CHAPITRE XVI
Le sacerdoce et ses diverses attribttioiis.
Le sacerdoce de l'Église mormone, copié en partie sur celui de l'ancien culte Israélite, se compose de deux grands ordres, celui des Melchisédech et celui des Aaronites. Jusqu'ici, le nouveau culte n'a été desservi que par les Melchisédech ; mais l'ordre d'Aaron sera institué dès que le temple métropolitain existera dans la nouvelle région qu'habite la secte en ce moment. Car alors on sacrifiera des animaux en expiation des péchés commis quotidiennement par les adeptes.
Les frais du culte sont à la charge des sectaires.
Chaque membre acquitte cette redevance par son travail ou une somme équivalente. Les éyêquôs sont chargés de percevoir cette contribution en nature ou en argent. Les produits qui viennent de cette source de revenu sacerdotal sont déposés dans des magasins publics établis à cet effet. Les évêques administrent lesaflEaires temporelles de l'Eglise sous la haute direction de la présidence.
La hiérarchie sacerdotale des Mormons con-, siste dans une présidence composée de trois personnes, correspondant à la Trinité céleste, ou du moins à la primitive présidence chrétienne constituée parles trois évangélistes : saint Pierre, saint Jacques et saint Jean.
Après la présidence vient le collège des Douze, composé de douze apôtres ambulants, dont chacun d*eux a le droit de présider dans les succursales étabUes en pays étranger. Viennent ensuite les grands prêtres, les prêtres, les elders, les évêques, les instituteurs , les diacres et les évangélistes ou missionnaires. Chaque ordre possède des juges compétents pour veiller à la discipline de ses membres et aux transactions qui les con^ cernent collectivement. Mais il existe une cour suprême dont les décisions sont sans appel. On
ne lui soumet que les causes de la plus grave importance, qui, pour être jugées impartialement, demandent un tribunal composé de tous les membres du clergé ; c'est un concile au lieu d'une cour de justice qu'on provoque en pareil cas.
Il existe aussi un grand conseil composé de douze membres choisis parmi les gcands prêtres. Ce conseil est en session permanente , et ses pouvoirs sont presque aussi étendus que ceux de la présidence unitaire. Une fois réunis en séance , tous les membres de ce mystérieux tribunal sont libres d'émettre et de soutenir leurs opinions personnelles; mais celui qui le préside , étant le chef suprême de la secte, est revêtu d'une autorité sans contrôle. Lui seul a le droit de juger les questions qu'on discute à huis clos dans ce puissant conseil; et tous les membres s' inclinent devant la décision du président, bien qu'elle ait méconnu la majorité des opinions émises.
Récuser ou seulement réfuter l'arrêt du président de cette cour sans appel, serait un crime impardonnable aux yeux des fidèles ; car les décisions de ce puissant personnage sont considérées comme dictées par le destin et sanctionnées par Dieu même.
Ce conseil est pour le chef de l'Eglise mormone im instrument aussi docile que précieux à son autorité illimitée. Chaque meml)re est l'espion dévoué du président et se fait un devoir sacré de lui rendre compte de ce qui se passe parmi les sectaires. Si Tun de ces derniers a l'audace d'émettre une opinion nouvelle , susceptible de nuire à la puissance sacerdotale du culte , le rapport en est fait au conseil secret, et des mesures sont prises aussitôt pour étouffer ce germe de discorde en expulsant son auteur, s'il est seulement soupçonné de chanceler dans la foi nouvelle. Les sectaires qui ignorent toute Fétendue des attributions de cet aréopage ne peuvent s'expliquer comment leur chef suprême parvient à savoir tout ce qui se passe parmi toute la secte , jusque dans la vie privée des familles et des individus. Ce conseil est emprunté à Fandenne république de Venise, et il est probable que le doge n'était pas servi avec plus de zèle, d'habileté, de discrétion et de dévouement par ses inquisiteurs que Brigham-Young ne Test aujourd'hui par ses onze séides , dans la nouvelle terre promise du Nouveau-Monde- Ce n'est que pour la forme que le chef de
l'Église laisse exercer ostensiblement les droits civils des sectaires comme l'exigent les institutions républicaines du pays. Bans une solennité électorale, par exemple, le candidat élu sera toujours celui qu'aura désigné le chef supfême. On raconte, à cet égard, un fait qui mérite d'être rapporté.
