrines, les Mormons prétendent que leur Église est la seule véritable Église de Dieu et de son Fils unique. Ils attendent et comptent obtenir l'intervention du roi des rois qui , agissant sous l'influence du Saint-Esprit , prêchera la vérité sur la terre. Tous ceux qui seront préparés et destinés à écouter cette voixdivine se réuniront ensemble ; et dès lors toutes les sectes chrétiennes seront absorbées par celle qui sera la plus nombreuse et la plus concentrée.

A la suite de ces innombrables conversions, il n'y aura plus^que deux cultes antagonistes sur la terre. Les adeptes de l'un auront le pape à leur tête, et ceux de l'autre seront guidés par un des successeurs de Joseph. Les premiers marcheront sous la bannière de Rome, et les seconds se placeront sous le drapeau de lotîtes les nations, auquel se joindront la cuirasse sacrée

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et Tépée d'or de Laban, remises au prophète par Fange qui lui révéla la mission dont il s'est acquitté au prix de ses jours. Puis aura lieu une grande et décisive bataille entre les deux sectes : bataille de Gog et Magog, mystiquement nommée par les Saints. Le ^eigneur prendra part à cette lutte terrible en combattant ses ennemis par le feu, la peste et la famine. Les Saints seront victorieux , et la terre entière leur appar- 1 tiendra. Alors le Tout-Puissant descendra de son trône céleste pour venir régner parmi les Mormons durant un laps de temps de mille années.

. Les Juifs préluderont à cette bataille régénératrice en érigeant un autre temple dans leur ancienne Jérusalem , où doit paraître leur Messie dans toute la majesté de son triomphe. Les enfants d'Israël se prosterneront aux pieds de leur Sauveur le cœur plein de repentir et d'humilité pour les péchés accomplis, et de joie et d'espérance pour l'avenir. Jérusalem reprendra dès lors sa splendeur passée. Les nouveaux Israélites d'Amérique auront leur quartier général dans le comté de Jackson, état du Missouri, où resplendira la nouvelle Jérusalem , la joie et la gloire du monde entier. C'est là que résidera ie pré-

1(16 LBS IfÛliVOli'S.

sident des Saints dans im palais dig^e de son rang sMprên^e et d^ la ville aaeréfii de 1^ s^cte.

J^ ievfaam^ \e «^ur spécial du Seigneur, la terre r^p^rçodFS^ la foriiie qu'elle avait ayant le déluge ; elle w W^ plus divisée ea lies et eonti- WxAsi isolés, Le globe fonoçra une surfaee unie compile 9 s^ création*. Les deux cités saerées, ç'^t-^rdire la poiivelle et TaDcienne Jirusalem , P seront s^pai^s qm PP* w immense espace joncha de yi|(as délicieuse^, et autres demeures plus ou moips r^yi^iutes où régneront la con* corde, le bonheur et Fabondance. Personne ne songer^ à troubler cette complète félicité fiaternelle , ni ne le pourrait (aire impunément. La npMvelle transformatiop que subira la terre est qUfJiUQée de Beufah ^ Marned par les Mormons* Nous ne pouvoirs dQimer la véritable significa^ liop de cette quaiUGç^tÎQft religieuse.

Entre les d^ux Jérusalem il y aura une voie de çopfuiiuïucation qv^ IqUqu n'aura jamais par« courue et qu§ Yçb\\ de Taigle n'aura jams^is aper^ ç\ie. Puis le tempk décpt par I^zéchiel sera érigé avec la plus stricte çi^actitudç , pour être des-* servi par leç deux ordfc^s du sacerdoce. Lès lévites rempliront comme jadis les fonetiona de

sacrificateurs, et celles (Je^. gr^pds prêtres s^Qpt confiées aux Melchisédech .

A la fin du règne naillénwe, ceu3^ qui i\\\j^t ront pas observé les préceptes du Seigneur &yec sincérité montreront alors pendant w court Içips de temps leur esprit rebelle, et forme^opt une légion dont Satan sera le capitaiqe; nis^is }^s élus auront le pouvoir et la force d^^xt^rminer ces mécréants jusqu'au dernier, lia terre, qui, par les Mormons, est considérée çpmndç ime créature vivante, sera de nouveau transformée en séjour céleste , et habitée ps^r \e$ Saiqts dç3 derniers jours , qui n'auront plus rien à ei^yier aux élus du cie}, ts^t leur b^i^abeur seracom* plet.