Il s'agissait d'envoyer un mandataire au congrès des Etats-Unis, en vertu d'une loi fédérale ^r laquelle le pays occupé par la secte se trouvait organisé en territoire de la République. Le choix de ce délégué devait sortir de l'urne électorale pour qu'il fut conforme aux institutions républicaines qui régissent toute la confédération. Une élection eut lieu, en effet, pour que ce représentant obtînt son mandat de la majorité des suffrages exprimés : mais il était déjà en rbiite et presque rendu à son poste législatif lorsqu'il fut élu. Le chef suprême des sectaires l'ayant désigné d'avance à la sanction de l'urne, le mandataire partit donc pour Washington sujc l'ordre que lui en donna le maître absolu, et il reçut par la poste les titres nécessaires pour justifier aux yeiix du congrès la légaUté de son mandat. Il serait même possible qu'il eût eu dans sa poche son mandat en règle; car le puissant
personnage qui avait choisi et expédié ce délégué était bien convaincu que les électeurs confirmeraient à Tunanimité cette nomination anticipée. Voter contre la volonté du chef de l'Église mormone , serait , de la part des sectaires , commettre un acte de folie, sinon un crime impardonnable aux yeux de la suprême sagesse qui parle toujours par la bouche de ce saint des saints.
Les prêtres de cette secte font usage de signes maçonniques. Ils prétendent que cet ordre appartenait originairement au sacerdoce de TÉglise chrétienne, qu'il en composait une des plus précieuses doctrines, que par la suite la maçonnerie a été corroippue par des mains profanes et détournée de son noble but. Mais le prophète, avec l'aide de son- ange , a restauré cette institution dans son état de pureté primitive , et rétabli les signes des divers degrés qui étaient restés dans la nuit des temps. Les sectaires affirment que la première fois quç Joseph visita la loge des Gentils de l'Illinois, il put y travaiUer dans tous les grades sans la moindre instructimi préalable, chose qui blessa si fort l'ineptie des membres de cette loge et excita leur jalousie à un si haut point, que la loge de Nauvoo fut excommuniée et
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supprimée par le grand maître de l^ordre des Gentils. Ce fut ainsi, disent les Saints , que les muçoos^ntils se Tengèrent de leur ignorance des mystères d^une institution susceptible de pix)ciu*er iHie si grande somme de bonheur à rtuimanité.
La hiérarchie sacerdotale, chez les Mormons, n*esl pas moins compliquée que celle de TEglise catholique, et les postes éminents y sont plus accessibles au zèle fanatique, aveugle, qu'à une piété simple et éclairée. 11 est une chose qu'on exige avant tout de la part du bas clergé, c^est une foi sans réserve aux doctrines proclamées par la tête du culte. Celui qui veut sortir des rangs inférieurs ne doit jamais oublier de bien acquitter les redevances qui lui sont imposées ; car cette ponctualité exerce une grande influence /sur l'esprit des sommités cléricales en faveur de la personne qui l'observe. Négliger de payer la dîme à qui de droit, c'est se fermer le chemin de la puissance et de la considération générale. Un membre du petit clergé qui agit ainsi est bien assuré de ne jamais franchir le seuil des hautes fonctions spirituelles ; il s'expose même à se voir rejeter honteusement dans les bas-fonds de la secte, parmi les adeptes
qui sont plus on moins soupçonnés d'hérésie.
Le rite actuel des Mormons n'est pas exercé comme il devrait l'être, faute d'un temple digne de répondre aux besoins du culte. Mais dès que cet édifice sera complété , de nouvelles révélations indiqueront les changements que devront subir les cérémonies religieuses du culte. Il y aura dans le temple des bains destinés à Fusage particulier des prêtres et des prêtresses du culte. Car les femmes pourront alors embrasser le sacerdoce et en remplir les fonctions en commun avec l'autre sexe. Pour les mieux préparer à cette dignité ecclésiastique , on les initie maintenant à l'ordre de la maçonnerie tel que le prophète l'a reconstitué. Les membres du clergé des deux sexes auront des ablutions à faire avant de se présenter à l'autel pour y célébrer le service divin, et autres formalités à remplir qui n'ont pas lieu en ce moment.
Le successeur du prophète est un homme trop habile potir ne pas tirer avantage de ce que le hasard lui met sur son chemin , et surtout des choses qui peuvent servir à confirmer aux adeptes qu'ils sont bien un peuple choisi par le Seigneur pour régénérer le monde. On a trouvé, par exemple , au sud du territoire d'Utah , sur
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des rochers escarpés bordant la vallée de Sam- Peté, des caractères hiéroglyphiques gravés par les Lidieiis primitifs de cetie vaste région. Les descendants actuels dé ceux qui ont incrusté ces signes mystérieux ne peuvent que faiblement les imiter et eii ignoreiit même la signification. Mais, heureusenient , Joseph a laissé des disciples capables de déchirer ce voile impénétrable et de révéler aux simples mortels le sens de ces écrits hiéroglyphiques que la mam des siècles n'a pu effacer. Si nous en devons croire les traducteurs inspirés que possède la nouvelle Église , ces caractères confirment très-positivement la versioil du Livre de Mormon, concernant Forigihe dès jpeuples aborigènes de l'Amérique.
Nous regrettons que la modicité du prix de cet bilvrage rié nous [permette pas de mettre soUs les yeiix du lecteur les spécimens que nous possédons de ces curieux hiéroglyphes ; car ils auraient pti servir à exciter son érudition. Nous nous bomohs à dôhîier ci-dessous une iraduction de la version anglaise que les savants de la secte ont prêtée à ces signes mystérieux :
« Moi Mahanti, le deuxième roi des Lamanites , dans cinq vallées de ces montagnes , j'ai tracé ceci en l'âû douze cent, a datet du jour que
nous sommes venus de Jérusaleni. Et j'ai trois fils partis dans la contrée du Sud pour y vivre de la chasse au daim et à la gazelle. »
En résumé, la puissance sacerdotale est tout chez les Mormons , puisqu'elle confond le temporel avec le spirituel. Chaque membre du clergé est une espèce dé demi-dieu. Il est doué de la foî la plus pure ; il peut discerner les bons esprits invisibles des mauvais ; prophétiser, rendre des révélations célestes , interpréter les langues inconnues, guérir les maux physiques par la vertu de son caractère sacré; il représente la vraie sagesse, la charité et l'amour fraternel. Ces divines attributions sont, bien entendu, accordées au suprêiiie degré au chef du culte. t)ans la sphère sacerdotale il est, pour le reste du clergé, ce que Dieu , dans le ciel, est pour les anges. 11 existe des choses ténébreuses qui ne peuvent devenir transparentes qu'à ses yeux. Ce prestige surnaturel, joint à l'immense revenu provenant des redevances imposées aux sectaires, donne un pouvoir sans égal au président des Saints des derniers jours.
Le pape ni même l'autocrate de Russie ne peuvent comparer leur puissance à celle qu'exerce Brigham-Young sur tous ses adeptes dans la
vaste région quMIs occupent et font fleurir comme par enchantement.
Mais l'impartialité nous commande d'ajouter en faveur de ce potentat théocratique que , jusqu'à ce jour , son autorité illimitée a veillé aux intérêts matériels de la secte avec une sollicitude paternelle. Soulager la détresse individuelle de ses adeptes est pour lui un devoir impérieux qu'il sait remplir avec autant de simplicité que d'empressement.
N'est-ce pas dans cette partie honorable de sa conduite qu'il faut chercher la cause du dévouement et de la vénération dont il est l'objet de la part de presque tous les sectaires? Il ne faut pas oublier non plus que les membres de cette nouvelle religion se composent, en majeure partie, d'Européens habitués à porter le joug de la tyrannie de ceux qui les gouvernent ; ils trouvent, conséf|ueniment, chez les Mormons , une condition sociale infiniment supérieure sous tous les rapports à celle qu'on leur imposiiit par la force et la misère dans leur malheureuse patrie. Leur ignorance ajoute encore à leur bonheur en les aidant beaucoup à se laisser persuader qu'ils sont bien les élus du Seigneur, destinés à jouir de la gloire éternelle que leur annoncent chaque
jour les chefs du culte. Ils se prêtent de tout cœur aux sacrifices qu'on exige d'eux pour grossir leurs rangs de nouveaux convertis. Aussi le globe entier est-il msdntenant parcouru par des missionnaires mormons qui s'acquittent de leurs devoirs avec autant de zèle que de discrétion. Au moment même où nous écrivons cette histoire , nous pouvons presque affirmer que la France n'est pas sans posséder quelques missionnaires mormons travaillant discrètement à faire des prosélytes.
L'éducation sacerdotale est plutôt basée sur la foi que sur le savoir «colastique. Chaque sectaire est presque en naissant un ministre du culte ; car tous le peuvent devenir lorsqu'ils sont assez pieux et fervents. Bien qu'en général le clergé soit peu érudit , certains de ses membres ont reçu une éducation brillante ; et tous montrent une remarquable habileté dans les luttes de controverse qu'ils soutiennent contre leurs antagonistes. D'ailleurs , l'Église mormone compte plusieurs ex-ministres des autres cultes chrétiens dans les rangs de ses plus éminents défenseurs et prélats, et ces derniers sont trop aguerris dans les discussions théologiques pour ne pas savoir former de bons élèves. Une chose digne de remarque
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eucore chez ce peu|)le , c*est une préocetipation constante de ce (|ui se passe parmi la secte pour s'assurer si personne ne s'écarte du chemin indiqué par Tautorité suprême. Celui qiii dévie le moindrement du sentier orthodoxe , soit prêtre ou UTcjue, est bien certain d'être signalé et rappelé à l'ordre s'il persévère dans sa conduite hostile.
C'est une espèce d'inquisitiôii naturelle qu'on y exerce pour prévenir l'hérésie et la discorde ; mais plus tard cette surveillance causera le mal (ju'éllfc cherché à éviter.