Voilà ^ommairemept la deçtipée que 1§3 Mormons attendent de leur culte. Mais leurs pirédi^ cateurs n'entrept jamais dai^s ces détails lorsqu'ils occupent la chaire. )ls se renferinei:|t da^s des doctrines qui forment la base des cultes chrétiens : la foi , le repentir, le baptêine et Jaréaur-! rection des morts. L'oflice diviq a lieu à deçf heures indiquées , comme c'est Tustige panifii lef autres religions. Le prêtre Je plus âgé çoniq[iepçe le service en invoquant la bénédiction dw ciel sur. la congrégation. Ensuite, PO çhaate 4pî

hymnes composées expressément pour le culte.

Le ministre fait à haute voix une prière qu'il improvise, puis on chante encore une hymne, et. le sermon succède à ce chant. Le sermon fini , il aiTive souvent que d''autres fidèles prennent aussitôt la parole pour adresser des exhortations que l'Esprit divin leur inspire. Puis un chef de la secte ordonne les travaux qui doivent être accomplis dans la semaine au profit de l'église , et communique tous les renseignements capables d'intéresser la congrégation. Là-dessus , le ministre donne la bénédiction, et les fidèles se retirent.

Au moment où la congrégation se rend au temple, il est d'usage de la gratifier, extérieurement, d'une excellente musique pour chasser la tristesse des cœurs affligés et les mieux préparer à se laisser toucher par la parole du ministre. * Cette musique joue des airs profanes et religieux ; alternativement elle passe d'une antienne à une marche militaire ou à une valse entraînante. Comme la secte est composée de toutes les nations du monde , on est souvent obligé de faire interpréter le sermon à ceux qui ne comprennent pas la langue anglaise , dans laquelle il est toujours prononcé. C'est surtout pour les

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Welsh , quoique venapt de la Grande-Bretagne même, que cette précaution a lieu fréquemment ; car ils sont très-nombreux parmi les adeptes de Joseph. Ces Welsh forment des chœurs pour chanter des hymnes dans leur patois sur des airs champêtres de leur pays; et de tous les sectaires étrangers , il n'en est peut-être pas de plus franchement voués au nouveau culte que ces insulaires, dont l'ignorance égale la foi.

Nous l'avons dit plus haut , le dogme des Mormons est mal déflni. 11 se compose de doctrines avouées et pratiquées ostensiblement et de croyances secrètes , mystérieuses. Aussi n'est-il pas rare de voir des prédicateurs de ce culte faire appel à l'autorité des chefs de l'Église pour qu'ils condamnent ou approuvent les principes douteux, mal définis et établis. En pareil cas, tout ce que le président avance est accepté comme vérité irrécusable. Il n'est pas extraordinaire de voir régner l'incertitude à l'égard d'un culte si nouveau , puisque le catholicisme , qui date de deux mille ans, n'est pas encore à l'abri de ces vicis-situdes.

Voici enfin la partie orthodoxe du dogme des Mormons , telle qu'elle est avouée et proclamée par les principaux organes du culte :

170 L«S MÛIUIO^'^.

Nous croyows en Pieu k Fère éternel , m Jfé^ su&-Gbri$t 9on fils, et au St^inWEsprit.

Nou3 croyoua que les hommes seront puQis pour Içurs péchés personnels et non pour \e^ tr^sgressiaus commises par Adam*

Nous croyons qu'en vertu de Teiipiation du Christ j Vbunwûté entière peut être sauvée m observant les préceptes de rÈv^ugUe»

Nous croyons que ces préceptes sont : 1^ la foi en Jésu^Christ; 2** le repentir; 3* le baptême par immersion pour la l'émission des féh cbés; i^ l'imposition des mains par la faveur du Saint-Esprit ; &^ la communion de la sainte tablç,

Nous croyons quç les homipes doivent étrf inspirés de Dieu et être consacrés par cem qui en ont le pouvoir divin , afin de prêcher digne^ ment rÉvangile et administrer les secours de la religion,

Nous cvoyons dans l'organisation primitive de rÉgUsç, à savoir : les apôtres , prophètes ^ pas^ leurs, instituteurs, évangélistes, etc.

Nous Qroyons dans la puissance de.rÉvangile et les dons sacrés qui s'y trouvent, c'est-^i-dir^ d^ns le don de la foi , du discernement de Tesprit, de prophétiser, de révéler, de pénétrer l'avenir à l'aide de visions, de guérir, de parler des

LÉS MÔHMONS. 174

langues inconnues ou de les comprendî'è , de pratiquer la sagesse, là charité, ramout fraternel, etc.

Nous croyons que la Bible est la parole de Dieu. Nous croyons aussi que le Livré de Mormon est la parole de Dieu, ainsi que tout autre bon livre.

Nous croyons dails tout ce Ktue Dieu a révélé et dans tout ce qu'il révèle maintenant, comme nous Croyons également qu'il révélera beaucoup plus de grandes et importantes choses touchant le ciel et l'arrivée du second Messie sur là terre.

Nous ct-oyons dans la future réunion des enfants d'Israël et dans la nouvelle formation des dix tribus, ainsi que dans la fondation de Sioû sur le continent de l'Amérique ; nous croyons que le Christ en personne régnera tiiille ans sur la terre , qui alors sera transformée en séjour céleste resplendissant de gloire et de félicité.

Nbus croyons littéralement dans la résurrection des morts, et qUe les personnes qui mourront pendant le régné du Christ ûe revivront qu'après l'expiration de Ce règne.

Nous nous octroyons te privilège d^adorér Dieu d'après l'approbation de notre conscience, agissant librement et accordant au resté de l'hu-

172 LES XORMONS.

inanité le privilège d'adorer le Tout-Puissant à sa manière et où bon lui semble.

Nous croyons qu'étant assujettis aux rois, reines, présidents, gouverneurs et magistrats, nous devons obéir aux lois et les faire respecter lorsqu'elles sont conformes à Téquité.

Nous considérons comme tin devoir sacré de pratiquer la vérité, la probité, la tempérance, la chasteté, la bienfaisance^ la justice, et reconnaissons que nous devons bien agir envers tout le monde. Nous pouvons même dire que nous observons Fadmonition de Paul, en croyant à toutes choses et espérant en toutes choses. Nous avons souifert beaucoup de choses et espérons pouvoir souffrir toutes choses. Nous recherchons tout ce qui mérite d'être aimé , tout ce qui est vertueux, digne d'éloge et estimable. C'est cela qui nous récompense de nos maux et cause nos plus douces jouissances intérieures. Mais les paresseux ne peuvent être chrétiens, ni espérer, conséqùemment, de salut éternel. Les oisifs de la ruche humaine doivent être mortellement piqués par les abeilles laborieuses et jetés hors de leur demeure comme une plante parasite et corruptrice.

Les Mormons possèdent déjà une assez longue

liste de livres sacrés , dai^s lesquels se trouvent établis et commentés les principes de leur religion.

Voici les titres de ces ouvrages : Book of Mormon (Livre de Mormon), Doctrines and Covenants (Doctrines et Conventions), Voice of rrtfrnzw^ (Voix qui prévient), T/ie Gospel reflection (le Reflet de TÉvangile), The Times and Seasons (le Temps et les Saisons), The Millenniai star (l'Etoile millénaire).

Viennent ensuite les divers écrits de Joseph, de Parley P. Pratt, et du président actuel, Brigham Young.

Ainsi qu'on peut le voir plus haut dans les doctrines fondamentales du culte. Le Livre de Mormon est le plus vénéré parmi les sectaires. C'est une œuvre sacrée qu'ils placent au-dessus de la Bible, bien qu'ils lui accordent aussi une source divine. Selon eux, la Bible a été défigurée et mal interprétée ou mal comprise par les traducteurs du texte original. Mais avant de nous appesantir sur ces détails, nous croyons nécessaire de parler des diverses étymologies qu'on donne au mot Mormon. Les sectaires prétendent que ce mot est tiré du dialecte gaélique et du îv ..Ionique , formant un nom composé dont la première syllabe

474 LES MOAMOHB.

mor signifie plm oa grand; la seconde, mvn, veut dire bon ; de sorte que ce mol signiflerail plus de bien, ou grand bien, ou meilleur, d'après Tinterprétation des chefe de la nouvelle Église. Mais les hellénistes disent à leur tour que ce mot est grec, et convenablement appliqué à la secte d'un imposteur audacieux ; que mormon, dans la langue d'Homère, Signifie fantôme, monstre hideux, ou imposture; et que le mot moroni, qui figure aussi dans ce livre avec majesté, veut dire idioi, ou idiote.

Ces deux définitions expriment, l*une la haute opinion que les adeptes de Joseph ont pour son culte, et l'autre manifeste le peu de respect que cette religion inspire à ceux qui la jugent avec plus ou moins de partialité.

11 n'en est pas moins vtai que les adeptes du prophète placent son Livre de Mormon ao-des^ sus de la Bible. Us disent que cette œuvre , qui forme la base de la religion dirétienne, a été tronquée, dénaturée dans le but de corrompre les sublimes doctrines de cette religion ; qu'il était réservé à Joseph de reproduire ces pages sacirées dans toute leur pureté et sublimité primitives. Gonséquemment, il paraîtra bientôt, s'il n'a déjà paru, une Bible revue et corrigée par le

LES MORUfONS. 175

pro|ihète d'aprèâ lô teXlè qiîe Dieu lui a transmis parînspiralion.

Dans le derniet* sermon prêché par Joseph à Nauvbb, et conservé comme un document sacré dans les archives, il dit : « J*en sais plus que ïe inonde ehtier, et le Sâînt-Esjprit , qui est en moi et auquel je suis uni, possède un plus vaste degré de compréhension que le reste du monde. «Plus loin, il ajoute : « Je comnienteraî la première proposition de la Bible , faisant l'histoire de là création du monde. Je dirai : le premier des dieux enfanta les autres dieux. Si vous en doutez, c'est que vous ne croyez pas dans là parole (le l'homme savant, de Dieu. »

Par cette proposition téméraire, Joseph change , ou plutôt établit une nouvelle hiérarchie dans le ciel. Craignant que ce langage métaphysique ne fût mal interprété par les adeptes, le prophète donna le sens de sa proposition en ces termes : Le Dieu suprême convoqua les autres dieux pour tenir un grand conseil. Les divins conseillers siégèrent dans le ciel , d'où ils contemplaient le inonde qui était alors créé. Cette explication contredît, en effet, la version de la Bible touchant la création, sinon de l'univers, mais de la terre du moins.

17G LES MORMQIÏS.

Les Mormons n'admettent pas aux Saintes Ecritures de sens caché , mystique , impénétrable pour Tesprit humain ; elles doivent signifier simplement et littéralement ce qu'on y lit; autrement, on aurait le droit de douter de l'équité, de la justice de celui qui en est la source et l'auteur. Dieu ne serait qu'un hypocrite si ses paroles avaient un double sens.

Les Mormons offrent leurs livres sacrés tels qu'ils sont, et pour ce qu'ils expriment littéralement. Lisez et jugez par vous-mêmes, et pour vous-mêmes , disent-ils , et que ceux qui ont foi en nos doctrines se joignent à nous pour les pratiquer fraternellement avec l'assentiment de leur conscience. Le culte de Joseph diffère donc des autres cultes chrétiens d'une manière bien évidente , surtout sur un point qui mérite d'être considéré comme un petit chef-d'œuvre d'habileié.

Le progrès est à l'ordre du jour dans notre siècle, s'est dit Joseph, je vais donc créer un culte progressif. A l'aide de révélations , les chefs de mon Lglise transformeront son dogme selon les besoins et les exigences de mes adeptes.

Qu'est-ce que le progrès? C'est le souffle de Dieu même. Tout ce qui reste immuable fait violence

aux lois divines. Uêtre qui cesse d'agir cesse d'exister; et s'il cesse de se perfectionner, il devient machine. Dieu ne finira donc jamais de créer l'univers ni de le perfectionner. Assigner un terme h l'œuvre du créateur, c'est en assigner un à son existence. Limiter la perfection d'un culte, c'est proclamer le statu qiio de la perfectibilité humaine, et condarnner à mort les lois du mouvement auxquelles l'univers obéit et ne peut résister qu'au prix de son existence.

Il faut en convenir, Joseph avait mis le cap sur le chemin du succès en proclamant son culte perfectible à l'aide de révélations émanées de lui ou de ses successeurs. Aussi, ses adeptes se moquent-ils de ceux qui ne basent leur foi que sur les anciennes révélations de la Bible , ou gémissent de cette ignorance aveugle. Des flots de luiuière, disent-ils, inondent nos âmes et nous permettent de pénétrer les glorieuses vérités du ciel. (Test par le progrès que leur Église se distingue des autres et peut se perpétuer. Le roc sur lequel elle est fondée se nomme Révélation, et ce roc, disent les Saints, esl plus solide que celui où Rome a construit la sienne.

17t LÈS HrôllXONS.

Voici un passa^ pris dans une réTélation donnée en 1^3 , et insérée dans le livre de Covenants (Convention) , page 319 , par lequel pastage le lecteur verra les droits divins que s^arroge le prophète , et le caractère perfectible qu'il donne à son culte :

i( Ainsi parla le Seigneur :... Mon fils, tti es béni désormais, et cela te remet les clés du royaume que je t'ai donné. — Je te le dis, en vérité, les clés de ce royaume ne te seront jamais reprises pendant que tu seras en ce monde. — Et je te donne 'un commandement, c'est d'exercer le sacerdoce et la présidence ; et lorsque tu auras fini de traduire les Prophètes, tu devras désormais présider aut afikires de FÉglisè et de renseignement public; et de temps en temps, selon qu'il en sera nécessaire , je te ferai des révélations pour te laisser pénétrer les mystères de mbn royaume , afin que tu puisses maintenir les choses en ordre, étudier et apprendre, t'initîer à loiit ce que disent les bons livret , te familiariser avee les langues et les peuple»; »

Il an^ive souvent , tet les Sectaires le recoftnaife^ sent, que ces révélations se contredisent; mais

ces contradictions sont justement ta conséquence de la perfectibilité du culte proclamée par le fondateur et son successeur actuel.

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